Des communications bilingues dans une école francophone font réagir

Le Centre de services scolaire de Montréal a acheminé récemment des lettres en français et en anglais aux parents de l’école primaire francophone Lambert-Closse, située dans le Mile-End.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le Centre de services scolaire de Montréal a acheminé récemment des lettres en français et en anglais aux parents de l’école primaire francophone Lambert-Closse, située dans le Mile-End.

Des communications écrites bilingues ont été acheminées à des parents d’une école primaire francophone de Montréal, une situation que déplore le Mouvement Québec français (MQF), qui estime que la crise sanitaire ne doit pas justifier de « piétiner sur nos principes » en matière de défense de la langue française.

Au cœur de cette petite controverse se trouvent des lettres en français et en anglais acheminées récemment par le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) aux parents de l’école primaire francophone Lambert-Closse, située dans le Mile-End. Ces documents ont été rédigés par le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal et concernent la campagne de vaccination contre la COVID-19 en cours, qui vise notamment à rejoindre les enfants de 12 à 17 ans.

« Comment se fait-il qu’une école francophone du Centre de services scolaire de Montréal, à savoir Lambert-Closse, envoie des documents en anglais aux parents, cela dans une province où la seule langue officielle est d’ailleurs le français ? », questionne par courriel Sylvio Leblanc, qui compte parmi les parents qui ont reçu cette communication.

Le projet de loi 96, qui vise à moderniser la Charte de la langue française, adoptée en 1977, compte notamment faire du français la langue « exclusive » du gouvernement et de ses organismes dans leurs communications orales et écrites. Dans le lot, « les organismes du réseau de la santé et des services sociaux » sont inclus, confirme Élisabeth Gosselin, l’attachée de presse du ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette.

Le document de 100 pages, qui devra faire l’objet de consultations, prévoit toutefois « certaines exceptions » à cette règle. Des communications bilingues peuvent notamment être acheminées par un organisme de l’État lorsque « la santé, la sécurité publique ou les principes de justice naturelle l’exigent », indique le projet de loi.

Crise sanitaire

Par courriel, le porte-parole du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Jean-Nicolas Aubé, assure que « la langue priorisée » dans les communications de l’organisme « est toujours le français ». Cependant, « dans le contexte actuel, nous avons le devoir de nous assurer de la compréhension de nos directives, liées à la vaccination, par tous les parents d’enfants », précise-t-il.

Dans le contexte de la crise sanitaire, la Santé publique de Montréal joint ainsi « une copie en anglais » des communications, d’abord rédigées en français, qu’elle achemine aux directions d’écoles, qui transmettent ensuite l’information aux parents. M. Aubé assure d’ailleurs que l’établissement respecte l’ensemble des règles que lui impose l’Office québécois de la langue française (OQLF).

« Les communications du CSSDM sont en français. Ces communications sont celles du CIUSSS. Nous agissons, dans le cas que vous nous présentez, en tant que simple transmetteur d’informations avec l’objectif d’agir efficacement dans la lutte contre la pandémie », a réagi le conseiller au bureau des communications du centre de services scolaire, Quentin Parisis, lorsqu’appelé à justifier la transmission de documents bilingues aux parents d’élèves de l’école Lambert-Closse.

Or, M. Aubé souligne que les centres de services scolaires ont « la liberté » de décider s’ils acheminent les documents fournis par la Santé publique à l’intention des parents d’élèves dans les deux langues ou seulement en français, selon « la situation linguistique » des familles concernées. D’ailleurs, Le Devoir a pu consulter plusieurs autres communications bilingues sur divers sujets acheminées aux parents des élèves de l’école primaire francophone Lambert-Closse dans les derniers mois.

« C’est inacceptable », fustige le président du MQF, Maxime Laporte. Il rappelle que 94 % des Québécois comprennent le français, peu importe leur langue maternelle, selon des données de l’OQLF.

« Considérant le respect du statut du français comme seule langue officielle du Québec et la volonté clairement affichée du gouvernement du Québec de mettre fin au bilinguisme dans les communications de l’État, il n’y a rien qui justifie la bilinguisation des communications de la santé publique », martèle M. Laporte.

Je ne vois aucune raison valable de piétiner sur nos principes dès lors qu’il y a une situation de crise.

  

Maxime Laporte croit d’ailleurs que le projet de loi 96 comprend trop d’exceptions qui permettent à l’État d’envoyer des communications bilingues aux citoyens, au moment où l’usage du français est en déclin, en particulier à Montréal. Il ajoute que la crise sanitaire ne devrait pas justifier cette façon de faire, selon lui.

« Il faut avoir à l’esprit que si le statut du français est important, il ne devrait pas cesser de l’être quand vient une situation importante. C’est en temps de crise qu’on peut tester la solidité de nos principes et de nos institutions », croit M. Laporte.

Les consultations particulières sur projet de loi 96 devraient avoir lieu cet été ou cet automne.

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