Les projets d’agriculture urbaine se multiplient dans les écoles

Martine Letarte
Collaboration spéciale
Chloé Delonca et Penelope Papadakis, deux étudiantes du collège Notre-Dame-de-Lourdes, devant la serre hydroponique où sont cultivées laitues et fines herbes.
Photo: Collège Notre-Dame-de-Lourdes Chloé Delonca et Penelope Papadakis, deux étudiantes du collège Notre-Dame-de-Lourdes, devant la serre hydroponique où sont cultivées laitues et fines herbes.

Ce texte fait partie du cahier spécial Écoles privées

Jardins sur les toits, serres hydroponiques, potagers : les projets d’agriculture urbaine se multiplient dans les écoles primaires et secondaires de la région métropolitaine. Et les jeunes ont beaucoup à gagner en s’impliquant dans ces projets.

Au moment où la pandémie frappait de plein fouet les adolescents, Odette Plante, enseignante des sciences au premier cycle du secondaire au collège Notre-Dame-de-Lourdes, à Longueuil, a cherché à mettre en place un projet pour les mobiliser. En plus d’intégrer des notions scientifiques, elle voulait que son initiative permette aux jeunes d’améliorer leur estime d’eux-mêmes et leur gestion du stress. C’est ainsi que lui est venue l’idée de créer une petite serre hydroponique dans l’école.

Après l’obtention du financement de la Fondation Desjardins et du Fonds de dotation Le Chapeau du collège Notre-Dame-de-Lourdes, l’équipement a été acheté, et le bouturage a commencé l’hiver dernier. Depuis, de nombreuses laitues et fines herbes ont été produites et données à Moisson Rive-Sud, une banque alimentaire de la Montérégie.

« On a vu les jeunes développer beaucoup d’habiletés, de patience et de minutie en travaillant dans la serre en groupe bulle, et c’est aussi un environnement relaxant pour eux, donc ce projet est très positif », observe Isabelle Marcotte, directrice générale du collège Notre-Dame-de-Lourdes.

La réalisation de cette serre a permis à l’enseignante de sciences de parler à ses élèves notamment de techniques de multiplication végétative, de classification des espèces, de saine alimentation, d’écoresponsabilité et de circuits courts de commercialisation. Le collège Notre-Dame-de-Lourdes continue le projet cette année et souhaite également y ajouter des fleurs afin d’aborder la floraison avec les élèves.

Plusieurs projets extérieurs

Si les pousses hydroponiques du collège Notre-Dame-de-Lourdes se cultivent toute l’année, d’autres écoles attendent la belle saison pour emmener leurs élèves à l’extérieur afin de jouer dans la terre.

Par exemple, le collège Beaubois a construit de grands bacs de bois — un pour chaque niveau du primaire et du secondaire — grâce à l’appui de la Fondation du collège Beaubois et de la Caisse Desjardins de l’Ouest-de-l’Île. Des potagers en permaculture y ont été aménagés. Cette technique vise à créer des écosystèmes qui respectent la biodiversité et permet de récolter beaucoup de fruits et de légumes sur peu d’espace. Des dizaines de kilos de pommes de terre, de courgettes et de tomates ont ainsi été produits et donnés à des organismes de charité. Dans le cadre de son plan de développement durable, le collège Beaubois a réalisé ce projet pour contribuer à former des écocitoyens, parler de saines habitudes de vie et instaurer des valeurs de coopération.

L’expérience montre que ce type de projet fonctionne tant avec les grands du secondaire qu’avec les petits du primaire. Au pensionnat Notre-Dame-des-Anges, une école maternelle et primaire de l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, un potager a été réalisé le printemps dernier à l’initiative de l’association des parents, en collaboration avec MicroHabitat, qui a comme mission de réduire l’insécurité alimentaire avec l’agriculture urbaine. L’entreprise a donné des ateliers virtuels sur la planification d’un potager urbain et ses bienfaits. L’une de leurs agricultrices est aussi venue chaque semaine pendant l’été, en plus des parents et des élèves, pour entretenir le potager et récolter.

« Les enfants ont vraiment bien réagi, ils prennent soin des plants de légumes et de fines herbes, ils peuvent les toucher, les sentir », se réjouit Marie-Josée Hamel, directrice générale du pensionnat Notre-Dame-des-Anges.

Le potager reviendra le printemps prochain (la cour d’école sera alors complètement refaite), et le projet est amené à évoluer. « On pense par exemple à donner davantage nos récoltes à des organismes communautaires ou à lancer un projet entrepreneurial, indique-t-elle. On définira la suite du projet tous ensemble. »

Des élèves passionnées

En matière de jardinage, le pensionnat du Saint-Nom-de-Marie est pionnier. C’est en 2014 que Martine Plessis-Bélair, enseignante de français, a eu l’idée de réaliser un jardin sur le toit du bâtiment, dans Outremont.

« J’enseignais à ce moment-là le cours environnement et monde, et j’étais responsable de l’environnement à l’école, explique-t-elle. L’un de nos pavillons était assez récent, et il faisait très chaud à l’intérieur à la fin des classes et à la rentrée. En cherchant un projet différent, j’ai eu l’idée de faire un jardin sur le toit pour combattre les îlots de chaleur. »

Avec l’expertise de l’entreprise La Shop Agricole, des bacs en géotextile ont été installés pour cultiver des légumes avec les principes de l’agriculture biologique. Les récoltes sont données à MultiCaf, un organisme de sécurité alimentaire du quartier Côte-des-Neiges. Des ruches ont aussi été installées par la coopérative Miel Montréal qui, en plus de gérer les ruches, explique aux élèves l’importance des abeilles dans la pollinisation et les dommages causés par l’utilisation de pesticides.

Photo: Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie Le jardin aménagé sur le toit du pensionnat du Saint-Nom-de-Marie

L’engagement bénévole est prévu dans le programme d’éducation internationale, et les élèves se précipitent pour mettre la main à la terre. « Nous avons entre 60 et 80 filles par année qui s’occupent du jardin pendant l’été, en suivant un horaire par petites équipes, explique l’enseignante. Plusieurs reviennent année après année. » Elles sont accompagnées d’un enseignant bénévole et d’un agriculteur bénévole, qui est un enseignant retraité de l’école.

Martine Plessis-Bélair est d’avis que, si les adolescentes sont si nombreuses à s’investir dans ce projet, c’est parce qu’il a un sens. « Elles y investissent du temps et, en plus de voir les légumes pousser, on constate que c’est une activité qui permet de faire du bien à l’environnement et à la communauté. »

Le projet se poursuit et, cette année, le pensionnat du Saint-Nom-de-Marie a reçu une subvention de l’arrondissement d’Outremont pour acheter de nouveaux bacs en géotextile. Quant au jardin sur le toit, il va faire des petits ! Dans son projet d’agrandissement en cours et qui devrait être completé pour le rentrée 2022, l’école prévoit un espace sur le toit destiné à différentes initiatives, comme un laboratoire en agriculture urbaine.

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