Fondation pour l'alphabétisation - L'heure est au bilan

La Fondation pour l'alphabétisation (FA) — autrefois appelée la Fondation québécoise pour l'alphabétisation — fête cette année son 15e anniversaire d'existence. Portrait d'une organisation qui a déclaré une guerre sans merci à l'analphabétisme.

La présidente de la FA, Sophie Labrecque, fait un bilan pour le moins positif des 15 années d'existence de l'organisme: «En 1989, on était tout à fait inconnu. Aujourd'hui, beaucoup de chemin a été parcouru. On a gagné en crédibilité et en notoriété.» Pour soutenir ses propos, Mme Labrecque s'appuie sur un récent sondage que leur a offert la firme Léger Marketing et qui démontre que 45 % de la population connaît la Fondation. «Cela donne une mesure de l'impact qu'a pu avoir la Fondation» depuis sa création, affirme-t-elle.

D'Info-Alpha à Lecture en cadeau

Depuis 1989, la FA développe et offre des services qui rejoignent la mission qu'elle s'est fixée, soit de «provoquer des changements dans la société afin d'améliorer la qualité de vie des personnes analphabètes et, par conséquent, celle de la collectivité». Aujourd'hui, la Fondation représente 600 points de service répartis sur l'ensemble du territoire québécois. Ceux-ci s'assurent de «faire le pont entre la population et les services proposés».

La FA y arrive en partie grâce à sa ligne téléphonique Info-Alpha: un service sans frais et confidentiel qui s'étend à la grandeur du Québec et sert de référence aux personnes ayant des difficultés de lecture et d'écriture en les orientant vers les ressources appropriées en alphabétisation, selon les régions administratives d'où proviennent les usagers. La Fondation estime qu'en 15 ans, 53 000 adultes ont bénéficié de conseils.

Depuis l'an dernier, la Fondation pour l'alphabétisation assure également la mise en oeuvre d'Info-Apprendre, une ligne téléphonique qui est, en fait, une initiative du gouvernement du Québec. Ce service, sans frais et confidentiel, oriente les usagers vers les ressources des commissions et institutions scolaires, cégeps et universités. Info-Apprendre s'adresse principalement aux personnes qui souhaitent mener à terme une formation scolaire.

Si le chemin parcouru depuis 15 ans est considérable, force est d'admettre qu'il en reste beaucoup à faire. Seulement 2 % des personnes considérées comme analphabètes au Québec entreprennent une démarche d'alphabétisation. Au Canada, 10 % des gens qui peuvent bénéficier de l'aide en alphabétisation le font. Trop peu, selon Sophie Labrecque. La FA met donc tout en oeuvre pour rejoindre les 98 % d'analphabètes de la province qui restent à l'écart de ses services.

Une des démarches les plus remarquées pour y parvenir — qui est rapidement devenue un symbole de réussite — est le projet La lecture en cadeau. Pour une sixième année consécutive, les gens pourront offrir un livre à un jeune. Seule exigence: le bouquin doit être neuf afin que l'enfant puisse totalement se l'approprier. La Fondation estime qu'environ 70 500 enfants pauvres ont jusqu'à présent reçu un livre neuf dans le cadre du projet.

Pour arriver à développer ces services, la FA dépend d'un maigre budget annuel présentement évalué à 1,6 million de dollars. Une enveloppe, comme le note Mme Labrecque, qui provient «à 50 % du public et à 50 % du privé». Pour convaincre les bailleurs de fonds, l'organisme tente de mettre en évidence, non pas l'échec que peut inspirer l'analphabétisme, mais les impacts bénéfiques à long terme de l'alphabétisation, tant pour les entreprises que pour la société.

Analphabétisme au Québec

Les statistiques relatives à l'analphabétisme que présente la Fondation sont troublantes. L'organisme estime que, actuellement, entre 468 000 et un million de Québécois sont analphabètes. Un nombre d'autant plus dérangeant qu'il touche une tranche d'âge que l'on croyait, en raison de l'éducation gratuite et accessible pour tous, à l'abri des difficultés reliées à la lecture, soit les jeunes adultes.

«Trente pour cent des appelants sont des jeunes de 16 à

30 ans», confie Sophie Labrecque. Ces chiffres sont-ils représentatifs du pourcentage de personnes ayant des troubles de lecture et d'écriture? Difficile à affirmer. Toutefois, cela donne une idée des démarches entreprises par les jeunes afin de combler leur manque.

Les causes qui expliquent l'analphabétisme sont nombreuses et difficiles à déterminer. Il est impossible de désigner une raison unique pour expliquer et cerner le phénomène. Néanmoins, peut-on faire un lien entre la pauvreté et l'analphabétisme? «Oui. C'est vrai qu'il y a un lien», avoue la présidente. Il est même possible de percevoir cette relation sous une forme de cercle vicieux: l'analphabétisme entraîne la pauvreté et vice-versa.

À ce sujet, rappelons que la présidente de la Commission scolaire de Montréal, Diane de Courcy, annonçait le 18 août dernier, lors de son discours de la rentrée, que 36 % des 78 000 élèves de la formation générale de la CSDM vivent sous le seuil de la pauvreté. Des données qui expliquent en partie le taux de réussite déficient des élèves de la région de Montréal.

Par contre, la présidente de la Fondation fait une mise en garde: «Évidemment, il ne faut pas généraliser. Dans quelle mesure le lien entre la pauvreté et les difficultés de lecture existe-t-il? Je ne peux pas le dire exactement.»