Départ «chaotique» pour les tests de dépistage rapide dans les écoles

Le déploiement des tests rapides de dépistage de la COVID-19 dans les écoles de quatre quartiers chauds de Montréal et de Laval a commencé dans le désordre. Les directions d’école ont déploré la mise en place des tests de façon « chaotique », à la dernière minute, sans appui du personnel du réseau de la santé.

« Pour le moment, le projet débute à géométrie variable puisque ce n’est pas tous les établissements qui ont reçu l’ensemble du matériel nécessaire », indique un message interne du Centre de services scolaire de Montréal que Le Devoir a obtenu.

Les personnes qui effectueront les tests de façon « volontaire » seront des secrétaires, des techniciens en éducation spécialisée ou du personnel de service de garde, indique le message.

Ces tests de dépistage devaient commencer lundi dans 72 écoles publiques et privées de Montréal-Nord, de Parc-Extension et de Saint-Michel, dans la métropole, ainsi que dans le secteur Chomedey, à Laval. Ces tests, effectués pour la première fois dans les écoles par du personnel scolaire, visent à déterminer si un élève ayant des symptômes de la COVID-19 est bel et bien infecté.

Le résultat du test arrive en une quinzaine de minutes, mais la procédure nécessite au moins une demi-heure de travail, selon les directions d’école. Le but est d’envoyer en isolement à la maison uniquement les élèves contaminés, pour éviter de fermer des classes complètes.

La Fédération québécoise des directions d’établissement scolaire a salué l’arrivée des tests rapides. De son côté, l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES) appuie cette mesure jugée utile, mais déplore le « bordel » créé par le calendrier d’implantation.

« Nos gens sont vraiment motivés, mais on n’est pas du tout dans une situation où on est prêts », affirme Kathleen Legault, présidente de l’AMDES.

Les directions d’école disent avoir reçu vendredi dernier, tout juste avant la fin de semaine, deux vidéos indiquant comment procéder à ces tests de dépistage rapide. Pour répondre aux exigences du ministère de l’Éducation, elles devaient avoir trouvé des volontaires pour mener les tests et les avoir formés en vue du retour en classe ce lundi.

« On n’a pas le temps de s’organiser, dit Kathleen Legault. On met à risque du personnel scolaire non formé sur le plan médical, qui doit entrer en contact avec des enfants possiblement infectés. »

Une tâche « hyperfacile »

Ce test nécessite d’insérer un coton-tige dans chacune des narines pendant une dizaine de secondes, sans toutefois aller aussi profondément que les tests effectués par les cliniques de dépistage. Le personnel qui fait passer le test doit aussi enfiler une jaquette de protection, des gants, des lunettes et un masque.

Des représentants de la Santé publique et du ministère de l’Éducation ont expliqué que le personnel scolaire peut facilement apprendre cette procédure. « Ce n’est pas plus difficile que de nettoyer une machine à café », a indiqué un participant à une rencontre virtuelle tenue vendredi dernier.

Les directrices et directeurs d’école n’en sont pas convaincus. « Le réseau de la santé est tellement débordé qu’on balaie des tâches médicales vers le réseau de l’éducation. Mais on est débordés, nous aussi. On souffre de la pénurie de personnel », affirme une source qui n’est pas autorisée à parler publiquement.

La Dre Caroline Quach, pédiatre, microbiologiste et infectiologue au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine, compatit avec les directions d’école qui voient cette nouvelle tâche atterrir dans leur cour. Elle assure cependant que la procédure est « hyperfacile », même pour du personnel non médical.

Elle et son équipe ont mené un projet pilote de tests rapides dans deux écoles secondaires de l’île de Montréal — le pensionnat du Saint-Nom-de-Marie, à Outremont, et l’école Calixa-Lavallée, à Montréal-Nord —, entre les mois de janvier et de juin 2021. Les élèves faisaient eux-mêmes le prélèvement avec l’aide d’assistants de recherche qui n’avaient pas de formation dans le domaine de la santé, explique la Dre Quach.

Le projet pilote a permis de conclure à l’inutilité des tests rapides chez les personnes asymptomatiques : la charge virale des personnes sans symptômes n’est pas assez élevée pour être détectée par ce genre de test, explique la Dre Quach. Par contre, chez les personnes symptomatiques, les tests rapides ont détecté environ 80 % des cas de COVID-19.

Étant donné que seuls les élèves ayant des symptômes feront désormais l’objet d’un test rapide dans les quatre quartiers ciblés de Laval et de Montréal, la Dre Quach s’attend à ce que le nombre de tests soit relativement raisonnable. « J’ose espérer que les parents n’enverront pas leurs enfants à l’école s’ils ont des symptômes », dit-elle.

Des tests peu intrusifs

La logistique du projet pilote de l’hiver dernier était très lourde, parce que des « bulles-classes » entières étaient placées en isolement et soumises à des tests rapides, rappelle Dominic Besner, directeur de l’école secondaire Calixa-Lavallée. Il croit lui aussi que la tâche sera moins lourde puisque les tests seront réservés aux élèves ayant des symptômes.

Il estime que les tests rapides « ne sont pas intrusifs ». « C’est plus simple à gérer dans une école secondaire, avec des élèves de 12 à 17 ans, qu’avec des petits du primaire. C’est sûr qu’on est très loin du mandat d’une direction d’école », nuance-t-il.

Certains directeurs s’interrogent sur les conséquences légales en cas d’incident — si un enfant se blesse en bougeant pendant qu’un coton-tige est inséré dans l’une de ses narines, par exemple. La Fédération des centres de services scolaires du Québec se fait rassurante : « C’est l’employeur qui est responsable de ce qui se passe dans le cadre de la prestation de services qui est donnée », indique la porte-parole Caroline Lemieux.



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