Ce ne sont pas que les bonnes notes qui font les bons élèves

André Lavoie
Collaboration spéciale
Il y a quelques années, le collège Reine-Marie a aboli l'examen d’admission auquel plusieurs élèves se soumettaient comme si leur vie entière en dépendait.
Photo: Martin Bureau Agence France-Presse Il y a quelques années, le collège Reine-Marie a aboli l'examen d’admission auquel plusieurs élèves se soumettaient comme si leur vie entière en dépendait.

Ce texte fait partie du cahier spécial Écoles privées

Qui n’a pas déjà entendu ce coup de semonce avec une évidente frayeur : « Au bureau du directeur ! » Le pire est souvent à craindre, car la punition peut être à la mesure du méfait.

Étonnamment, au collège Reine-Marie, tous les élèves passent au moins une fois par le bureau du directeur, Marc Tremblay, celui qui tient les rênes de cette école secondaire depuis 2013. Cela ne relève pas du hasard, mais d’une volonté d’établir un véritable contact avec les futurs élèves, de même qu’avec leur famille. Car même ceux et celles qui ne fréquenteront pas cet établissement, mais avaient manifesté le désir de le connaître, auront aussi droit à une visite.

Peu de temps après son arrivée, et riche d’une expérience de direction dans d’autres institutions privées au primaire et au secondaire, Marc Tremblay a procédé à sa petite révolution : fini les examens d’admission. En lieu et place, une entrevue en bonne et due forme avec l’élève de cinquième ou sixième année souhaitant fréquenter ce lieu bucolique situé à Montréal-Nord. Fondé en 1956 et longtemps dirigé par les Sœurs de la présentation de Marie, le collège est devenu laïque après leur départ au début des années 2010. De plus, les garçons y ont fait alors leur entrée, une autre petite révolution à l’époque.

J’ai vu l’ampleur du côté négatif de cette sélection basée principalement sur le rendement scolaire et l’examen d’admission. Notre approche est plutôt celle de la porte ouverte [...]

 

Marc Tremblay précise qu’il n’était pas à l’origine de ce changement majeur, visant en partie à pallier un manque important de clientèle. « Quand je suis arrivé, la décision était prise, et un pari avait été fait : une école mixte, mais des classes non mixtes. Les enseignants devaient donc adapter leur pédagogie selon le genre du groupe : c’était tout un défi pour eux et, en plus, la socialisation entre les garçons et les filles ne se produisait pas. Nous avons finalement opté pour la mixité partout. »

La pression insidieuse de l’examen d’admission

Dans l’imaginaire populaire, école privée rime avec élitisme, sélection, et donc examen d’admission. Chaque année, sur la foi d’une seule épreuve, de nombreux élèves se prêtent à l’exercice, comme si leur vie entière en dépendait. Description exagérée ou caricaturale ? Pas pour Marc Tremblay. « Lorsque j’ai travaillé dans d’autres écoles, au primaire notamment, j’ai vu l’ampleur du côté négatif de cette sélection basée principalement sur le rendement scolaire et l’examen d’admission. Notre approche est plutôt celle de la porte ouverte, puisque nous sommes conscients que les enfants de 11 ans possèdent des intelligences multiples, et ont l’avenir devant eux. »

Sur le plan strictement quantitatif, ce changement a été payant pour le collège Reine-Marie, puisque la population scolaire a plus que triplé depuis 2012, passant de 400 élèves à 1440 pour la présente rentrée. Mais pour atteindre ces chiffres, il en passe du monde, dans son bureau !

« C’est une charge importante, un défi énorme, que de rencontrer environ 600 familles et de savoir si nous sommes capables d’accompagner ou non un jeune, souligne Marc Tremblay. Avec le bulletin, je possède déjà pas mal d’informations et, de toute façon, sur le plan scolaire, peu importe l’école, certains courent vite, d’autres normalement, et d’autres moins vite. Je ne ferme pas la porte à des élèves avec des plans d’intervention, des difficultés d’apprentissage, ou qui doivent composer avec la dyslexie ou le spectre de l’autisme. On crée ainsi un monde diversifié, pas juste basé sur les connaissances, mais sur les compétences relationnelles et la compréhension, qui passent avant les différences. »

S’ancrer dans un quartier, et rayonner au-delà

Peu importe sa taille ou sa vocation, une école est souvent le reflet du quartier, du village ou de la ville dans lesquels elle est ancrée. Pour le collège Reine-Marie, 65 ans d’enracinement à Montréal-Nord, cela signifie plusieurs décennies à voir se transformer ce secteur de la métropole.

Si le mot « diversité » est souvent accolé à cet arrondissement, c’est surtout une immense richesse aux yeux du directeur, mais aussi un qualificatif qui masque parfois tout ce qui unit les citoyens de ce quartier. « Tous les gens qui entourent l’école, peu importe leurs origines, ont à cœur l’éducation de leurs enfants, affirme Marc Tremblay. Pour eux, c’est une valeur fondamentale. »

Si certains programmes, dont ceux d’art dramatique, d’arts visuels ou de musique attirent des élèves de Montréal-Nord et d’Ahuntsic, le profil général du collège Reine-Marie plaît au-delà de ce secteur, selon Marc Tremblay. Le viaduc sous l’autoroute Métropolitaine pouvait faire peur aux familles, mais plus maintenant, certains élèves venant aussi bien de Rosemont que de la Rive-Nord. Et ce, même s’ils doivent tous passer par le bureau du directeur. 

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