Des élèves autochtones ont été totalement privés d’enseignement pendant 10 mois

Les autorités espéraient que les classes pour environ 500 élèves de l’école Kisemattawa Kiskinwahamakew Kamik seraient annulées un temps seulement. Mais à mesure que les cas augmentaient dans la communauté, les responsables ont réalisé que les enfants étaient toujours plus en sécurité à la maison.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Les autorités espéraient que les classes pour environ 500 élèves de l’école Kisemattawa Kiskinwahamakew Kamik seraient annulées un temps seulement. Mais à mesure que les cas augmentaient dans la communauté, les responsables ont réalisé que les enfants étaient toujours plus en sécurité à la maison.

Les dirigeants de la communauté autochtone de Shamattawa, au Manitoba, ont pris en novembre dernier la décision, difficile, de fermer la seule école de la réserve lorsqu’une grave éclosion de COVID-19 a dévasté cette petite localité du nord de la province.

Les autorités espéraient que les classes pour environ 500 élèves de l’école Kisemattawa Kiskinwahamakew Kamik seraient annulées un temps seulement. Mais à mesure que les cas augmentaient dans la communauté, les responsables ont réalisé que les enfants étaient toujours plus en sécurité à la maison. Les élèves sont finalement retournés en classe pour la première fois la semaine dernière — environ 10 mois sans enseignement, en personne ou à distance. L’apprentissage en ligne n’était pas une option, en raison de la connexion internet peu fiable et du manque d’ordinateurs ou de tablettes dans les maisons.

Le chef Eric Redhead indique que le dernier cas signalé dans la communauté remonte à environ deux mois. Juste avant la fin des classes, en novembre, la communauté de 1100 personnes recensait plus de 300 cas; l’école a d’ailleurs dû être convertie en un centre de quarantaine.

Le chef Redhead a déclaré que le ministère de l’Éducation avait finalement empêché les élèves de passer à la prochaine année scolaire. « Il n’y avait tout simplement pas assez de temps en classe pour que tout le monde passe. »

La localité de Shamattawa, située à environ 745 km au nord-ouest de Winnipeg, est aux prises avec des logements surpeuplés, un système d’approvisionnement en eau incapable de desservir toute la communauté et un service internet inadéquat. Le chef Redhead croit que la décision de garder les élèves à la maison était la bonne, dans les circonstances, mais « on ne pouvait quand même pas s’attendre à ce que les enfants apprennent par eux-mêmes ». Et les parents, en général, ont compris cette décision, dit-il.

L’école prévoit de poursuivre les mesures sanitaires, comme le port du masque à l’intérieur, la distanciation, les contrôles de température et les efforts de désinfection fréquents. Mais le chef Redhead prévient qu’on pourrait fermer à nouveau l’école s’il y avait une autre éclosion dans la petite communauté éloignée. Il s’inquiète d’ailleurs des impacts de ces perturbations sur la réussite scolaire des élèves et espère que le prochain gouvernement fédéral priorisera la fourniture d’un service internet fiable pour les communautés nordiques, rurales et éloignées.

Une autre communauté du nord du Manitoba a aussi maintenu certains de ses élèves à la maison après une éclosion de COVID-19. L’armée est venue prête main-forte et trois écoles ont été fermées. Greg Halcrow, responsable de l’éducation pour la nation crie de Pimicikamak, ou Cross Lake, a déclaré que les enseignants avaient bien tenté d’envoyer des trousses de devoirs à la maison, les élèves ont tout de même pris du retard sans un lien internet fiable ou l’apprentissage en classe.

Le ministère de l’Éducation du Manitoba a élaboré un plan de « cursus double » pour l’année scolaire 2021-2022, indique M. Halcrow. Pour la première partie de l’année, les élèves répéteront le programme de l’année précédente, puis passeront au programme de cette année.

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