Bousculer les idées reçues, un parent à la fois

André Lavoie
Collaboration spéciale
Contrairement à la croyance populaire, la quasi-totalité des écoles membres de la Fédération des établissements d’enseignement privés sont des organismes à but non lucratif.
Illustration: Delphine Bérubé Contrairement à la croyance populaire, la quasi-totalité des écoles membres de la Fédération des établissements d’enseignement privés sont des organismes à but non lucratif.

Ce texte fait partie du cahier spécial Écoles privées

Elles traînent derrière elles quelques préjugés tenaces, que même la présente pandémie n’a pas réussi à complètement effacer : élitistes, sélectives, choyées par les gouvernements, éloignées des réalités des élèves en difficulté, etc. Et comme si la liste n’était pas assez longue, plusieurs envient ouvertement leurs capacités technologiques, déployées avec force lors du premier confinement.

Rien dans ce cortège de critiques et de préjugés n’est étranger à David Bowles, président de la Fédération des établissements d’enseignement privés (FEEP) et directeur du collège Charles-Lemoyne, sur la Rive-Sud de Montréal, une institution qui accueille près de 3000 élèves.

« On ne se pense pas plus fins ! » lance à la blague celui qui était enseignant d’anglais avant son arrivée à Charles-Lemoyne, d’abord comme directeur adjoint en 2006, puis directeur général depuis 2011. « Dans l’esprit des gens, une école privée est une entreprise privée cherchant à faire des profits. Mais la quasi-totalité des écoles membres de la FEEP sont des organismes à but non lucratif, gérés par des corporations avec un conseil d’administration auquel siègent des parents. Moi, je suis le directeur, pas le propriétaire ! »

Et il est d’abord un directeur qui, comme tous les autres, vit à l’heure de la rentrée scolaire, avec son lot de surprises et d’imprévus, plus nombreux qu’à l’habitude… mais un peu moins que l’an dernier. « Il y avait plus d’incertitudes, se souvient David Bowles, étant donné que plusieurs décisions avaient été prises très rapidement. Ce n’est pas encore sans difficultés ni défis, mais tout le monde semble à la fois mieux préparé… et plus calme. » Et ce, même si personne n’ose parler d’un retour en classe totalement normal, surtout avec le port du masque obligatoire, une contrainte à mille lieues des rigueurs du confinement de mars 2020.

Rattraper le temps perdu

La question du rattrapage scolaire et du maintien des acquis se pose encore, constituant un sujet d’inquiétudes tant pour les parents que pour les enseignants. En rien catastrophique, le portrait général présente tout de même quelques zones d’ombre, de l’aveu même du président de la FEEP. « Les jeunes ont des résultats comparables à ceux des années précédentes. Dans notre réseau, là où l’on voit une différence, c’est parmi les élèves avec des difficultés d’apprentissage et scolaires. La pandémie a eu sur eux un véritable impact ; l’enseignement à distance, c’est plus difficile. Et quand on a un déficit d’attention, être devant un écran, avec toutes sortes de distractions autour… »

Cela sera sans doute une découverte pour certains, mais parmi les 122 000 élèves qui fréquentent les 112 écoles préscolaires et primaires, les 140 écoles secondaires ou les 12 écoles spécialisées membres de la FEEP, 18 % souffrent de dyslexie, de dysorthographie, d’un TDA avec ou sans hyperactivité ou d’un trouble du spectre de l’autisme. « Nous aimerions en accueillir davantage, souligne David Bowles, mais nous n’avons pas le financement nécessaire, contrairement au même élève d’une école publique à qui l’on accorderait une somme supplémentaire, de 10 000 $ à 15 000 $, pour l’accompagner. » Voilà qui rompt quelque peu avec cette impression d’inaccessibilité de l’école privée pour des élèves au parcours un peu plus atypique.

Dans l’esprit des gens, une école privée est une entreprise privée cherchant à faire des profits

 

Certains parents sont donc heureux de voir leurs idées reçues bousculées, qu’ils aient un enfant au parcours scolaire plus laborieux ou qu’ils croient que leurs revenus ne sont pas suffisants. « Ceux qui réclament la fin du financement gouvernemental de l’école privée évoquent toujours la situation de l’Ontario, mais là, ça coûte 20 000 $ par année pour aller dans une école privée ! Ici, ce retrait de l’État signifierait que beaucoup de gens de la classe moyenne, ou à plus faibles revenus, n’auraient pas cette possibilité. Dans mon école, certains parents sont chauffeurs de taxi ou travaillent dans le domaine des services ; ces gens-là font des efforts considérables pour l’éducation de leurs enfants. Sans compter que nous remettons presque 100 000 $ par année en bourses à des familles qui n’ont pas les moyens de payer les droits de scolarité. »

Et en cette rentrée où planent quelques nuages gris, David Bowles se dit prêt, ainsi que son équipe, à jongler avec les outils technologiques en cas de force majeure.

« Nos enseignants et notre personnel scolaire ont fait des bonds de géant. Ils ont vu tout le potentiel de ces outils, dont plusieurs de grande qualité conçus au Québec, et que l’on utilise tant pour des élèves hospitalisés que malades à la maison… ou en quarantaine. Pour nous, c’est une très belle chose sortie de cette malheureuse crise. »

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