Plus de 500 professionnels manquent au réseau scolaire

Les élèves ayant des besoins particuliers, leurs profs et leurs parents ressentent toutefois durement le manque de services d’accompagnement, encore plus avec les perturbations dues à la pandémie.
Photo: Vasiliki Varvaki Getty Images Les élèves ayant des besoins particuliers, leurs profs et leurs parents ressentent toutefois durement le manque de services d’accompagnement, encore plus avec les perturbations dues à la pandémie.

Plus de 500 postes de professionnels affichés dans le réseau scolaire public restent vacants, faute de candidats. Les syndicats attribuent cette « pénurie silencieuse » de psychologues, d’orthopédagogues et d’orthophonistes, notamment, aux conditions de travail plus attrayantes du secteur privé, malgré un certain rattrapage dans les récentes négociations avec Québec.

« Tu as beau avoir des fonds pour créer des postes, s’il n’y a pas de soldats, comment tu vas faire pour offrir les services aux élèves ? J’approche de ma retraite et j’ai vu tellement les services publics se détériorer. Je trouve ça triste », dit Jacques Landry, président de la Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec (FPPE-CSQ).

Il qualifie la pénurie de professionnels de « silencieuse » parce que le manque d’orthophonistes ou de psychoéducateurs, par exemple, paraît moins éclatant que l’absence d’un enseignant, qui laisse une chaise vide devant une classe. Les élèves ayant des besoins particuliers, leurs profs et leurs parents ressentent toutefois durement le manque de services d’accompagnement, encore plus avec les perturbations dues à la pandémie.

La FPPE a compilé les postes affichés dans la vaste majorité des centres de services scolaires francophones et anglophones du Québec. Il a déterminé que 508,9 postes de professionnels, soit 6% de l’effectif total dans le réseau, n’ont pas trouvé de candidats, malgré des sommes records annoncées par le ministère de l’Éducation pour faire des embauches.

Le nombre de postes vacants inclut ceux à temps partiel (deux demi-tâches ont été comptabilisées comme une tâche), ainsi que les professionnels qui n’offrent pas des services directs aux élèves, comme les ingénieurs et les architectes responsables de gérer les chantiers d’école.

Le privé à la rescousse

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, reconnaît la pénurie de personnel. Selon les chiffres du ministère, il manque 297 professionnels à temps plein offrant des services aux élèves. « C’est vrai, il y a une pénurie, mais c’est difficile de combler tous les postes qu’on crée année après année. Ce sont de nouveaux postes qu’on crée. »

Le ministre a confirmé ce qu’il avait déclaré cette semaine au Journal de Montréal : Québec va rembourser les parents qui font appel au privé pour des services d’orthophonistes, de psychologues, de psychoéducateurs ou d’autres professionnels qui manquent dans les écoles publiques.

« On part des besoins des élèves. Si un professionnel de l’école, l’enseignant et la direction disent que tel élève a besoin de services en psychoéducation, il faut donner le service. Si l’équipe-école ou le réseau de la santé ne peuvent pas répondre au besoin, on peut se tourner vers le privé », dit Jean-François Roberge.

Il prévient du même souffle : « C’est une solution de dernier recours. Et il appartient à l’équipe-école de déterminer les besoins. »

Pour améliorer les conditions de pratique des spécialistes, le ministre dit travailler avec les syndicats, les centres de services et les ordres professionnels pour éliminer l’obligation d’une « cote » aux élèves qui assure le financement des services. Le milieu scolaire dénonce depuis longtemps cette « course aux diagnostics » qui se fait aux dépens des services aux élèves.

« On aura un diagnostic si nécessaire, mais pas nécessairement un diagnostic », explique Jean-François Roberge. Ce « changement de paradigme » doit entrer en vigueur à la rentrée de l’automne 2022.

Un besoin criant

La FPPE reconnaît les efforts du ministre, mais le remboursement des parents qui recourent au privé ne règle pas le besoin criant de professionnels dans les écoles. Par exemple, les conseillers pédagogiques jouent un rôle crucial pour accompagner les centaines d’enseignants non légalement qualifiés qui oeuvrent dans le réseau ou pour former les profs à l’utilisation des nouvelles technologies.

Les spécialistes donnent un coup de main appréciable — et apprécié — aux profs en classe, rappelle Carol Beaupré, agent de réadaptation à l’école secondaire Gérard-Filion, à Longueuil. Il est délégué syndical au Centre de services scolaire Marie-Victorin. Formé en criminologie, il travaille au service de psychoéducation de l’établissement.

Carol Beaupré accompagne notamment une classe de 20 élèves ayant de grandes difficultés d’apprentissage, qui sont à risque de décrocher. « Ça prend une équipe pour aider ces élèves qui sont dans une classe de la dernière chance », dit-il. Sans aide de spécialistes, les enfants à besoins particuliers « peuvent devenir un boulet pour les enseignants ».

Le manque de personnel augmente la charge de travail de ceux qui sont en poste, explique Ève Dell’Aniello, psychologue dans une école primaire et déléguée syndicale au Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSSMB), à Montréal. Ce centre de services est un des mieux organisés sur le plan des services professionnels, selon elle, mais la pénurie entraîne tout de même des listes d’attente.

« Les besoins sont beaucoup plus importants que ce à quoi on est capables de répondre, dit-elle. À force de gérer les urgences, le travail de prévention n’est pas toujours fait. »

L’entente de principe conclue en juin dernier a amélioré les conditions salariales de certaines catégories de professionnels, mais reste insuffisante pour venir à bout de la pénurie, estime la FPPE.

À voir en vidéo