Les pratiques d’inclusion à l’épreuve dans une commission scolaire de Montréal

L’analyse du groupe de travail, qui a rendu son rapport final lundi, démontre qu’il y a une réelle volonté d’être inclusif au sein de la commission scolaire, mais qu’il y a un écart entre les politiques officielles et leur application sur le terrain
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L’analyse du groupe de travail, qui a rendu son rapport final lundi, démontre qu’il y a une réelle volonté d’être inclusif au sein de la commission scolaire, mais qu’il y a un écart entre les politiques officielles et leur application sur le terrain

Un adolescent noir qui se fait qualifier dans l’album de finissant de futur criminel, de jeunes musulmans qui se font demander où ils ont posé leur bombe, un Pakistanais qui se fait traiter de « paki » et de « puant » pendant des années, des enfants transgenres qui ne se sentent pas en sécurité à l’école…. Ce sont autant d’histoires survenues dans des écoles de la Commission scolaire Lester-B.-Pearson et mises en relief dans le rapport d’un groupe de travail sur l’équité et l’inclusivité.

Ces situations sont préoccupantes, reconnaît Cindy Finn, directrice générale de la Commission scolaire Lester-B.-Pearson (CSLBP). « Oui, malheureusement, il y a des commentaires et des gestes posés qui sont inacceptables, affirme Mme Finn en entrevue au Devoir. Certaines choses vont toujours exister, mais quand ça arrive, il faut les utiliser comme leçon et faire comprendre à tous pourquoi c’est inacceptable et quels effets cela a sur l’élève et sur sa famille. »

La directrice générale répète que la commission scolaire avait « invité ces réponses » et voulait des « exemples concrets » de racisme et de non-inclusion survenus entre ses murs. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la Commission scolaire a mandaté un groupe de travail pour analyser ses politiques et pratiques en place dans la cinquantaine d’écoles de son territoire, qui s’étend sur Montréal et ses environs.

« Au printemps dernier, à la suite du meurtre de George Floyd, il y avait davantage d’attention portée sur les actes d’injustice, de violence et de racisme, explique Mme Finn. De façon spécifique, sur notre territoire, on a commencé à se poser des questions. Est-ce que nous avons des problèmes de discrimination ? Est-ce que des membres de notre communauté ne ressentent pas un sentiment d’appartenance ou ne se sentent pas entendus ? »

Une réelle volonté

L’analyse du groupe de travail, qui a rendu son rapport final lundi, démontre qu’il y a une réelle volonté d’être inclusif au sein de la commission scolaire, mais qu’il y a un écart entre les politiques officielles et leur application sur le terrain. Certaines politiques doivent également être révisées afin de mieux refléter cette volonté.

« En examinant les politiques de la commission scolaire, le groupe de travail a constaté que, bien qu’il y ait un désir et un engagement évidents envers les valeurs d’inclusion, de tolérance et de diversité, certaines politiques ne sont pas à la hauteur, car elles ne nomment pas ou ne cherchent pas à changer les systèmes qui entravent le développement sain de tous les élèves, et en particulier celui des élèves marginalisés et des minorités sexuelles et de genre — et n’atteignent donc pas leurs objectifs », écrivent les auteurs.

On ne pourra pas résoudre tous les problèmes dans la société, mais on va commencer par ce que nous contrôlons

Ainsi, note le groupe de travail, la politique contre l’intimidation ne tient pas compte de façon spécifique des incidents, attaques ou micro-agressions à caractère racial ou ethnique. « Si un de ces incidents survenait, il n’y avait aucun protocole pour le définir et aucun protocole décrivant les mesures correctives à apporter sur ces questions aussi sensibles. Nous avons découvert que cette omission laissait nos élèves et notre personnel marginalisé vulnérable face à ces incidents et permettait leur récurrence. »

Le groupe de travail constate également que la commission scolaire ne répertorie pas ces incidents. « Cette information s’avérerait cruciale pour juger de la sécurité et du sentiment d’appartenance de l’ensemble de notre personnel et des populations étudiantes de la CSLBP. Une population déjà marginalisée serait encore plus désavantagée sans une documentation appropriéede ces incidents, car elle devrait s’appuyer sur des preuves par ouï-dire tout en affrontant les biais eurocentriques susmentionnés. »

Biais eurocentriques

Ces biais, notent les auteurs, sont souvent inconscients, mais ont des effets dévastateurs sur les enfants marginalisés.Par exemple, selon des recherches citées dans le rapport, les élèves noirs ont quatre fois plus de d’être expulsés que les élèves blancs et deux fois moins de mentions « excellence » comparativement à leurs collègues, malgré des résultats similaires à des tests standardisés.

On veut éduquer et changer les choses, en espérant qu’on va voir des changements positifs

« Des preuves anecdotiques en provenance de la communauté ont également démontré que les familles noires ne se sentaient pas aussi bien accueillies ou comprises lors des interactions avec les membres du personnel en raison de ces préjugés. Par exemple, une structure de parenté « multi-mères » commune aux familles de la communauté noire pourrait être stéréotypée négativement malgré les preuves de l’efficacité du rôle de multi-tuteurs (sœurs aînées, tantes, grands-parents se présentant aux réunions à la place de la mère). Ces méthodes parentales culturellement différentes reçoivent un accueil négatif en raison de ces préjugés eurocentriques. En conséquence, cela peut être problématique pour les familles de toute culture qui ne correspondent pas au modèle de la famille nucléaire. »

Les enfants transgenres ont également de la difficulté à avoir accès aux installations spécifiques dont ils ont besoin pour se sentir en sécurité, que ce soit des toilettes ou des vestiaires non genrés. Les parents de la communauté dénoncent également la reproduction de stéréotypes genrés au sein des écoles.

« Dans certains cas, les élèves se sont retirés de l’école ou du système scolaire à cause de leur expérience. Ces témoignages ont mis en évidence des jeunes transgenres qui se sentaient exclus et sans importance ou, comme l’a déclaré un parent, “comme une réflexion après coup”. Les environnements d’apprentissage pour ces élèves n’étaient pas optimaux et l’échec à créer ou à maintenir un tel environnement doit être noté. »

Le groupe de travail a fait des recommandations adaptées pour chacune des communautés analysées. Ce qui revient souvent, c’est le besoin de formation du personnel et le manque de représentation positive des communautés marginalisées dans les salles de classe.

Ces recommandations sont bien accueillies par la directrice générale Cindy Finn, qui assure que celles-ci seront très utiles. « Il faut être réaliste, on ne pourra pas résoudre tous les problèmes dans la société, mais on va commencer par ce que nous contrôlons, conclut-elle. Les jeunes veulent comprendre leur monde et notre coin du monde, ce sont les salles de classe et les cours d’école. On veut éduquer et changer les choses, en espérant qu’on va voir des changements positifs. »

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