La rentrée en présentiel, «une bouffée d’oxygène» pour la FNEEQ

Adrien Bonot
Collaboration spéciale
Le retour en classe ramène un semblant de vie normale, mais plusieurs restrictions sanitaires sont encore en place. Ici, des étudiants du collège Dawson, à Montréal, à leur retour sur le campus le 23 août dernier.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le retour en classe ramène un semblant de vie normale, mais plusieurs restrictions sanitaires sont encore en place. Ici, des étudiants du collège Dawson, à Montréal, à leur retour sur le campus le 23 août dernier.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Après plus d’une année passée à suivre des cours virtuels, les élèves du secondaire sont de retour sur les bancs de l’école. Les universités et les cégeps retrouvent leurs étudiants, et cette fraîcheur juvénile ô combien essentielle à la vie des différents campus. Ce retour en classe ne doit cependant pas faire oublier l’année écoulée et les conditions de travail difficiles des enseignants, que ce soit sur le plan psychologique ou sur celui de la charge de travail. Entrevue avec Caroline Quesnel, présidente de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ).

« Cette rentrée en présentiel est vraiment une bouffée d’oxygène pour tous les acteurs du milieu scolaire, que ce soit les élèves, les professeurs ou les employés des universités. Le retour à la présence physique était la volonté de tous », indique Caroline Quesnel.

La FNEEQ regrette cependant que le gouvernement ne consulte pas, ou à peu près pas, ses partenaires sociaux, notamment ceux de l’enseignement supérieur.

« Le gouvernement met une pression sur le milieu en changeant ses directives. Il y a beaucoup d’incertitude et peu de prise en compte des voix, déplore la présidente. De plus, il n’y a pas eu d’invitation à participer à la session parlementaire pour les syndicats de l’enseignement supérieur. Les directives bâclées entraînent la méfiance envers le gouvernement. »

En effet, si ce retour en classe ramène un semblant de vie normale, plusieurs restrictions sont encore en place. La distance physique entre les élèves a, certes, été abandonnée, mais ceux-ci devront porter le masque en tout temps à l’intérieur des universités ou des cégeps. Le professeur, à distance des élèves, pourra, lui, l’enlever en donnant son cours, mais il le portera le reste du temps.

Nous avons un grand rendez-vous à ne pas manquer sur les transformations de la profession d’enseignant et la lutte contre la pérennisation du mode non présentiel. Cette crise sanitaire et le mode d’enseignement en non-présentiel ont véritablement dégradé les relations entre les élèves et les enseignants.

 

Quant à la question de la vaccination et du passeport sanitaire mis en place par le gouvernement caquiste, elle est encore au cœur des discussions, qui se tiennent sans les syndicats. Une absence regrettable, même si, de l’aveu même de Mme Quesnel, l’essentiel du combat syndical est ailleurs.

Pour la pérennisation du présentiel

« Nous avons un grand rendez-vous à ne pas manquer sur les transformations de la profession d’enseignant et la lutte contre la pérennisation du mode non présentiel. Cette crise sanitaire et le mode d’enseignement en non-présentiel ont véritablement dégradé les relations entre les élèves et les enseignants. Des difficultés psychologiques sont apparues, et la lourdeur du travail s’est accentuée. On profite de la pandémie pour essayer de modifier l’école de demain à travers un modèle intermodal virtuel-présentiel, voire carrément totalement virtuel », dénonce la présidente.

Depuis 2018, soit deux années avant la pandémie de COVID-19, le Plan d’action numérique du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec met en place un projet pilote de formation à distance pour l’enseignement primaire et secondaire, même si la présence des élèves en classe est requise jusqu’à 16 ans. Ce projet controversé apparaît comme difficilement applicable aux yeux du syndicat des enseignants.

Inquiétudes quant au niveau des futurs élèves

« Nous sommes vraiment inquiets pour les conditions de travail futures des enseignants du secondaire, mais aussi des enseignants dans leur ensemble. Ce modèle mixte entre présentiel et virtuel ne convient pas, car il nécessite deux pédagogies distinctes pour l’enseignant et crée une surcharge exponentielle de son travail, explique Mme Quesnel. Les dérives possibles sur les conditions de travail et la marchandisation de l’enseignement sont des axes de préoccupation majeurs. Tous les acteurs sociaux sont en réflexion, pour faire le point sur la profession étudiante et sur le niveau des élèves. »

Toute l’année écoulée s’est effectivement déroulée à distance. Les nouveaux étudiants qui arrivent au cycle supérieur ont passé deux années consécutives sans épreuves ministérielles à la fin de l’année scolaire. L’inquiétude du syndicat quant au niveau réel des étudiants est donc légitime.

« Des rattrapages à faire en présentiel avec les enseignants seront sûrement nécessaires. Nous souhaitons que ces nouveaux étudiants, qui représentent l’avenir du Québec, aient le même niveau de qualification que leurs prédécesseurs. Pour ce faire, il faut donner plus de ressources et plus de temps aux enseignants et enseignantes au sein de la province. Il faut que le gouvernement nous entende et nous accepte à la table des négociations », conclut la présidente de l’organisation syndicale.

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