Une année scolaire sous le signe de la confusion

Pierre Vallée
Collaboration spéciale
Partout au Québec, les cours dans les écoles primaires et secondaires se tiennent entièrement en présentiel, ce qui représente plusieurs défis pour le milieu scolaire.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir  Partout au Québec, les cours dans les écoles primaires et secondaires se tiennent entièrement en présentiel, ce qui représente plusieurs défis pour le milieu scolaire.

Ce texte fait partie du cahier spécial École publique

Cette année, la rentrée a vu les élèves du primaire et du secondaire reprendre, en chair et en os, le chemin des classes, bien que la COVID-19 sévisse toujours et impose des contraintes sanitaires. Si l’on ajoute que la pandémie a causé l’an dernier des perturbations qui auront des répercussions, l’année scolaire qui s’annonce présente d’ores et déjà son lot de défis à relever. Les enseignants et enseignantes, ainsi que le personnel scolaire, seront-ils à la hauteur de la situation ? Les syndicats qui les représentent assurent que oui, même si une certaine confusion quant à la marche à suivre vient compliquer la tâche.

Cette confusion est apparue dès la rentrée. « Pourquoi le plan de rentrée nous a-t-il été communiqué à la toute dernière minute ? se demande Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal. C’était assez prévisible qu’il y aurait des contraintes. Ce retard n’a fait qu’ajouter à la confusion, en plus d’être un sérieux irritant pour nos professeurs. »

Une confusion qui naît, aux yeux de Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSN), d’une communication déficiente entre certains acteurs. « D’abord, il y a la Santé publique et, ensuite, le ministère de l’Éducation, et ce que l’on entend sur le terrain, de l’un ou de l’autre, est parfois contradictoire, explique-t-elle. Même les centres de services scolaires sont dans le brouillard. »

Si certaines consignes sanitaires sont maintenant connues et mises en place, comme le port obligatoire du masque, d’autres demeurent imprécises. C’est le cas des tests de dépistage rapide. Si les problèmes de logistique quant à leur livraison sont maintenant chose du passé — les tests sont bel et bien arrivés dans les écoles —, la mise en place de leur application demeure floue.

« C’est bien beau d’avoir des tests à portée de main, souligne Mélanie Hubert, présidente du Syndicat de l’enseignement de l’ouest de Montréal (SEOM), mais qui va maintenant les administrer ? Les enseignants ? Ils ont déjà suffisamment de responsabilités comme ça. Pour le moment, nous sommes à la recherche de volontaires parmi les membres du personnel scolaire qui voudront bien assumer cette fonction. » Et Catherine Beauvais-St-Pierre de conclure « Présentement, le dépistage, c’est l’affaire de tout le monde et, par conséquent, l’affaire de personne. »

L’année qui vient

Le dépistage et la gestion des cas de COVID-19 deviennent donc la priorité sanitaire. Pour le moment, la consigne veut que seuls les élèves et les membres du personnel scolaire qui affichent des symptômes apparentés à la COVID-19 soient testés. Et que faire lorsqu’un cas positif est découvert parmi les élèves ?

« On nous indique qu’il faut aussitôt retirer l’élève et le retourner à la maison, explique Josée Scalabrini. Ensuite, sur le plan pédagogique, on doit, pour les premiers jours, considérer ce retrait comme une absence normale causée, par exemple, par un simple rhume. » Et pour la suite des choses ? « C’est la Santé publique qui prend alors l’élève en charge, précise Mélanie Hubert. C’est elle qui fera passer un second test pour confirmer le diagnostic et qui indiquera la marche à suivre, par exemple, si l’élève doit être placé en quarantaine, si certains de ses camarades de classe doivent être testés, si toute la classe doit être fermée, etc. »

La pandémie est malheureusement une réalité, mais elle a révélé dans toute sa splendeur les failles de notre système d’éducation. Saurons-nous maintenant donner le coup de barre qui s’impose ?

 

Et que faire en cas de quarantaine ? Offrir des cours à distance et revenir aux classes Zoom ? Les trois syndicalistes s’entendent sur la nécessité d’offrir un soutien pédagogique aux étudiants en quarantaine, mais selon elles, ce soutien pédagogique ne doit pas seulement reposer sur les épaules des enseignants. « Il n’est pas question de demander aux enseignants, qui sont déjà en classe, de préparer en plus des cours à distance, déclare Josée Scalabrini. C’est tout simplement impensable. » Selon Mmes Hubert et Beauvais-St-Pierre, il faudra du renfort, et ce renfort ne peut venir que des centres de services scolaires.

Vers une conversation nationale

L’an dernier, la pandémie a chamboulé la façon d’enseigner, notamment dans les écoles secondaires où les étudiants ont connu une année bimodale, alternant entre la présence en classe et les cours à distance par Internet. Si certains élèves s’en sont tirés sans trop de mal — on pense entre autres à ceux qui réussissaient déjà bien et qui sont intellectuellement motivés par l’école —, d’autres ont pris un certain retard. Pourront-ils le rattraper cette année ?

Bien qu’elles constatent le problème, les trois syndicalistes n’ont pas de solution claire à proposer. Car en proposer une suppose d’abord que l’on puisse trouver une solution au problème de la pénurie de main-d’œuvre dans le réseau de l’éducation, tant chez les enseignants que chez les spécialistes en éducation. « C’est devenu un cercle vicieux, déplore Catherine Beauvais-St-Pierre. Plus la pénurie perdure, plus la tâche s’alourdit, et plus la tâche s’alourdit, plus la pénurie augmente. »

Et c’est pourquoi Josée Scalabrini croit qu’il est temps d’avoir une conversation nationale sur l’éducation et sur le rôle qu’on veut accorder à l’école publique.

« Sait-on ce que l’on veut en éducation ? Est-ce vraiment une priorité ? Parfois, j’en doute. On a connu quatorze ministres de l’éducation en onze ans. C’est comme si, au Québec, on n’avait pas une vision claire et globale de ce qu’on attend de l’éducation. Une conversation nationale sur le sujet s’impose, et cette conversation doit inclure les gens sur le terrain. Les enseignants et les éducateurs spécialisés doivent savoir sur quelle patinoire ils jouent. »

Et Mélanie Hubert de faire remarquer ceci : « La pandémie est malheureusement une réalité, mais elle a révélé dans toute sa splendeur les failles de notre système d’éducation. Saurons-nous maintenant donner le coup de barre qui s’impose ? » 

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