Une mobilisation massive en ligne et des avancées notables pour l’Alliance des profs

Martine Letarte
Collaboration spéciale
La présidente de l’APPM, Catherine Beauvais-St-Pierre, à la traditionnelle marche pour la Journée internationale des travailleuses et des travailleurs, le 1er mai dernier
Photo: APPM La présidente de l’APPM, Catherine Beauvais-St-Pierre, à la traditionnelle marche pour la Journée internationale des travailleuses et des travailleurs, le 1er mai dernier

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Le milieu syndical étant un milieu de traditions, le virage en ligne n’était pas instinctif pour l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal. Il s’est finalement révélé profitable lorsque l’assemblée générale annuelle a regroupé en mars plus de 3000 membres sur un total de 9500, menant à un vote de grève générale illimitée. Une entente, avec de réelles avancées pour les professeurs, a par la suite été conclue avec le gouvernement.

« Nous envisagions avec beaucoup d’appréhension le mode virtuel, particulièrement en ce qui concerne la mobilisation, mais, finalement, 3000 membres présents, c’est un nombre impressionnant, alors qu’on en avait plutôt autour de 1500 ou 2000 les années précédentes », affirme Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal (APPM), affiliée à la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

Elle s’est réjouie de voir un grand nombre de membres intervenir, dont plusieurs étaient de nouveaux visages qui pourraient à terme devenir des leaders dans leur milieu. « C’était assez inattendu », dit celle qui attribue ce fort taux de participation à la conciliation travail-famille facilitée par la tenue de l’événement en ligne.

De nombreux efforts ont dû être faits pour s’adapter à la technologie tout en continuant de répondre aux exigences légales de l’assemblée générale, où les membres ont voté à 87 % pour une grève générale illimitée. « À notre connaissance, c’était la première fois qu’une grève générale illimitée était votée en éducation, et nous sommes persuadés que ça a été déterminant dans la suite des négociations avec le gouvernement, note Mme Beauvais-St-Pierre. C’est à partir de ce moment que nous avons vu la lumière au bout du tunnel. »

Vers une amélioration des conditions de travail

L’entente avec le gouvernement se distingue des précédentes. « Depuis longtemps, nous signions des ententes en ayant l’impression que nous n’avions pas trop reculé, mais nous n’avions pas l’impression d’avancer non plus, raconte la présidente. Cette fois, nous avons eu des gains réels, qui permettront d’améliorer le quotidien des professeurs. »

Concrètement, l’entente comprend une hausse salariale à tous les échelons, le premier passant de 46 000 $ à 53 000 $. Le dernier atteint plus de 91 000 $, ce qui permet aux enseignants de presque rattraper ceux du reste du Canada, où le sommet de l’échelle salariale est de 92 000 $.

De plus, deux heures de travail de nature personnelle, qui comprend notamment la correction et la planification, pourront se faire à l’extérieur de l’école. « Nous aurions souhaité que les cinq heures de travail de nature personnelle à faire chaque semaine puissent être faites à l’extérieur, d’autant plus que c’est ce qui se fait depuis le début de la pandémie, indique Mme Beauvais-St-Pierre. Les professeurs n’ont pas arrêté de planifier ou de corriger pour autant. Et c’est particulièrement intéressant à Montréal, où on manque d’espace dans les écoles et où les professeurs se retrouvent souvent dans des lieux qui ne sont pas propices au travail. »

Une refonte de la tâche des professeurs sera aussi réalisée pour l’année scolaire 2022-2023 afin qu’elle représente davantage la réalité. « Il y a beaucoup de frustration actuellement, parce que plusieurs choses que font les professeurs, comme s’occuper d’un élève qui pleure ou qui saigne du nez à la récréation, ne sont pas comptabilisées, alors ils se retrouvent rapidement avec un horaire qui déborde les 32 heures prévues », explique Mme Beauvais-St-Pierre.

Avec la pénurie d’enseignants et de professionnels de soutien qui est toujours d’actualité, l’un des grands défis est de faire en sorte que ceux qui sont en poste ne s’épuisent pas et restent dans la profession. Plusieurs enveloppes d’argent destinées à des services spécialisés pour venir alléger le travail des enseignants ont d’ailleurs été annoncées. « La crainte, c’est qu’on n’arrive pas à embaucher ces gens en raison de la pénurie », souligne Mme Beauvais-St-Pierre.

Autre mesure qui a des chances d’améliorer le quotidien des nouveaux enseignants : le lancement d’un programme de mentorat réalisé par des collègues expérimentés.

« Nous espérons que nous entrons dans une nouvelle ère, mais je pense que ça prendra du temps avant de voir à quel point le quotidien des enseignants s’améliorera, affirme la présidente. Nous croisons les doigts pour que ça leur enlève du poids sur les épaules, pour qu’ils gardent ou retrouvent leur plaisir d’enseigner. Mais il y a encore du chemin à faire, et nous continuerons à régler d’autres problèmes pour améliorer leur situation. »

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