Une école pour élèves défavorisés «oubliée»

L'école de la Cime, située à Laval-des-Rapides, a été inaugurée en août 2019, quelques mois après l'entérinement par Québec en mars 2019 de la convention
collective des enseignants. Cette conviention prévoit une baisse des ratios pour les écoles ayant un indice de 9 ou 10, mais l'école primaire ne figure pas encore sur la liste des des établissements défavorisés. 
Photo: Hubert Hayaud Le Devoir L'école de la Cime, située à Laval-des-Rapides, a été inaugurée en août 2019, quelques mois après l'entérinement par Québec en mars 2019 de la convention
collective des enseignants. Cette conviention prévoit une baisse des ratios pour les écoles ayant un indice de 9 ou 10, mais l'école primaire ne figure pas encore sur la liste des des établissements défavorisés. 

Une école primaire toute neuve, établie en milieu défavorisé, est privée d’une mesure jugée cruciale pour aider les élèves vulnérables à cause d’un imbroglio bureaucratique. Québec refuse de baisser le nombre d’élèves par classe à l’école de la Cime, comme le prévoient les règles, parce qu’elle ne figure pas sur la liste des établissements défavorisés. Mais cette école n’existait pas lors de la création de la liste, en 2019.

« Ça n’a aucun sens d’abandonner 500 élèves d’un milieu défavorisé à cause d’une formalité administrative. On est une école oubliée », s’indigne Anne-Marie Morel, présidente du conseil d’établissement de l’école de la Cime.

Cette école flambant neuve a été inaugurée à la rentrée scolaire d’août 2019 dans le quartier Laval-des-Rapides. Comme il s’agissait d’une nouvelle école formée d’élèves provenant de trois établissements, elle n’avait pas d’indice de défavorisation. Québec a confirmé à la rentrée suivante qu’elle aurait une cote de 9, sur une échelle de 10. C’est ainsi une des plus défavorisées de Laval.

Près de deux ans plus tard, le nombre d’élèves par classe reste inchangé, même si les règles prévoient une baisse des ratios pour les écoles ayant un indice de 9 ou 10. La raison : le nombre d’élèves par classe pour les écoles défavorisées figure dans la convention collective des enseignants. Or, la convention fraîchement entérinée par Québec et par les syndicats a reconduit la liste des écoles établie en mars 2019, juste avant l’inauguration de l’école de la Cime.

500

C'est le nombre d'élèves de cette l'école primaire, établie en milieu défavorisé, qui sont touchés par l'imbroglio admnistratif.

« Comment peut-on consciemment choisir l’injustice quand cela concerne des enfants et un pourcentage infime du budget de l’éducation ? Sommes-nous si pauvres au Québec que nous sommes contraints d’accepter de désavantager quelques centaines d’élèves par rapport à leurs semblables ? » fait valoir la représentante de l’école de la Cime, Anne-Marie Morel, dans une lettre envoyée le 15 juin 2021 au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.

« Le ratio abaissé existe parce qu’il a démontré son impact sur la réussite des élèves en milieu défavorisé. Ce n’est pas un caprice, mais un besoin que le ministère de l’Éducation a choisi de combler en créant cette règle. Il est inacceptable qu’elle ne s’applique pas à tous », ajoute-t-elle.

« Soutien additionnel possible »

Les conventions collectives des enseignants prévoient entre un et quatre élèves de moins par groupe, selon les niveaux, dans les écoles les plus défavorisées. Cela permet aux enseignants de consacrer plus de temps à chaque élève et de réduire leur tâche, devenue plus complexe avec l’explosion du nombre d’élèves ayant des besoins particuliers. Cette mesure entraîne des coûts : il faut créer plus de classes, parfois ajouter de l’espace, et embaucher davantage de professeurs.

Comment peut-on consciemment choisir l’injustice quand cela concerne des enfants et un pourcentage infime du budget de l’éducation ? Sommes-nous si pauvres au Québec que nous sommes contraints d’accepter de désavantager quelques centaines d’élèves par rapport à leurs semblables ?

Québec et les syndicats ont beau avoir entériné de bonne foi la liste de 2019 des écoles défavorisées, c’est le ministère de l’Éducation qui a le pouvoir d’ajouter à cette liste une école qui n’existait pas en mars 2019, rappelle Anne-Marie Morel. Dans une lettre au conseil d’établissement de l’école de la Cime datée du 14 juin 2021, le ministère renvoyait la balle au Centre de services scolaire de Laval (CSSDL) : « Des ces circonstances et si vous le jugez opportun, nous vous invitons à poursuivre vos démarches auprès du CSSDL. »

Le ministère de l’Éducation a indiqué au Devoir rester « disponible pour répondre aux questions du CE [de l’école de la Cime] et regarder toutes les options de soutien additionnel possible avec l’établissement ou le CSS », a indiqué la porte-parole Esther Chouinard.

Ce n'est pas un caprice, mais un besoin

De son côté, le Centre de services confirme qu’il est prêt à réduire le nombre d’élèves par classe à l’école de la Cime « dès que le financement en ce sens sera autorisé par le MEQ ».

Le directeur général du CSSDL, Yves Michel Volcy, précise que des fonds additionnels ont été accordés à l’école dès son ouverture pour des services bonifiés à cause de son indice de défavorisation (psychoéducateur, orthopédagogue et techniciennes en éducation spécialisée). Une aide alimentaire est aussi offerte aux élèves, a indiqué Anne-Marie Morel.

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