Le sport pour mieux réussir à l’école

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
Selon les experts, le cours d’éducation physique permet aux jeunes de dépenser leur trop-plein d’énergie, ce qui augmente leur concentration en classe.
Photo: Markus Spiske /Unsplash Selon les experts, le cours d’éducation physique permet aux jeunes de dépenser leur trop-plein d’énergie, ce qui augmente leur concentration en classe.

Ce texte fait partie du cahier spécial Rentrée scolaire

Plusieurs études démontrant les bienfaits de l’éducation physique sur la santé et sur la réussite scolaire, des experts soulignent le besoin d’augmenter les heures allouées à ce cours au primaire et au secondaire.

La pratique d’activités physiques a aussi des effets sur les capacités d’attention et d’inhibition. On fait abstraction d’un stimulus de quelque chose qui pourrait nous déranger pour rester concentré sur notre tâche », explique Marie-Maude Dubuc. La jeune femme est postdoctorante à la Chaire de recherche Kino-Québec sur l’adoption d’un mode de vie physiquement actif en contexte scolaire à l’Université de Sherbrooke.

À ses yeux, le cours d’éducation physique à l’école permet aux jeunes d’être actifs, donc de mieux apprendre leurs autres matières. « Quand ils sortent du cours, généralement, ils ont dépensé leur trop-plein d’énergie et sont donc prêts à se concentrer en classe », constate-t-elle.

L’importance de bien dormir, de limiter le temps passé devant les écrans, d’avoir une alimentation équilibrée… le cours d’éducation physique et à la santé ne sert pas qu’à bouger, souligne la chercheuse. Il vise également à développer de saines habitudes de vie. « C’est par l’activité physique que c’est enseigné », résume Mme Dubuc.

60

C’est le nombre de minutes par jour qu’un jeune devrait consacrer à une activité physique d’intensité modérée à élevée, selon l’OMS.

Il n’existe pas de seuil minimum établi par le ministère de l’Éducation pour l’éducation physique, qui fait toutefois partie des matières obligatoires. Le gouvernement recommande à titre indicatif seulement 2 heures par semaine au primaire et 50 heures par année au secondaire. En vertu de la Loi sur l’instruction publique, ce sont les conseils d’établissement de chaque école qui décident du temps alloué à cette discipline.

Lutter contre la sédentarité

Y a-t-il assez de cours d’éducation physique à l’école ? Non, estime la directrice de la Fédération des éducateurs et éducatrices physiques enseignants du Québec (FEEPEQ), Véronique Marchand. Le fait de demeurer immobile et la malbouffe génèrent selon elle un « cocktail de base pour créer la pandémie d’obésité et de sédentarité qu’on vit actuellement dans les pays occidentaux ».

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande 60 minutes par jour d’activité physique d’intensité modérée à élevée pour les jeunes. Mais en 2019, l’agence onusienne estimait que plus de 23 % des adultes et 80 % des adolescents n’étaient pas assez actifs.

Afin d’arriver à des objectifs d’activité physique sans empiéter sur le reste du cursus scolaire, une des solutions consiste à hausser le temps d’apprentissage à l’extérieur dans les autres matières. C’est du moins ce qu’avance Tegwen Gadais, professeur au Département des sciences de l’activité physique de l’Université du Québec à Montréal.

Une enquête menée par l’Université de Sherbrooke a d’ailleurs conclu que les leçons en plein air ont augmenté avec la pandémie. « On arrive à faire bouger davantage les élèves, à les rendre plus actifs tout en respectant le programme d’enseignement », observe-t-il.

L’enseignement d’autres matières à l’extérieur ne remplacera pas les cours d’éducation physique, précise toutefois Mme Marchand. « C’est de l’apprentissage, des stratégies, des façons de communiquer, du respect, de l’éthique, beaucoup d’habiletés physiques, motrices, fines et globales », dit-elle. Elle concède néanmoins que l’apprentissage en plein air contribuerait au maintien d’une bonne condition physique.

L’approvisionnement d’équipement pose aussi un problème aux professeurs d’éducation physique, soulève la directrice de la Fédération. « Actuellement, l’une des seules façons qu’ils ont de pouvoir acheter du matériel en quantité et en qualité suffisantes, c’est en faisant des collectes de fonds indépendantes du financement attitré par les règles budgétaires au Centre de services scolaire », affirme-t-elle.

Apprendre dehors

Les possibilités d’apprentissage en plein air varient selon les écoles, notamment en raison du manque d’espace à l’extérieur, surtout dans les régions urbaines. « Quand il y a un parc à proximité, c’est sûr que ça aide », souligne Mme Dubuc, insistant sur la difficulté à enseigner dehors si la cour et les lieux environnants ne le permettent pas.

Les conditions météorologiques peuvent également être un frein à la pratique d’activités en plein air, note de son côté M. Gadais. « On ne contrôle pas la pluie, on ne contrôle pas beaucoup d’éléments, dit-il. Le gymnase a cette capacité d’être assez sécurisant » pour plusieurs enseignants.

« Aller dehors, c’est faire voir aux élèves tout un éventail d’activités, tant du ski, que du patin, du paddleboard, du vélo, etc. », estime le professeur. Selon lui, l’école a le rôle d’initier les jeunes aux différentes pratiques sportives pour les amener à continuer à rester actifs par eux-mêmes. « Et l’éducation physique doit donner cette éducation à la variété, à la diversité, en montrant un ensemble de possibilités. » 

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