Dans le réseau de l’éducation, de la bienveillance dans la tourmente

Dans la tourmente des éclosions de COVID-19, des classes fermées, du manque de personnel et des professeurs à bout de souffle, une série d’initiatives locales dans le réseau scolaire a permis de rescaper des élèves qui vacillaient sous le poids de la pandémie.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Dans la tourmente des éclosions de COVID-19, des classes fermées, du manque de personnel et des professeurs à bout de souffle, une série d’initiatives locales dans le réseau scolaire a permis de rescaper des élèves qui vacillaient sous le poids de la pandémie.

Un peu de lumière dans la grisaille. Dans la tourmente des éclosions de COVID-19, des classes fermées, du manque de personnel et des professeurs à bout de souffle, une série d’initiatives locales dans le réseau scolaire a permis de rescaper des élèves qui vacillaient sous le poids de la pandémie.

Des cégépiens qui deviennent « de grands frères ou de grandes sœurs » auprès d’élèves en difficulté. Des psychoéducatrices qui travaillent jusqu’à 20 h pour accompagner des enfants déstabilisés par le confinement. De l’aide pour les parents anxieux. Une école secondaire a même distribué un questionnaire scientifique permettant de repérer, sur une base volontaire, les élèves ayant une consommation problématique d’alcool ou de drogue.

Les dix-huit derniers mois ont mis à l’épreuve le réseau de l’éducation. Le va-et-vient des mesures sanitaires et les allers-retours en enseignement à distance ont épuisé tout le monde dans les écoles. La pénurie de toutes les catégories de personnel a ajouté une pression énorme sur les épaules des enseignants, des directions d’école, des secrétaires, des éducatrices et des concierges.

Malgré les difficultés bien réelles, « la pandémie a permis d’exposer au grand jour des choses extraordinaires qui se font pour soutenir les élèves », nuance Caroline Dupré, présidente-directrice générale de la Fédération des centres de services scolaires du Québec (FCSSQ).

Elle se défend de nier les maux qui affligent les écoles publiques. Oui, la pénurie de personnel fait mal. Oui, la tâche des professeurs s’est alourdie. Oui, les élèves en difficulté sont un défi. Oui, certaines écoles débordent. Des classes restent mal ventilées. « Il faut s’occuper des problèmes », précise-t-elle.

Mais quand on lui demande ce qu’elle changerait si elle avait une baguette magique, Caroline Dupré laisse entendre qu’elle ne croit pas aux miracles. « Si j’avais une baguette magique, je changerais notre discours sur l’école publique. Plus de 1,2 million d’élèves fréquentent tous les jours le réseau public. Est-ce qu’on peut mettre en avant ce qui se fait de bien ?  », dit-elle.

« Créativité et innovation »

La Fédération s’apprête à publier un guide des « bonnes pratiques d’accompagnement pédagogique » issues de la pandémie, que Le Devoir a obtenu. Le document recense une vingtaine d’idées qui ont fait leur chemin un peu partout au Québec.

La plupart des initiatives ont permis de soutenir un nombre limité d’élèves identifiés comme étant ceux ayant le plus besoin d’aide. La « créativité » et « l’innovation » étaient de mise, dans le contexte de rareté des ressources que l’on connaît.

Le Centre de services scolaire des Hautes-Rivières (CSSHR), qui dessert les élèves de Saint-Jean-sur-Richelieu et des environs, a embauché une enseignante à temps plein pour prendre soin d’une catégorie d’élèves qui tombait entre les mailles du filet de sûreté scolaire : ceux qui étaient envoyés s’isoler à la maison après avoir été en contact avec un cas de COVID-19.

Certains enfants ont été renvoyés trois fois chez eux pour des périodes d’isolement de deux semaines chacune, ce qui fait un mois et demi sans présence à l’école. « Il fallait offrir un suivi pédagogique à ces élèves », note Taïga Waelput-Lavallée, directrice des ressources éducatives au CSSHR.

Vivianne Roux, mère de quatre enfants, a fait appel à ce service pour l’aider à encadrer l’enseignement à distance de son fils, qui était en première année. « Je suis étudiante et j’étais en période d’examens. J’étais un peu désemparée. L’enseignante m’a aidée : mon garçon était plus collaboratif avec une prof de l’école qu’avec moi », dit-elle.

Une aide psychosociale inédite a aussi été offerte aux élèves qui vivaient de la détresse en raison de la pandémie. Tous les jours de la semaine entre 8 h et 20 h, bien au-delà des heures normales de bureau, quatre psychoéducatrices du centre de services étaient de garde pour répondre aux appels d’enfants ou de leurs parents.

Les écoles sont plus que de simples lieux d’enseignement : elles sont devenues des milieux de vie où les jeunes se sentent en sécurité. Encore plus dans une époque trouble comme la pandémie. L’école secondaire Pointe-aux-Trembles, dans l’est de Montréal, a ainsi mis sur pied une série de programmes pour venir en aide aux élèves et à leurs parents.

Rattrapage scolaire, suivi en toxicomanie pour les jeunes soupçonnés de consommer des drogues ou de l’alcool, aide psychosociale en partenariat avec la Maison des jeunes, le réseau de la santé et d’autres groupes communautaires, et même appels aux parents pour les aider à gérer leur anxiété : « Toute la communauté œuvre à favoriser la réussite des élèves. »

L’école secondaire Henri-Bourassa, à Montréal-Nord, s’assure que ses élèves redonnent à la communauté : ils ont écrit plus de 80 cartes de remerciement à des infirmières. Ils ont envoyé des cartes postales à des personnes âgées qui souffraient d’isolement. Ils ont recueilli des dons pour les personnes itinérantes. Les finissants ont conçu des capsules pour les nouveaux élèves sur des thèmes qui les touchent : la transition au secondaire, la préparation aux examens ou les enjeux LGBTQ+.

Bien avant la création, l’hiver dernier, du programme national de tutorat, des écoles mettaient faisaient appel à des cégépiens pour aider leurs élèves ayant des difficultés scolaires. Ce mouvement a pris de l’ampleur avec la pandémie. L’école Saint-Rosaire, à Gaspé, et l’école Arthur-Pigeon, à Huntingdon, ont vu l’effet que ce partenariat a eu sur la motivation des élèves en pleine pandémie.

L’école secondaire Jean-Jacques Rousseau, à Boisbriand, a plutôt misé sur le mentorat par les pairs. Les élèves qui réussissent bien aident ceux ayant des difficultés. Et ça marche. Les élèves du premier cycle sont pris en charge après l’école, sur place ou virtuellement. Ceux du deuxième cycle reçoivent un appui lors du dîner. C’est une élève qui coordonne l’initiative, supervisée par un enseignant de l’école.

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