Les Cuisi-mots, ou comment faire entrer la lecture dans la cuisine

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
Lancé en 2018, le programme consiste en une série d’ateliers alliant l’art culinaire et l’apprentissage de la lecture.
Photo: Photo fournie par Cuisi-mots Lancé en 2018, le programme consiste en une série d’ateliers alliant l’art culinaire et l’apprentissage de la lecture.

Ce texte fait partie du cahier spécial Alphabétisation

Avec son programme Cuisi-mots, la Fondation pour l’alphabétisation désire non seulement favoriser l’apprentissage de la lecture auprès des plus vulnérables, mais aussi sensibiliser à l’importance de bien manger. Après avoir été donnés de manière virtuelle depuis le début de la crise sanitaire, les ateliers reprennent désormais en présentiel.

Lancée en 2018, l’initiative consiste en une série d’ateliers où les enfants, accompagnés d’un parent, expérimentent l’art culinaire en lisant une recette, pour la préparer ensuite. Le programme a été mis sur pied en collaboration avec le ministère de l’Éducation ainsi que celui de l’Enseignement supérieur et l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Les recettes qui figurent dans le cahier remis aux participants ont quant à elles été fournies par Ricardo Media.

Conjuguer la lecture et la cuisine peut être très ludique, estime d’emblée Monique Brodeur, doyenne à la Faculté de science politique et de droit de l’UQAM. Celle qui siège également au conseil d’administration de la Fondation de l’alphabétisation a travaillé à la création du programme avec des collègues de l’établissement universitaire.

Ainsi, des ateliers de deux heures chacun sont donnés durant trois semaines consécutives, explique Laure Ehermann, de La Tablée des chefs et qui anime des séances de Cuisi-mots. « C’est vraiment une activité familiale où l’on met l’accent sur le français en priorité », souligne celle qui s’implique dans la grande région de Montréal.

Des difficultés qui touchent tous les milieux

Avec Cuisi-mots, la Fondation pour l’alphabétisation cible les familles ayant des besoins particuliers. Les difficultés à lire sont en général associées à une situation financière précaire, au fait que la langue parlée à la maison diffère de celle enseignée à l’école ou encore aux troubles d’apprentissage, énumère Mme Brodeur. « Il n’y a pas de codes postaux plus visés que d’autres. Les troubles d’apprentissage sont présents dans toutes les classes sociales », souligne-t-elle.

La lecture du français reste d’ailleurs le principal défi de l’atelier, spécialement pour les familles non francophones, observe de son côté Mme Ehermann sur le terrain. « Si on ne comprend pas le sens du mot, il faut aller plus loin, et ça prend quand même un peu plus de temps, illustre-t-elle. Mais ce qui est bien, c’est que le participant est capable de mettre un mot sur une image. Et ça aide beaucoup, surtout quand le français n’est pas la première langue. »

Promouvoir de saines habitudes alimentaires

Burger de saumon, sauce tartare, gâteau moelleux au chocolat, tacos de poulet, macaroni chinois, trempette de légumes… six recettes permettent aux familles participantes de s’exercer à la lecture.

Des plats qui ont aussi pour but de leur montrer comment adopter de saines habitudes alimentaires. « On le sait, quand on cuisine soi-même, c’est souvent moins cher que lorsqu’on achète des produits déjà transformés à l’épicerie, souligne pour sa part Mme Brodeur. Et malheureusement, en milieu défavorisé, souvent, les personnes n’ont pas développé tant que ça leurs compétences culinaires », constate-t-elle.

Une enquête de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) publiée en août 2021 révèle d’ailleurs que 17 % des adultes québécois vivent en situation d’insécurité alimentaire. Les ménages dont la scolarité ne dépasse pas les études secondaires, ceux avec des enfants mineurs et ceux issus des populations immigrantes sont également plus susceptibles de se retrouver dans une telle situation, avec des taux respectifs de 22 %, de 24 % et de 23 %.

23 %

C’est le pourcentage de ménages issus des populations immigrantes au Québec qui vivent en situation d’insécurité alimentaire.

« On leur montre comment bien manger, bien s’alimenter. Et que, même si on a un petit budget, on est capables [de le faire] », explique Mme Ehermann, qui précise aborder le Guide alimentaire canadien dans ses ateliers.

Cuisi-mots donne aussi l’occasion aux participants de faire preuve de créativité et de découvrir de nouveaux aliments, ajoute-t-elle. « Les parents adorent ça. Au départ, ils n’osent pas laisser leurs enfants toucher aux couteaux. Et au bout de trois ateliers, ils disent : “C’est déjà fini ? Non, on en veut encore !” », raconte la cheffe en riant.

La pandémie a forcé la fondation à faire passer les ateliers de Cuisi-mots en virtuel en 2020. Mais, à moins d’indications contraires de la Santé publique, les rencontres reviendront en présentiel à la rentrée, précise Mme Brodeur.

Les ressources développées en ligne restent toutefois accessibles pour les familles qui désireraient tenter l’expérience depuis leur domicile. « C’est vraiment une belle façon de conjuguer la lecture, les saines habitudes de vie, une saine alimentation et du plaisir avec son enfant. »

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