Une entente pour raviver la flamme enseignante

Rattrapage salarial pour se rapprocher de la moyenne canadienne, reconnaissance de l’autonomie professionnelle, ajout de classes spécialisées et de temps pour encadrer les élèves : le gouvernement Legault a conclu des ententes saluées comme un « virage » avec les 122 000 enseignants québécois, après une année éprouvante de négociations en pleine pandémie.

Ces ententes sont susceptibles de raviver la flamme pour la profession enseignante, estiment le gouvernement et les syndicats, même si des points de friction importants subsistent dans les 2740 écoles publiques de la province. La pénurie criante de personnel a forcé les syndicats à renoncer à des allégements de tâche et à des baisses du nombre d’élèves par classe, qui faisaient partie de leurs demandes.

Les 73 000 enseignants affiliés à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) ont approuvé sans grand enthousiasme, à 74 %, la « proposition » de règlement avec Québec conclue à la fin du mois d’avril. Les 49 000 membres de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) avaient déjà entériné à 88 % une entente avec le gouvernement.

La présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, et le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, se sont réjouis de cette nouvelle entente. L’accord scelle les négociations avec l’ensemble des enseignants du préscolaire, du primaire, du secondaire, de la formation professionnelle et de l’éducation des adultes. Les négociations se poursuivent toutefois avec les professeurs de cégep, qui s’impatientent.

« Notre gouvernement pose aujourd’hui une autre action concrète démontrant encore une fois que l’éducation est une priorité. Avec de telles avancées en matière de reconnaissance du travail des enseignants et de valorisation de la profession, nous tenons parole », a déclaré mardi dans un communiqué le ministre Jean-François Roberge.

Un « cri du cœur » sans résultat

Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), était moins enthousiaste en annonçant l’acceptation de l’offre gouvernementale, mardi matin. « On est allés chercher le maximum qu’on pouvait aller chercher, mais on n’est pas satisfaits. Le gouvernement n’a pas entendu le cri du cœur des enseignants pour l’allégement des tâches », a dit la représentante de 65 000 enseignants francophones.

L’Association provinciale des enseignantes et enseignants du Québec (APEQ-CSQ), qui représente 8000 professeurs anglophones, a approuvé de son côté l’offre gouvernementale par une proportion de 88 % des voix.

L’appui à l’offre de Québec a varié entre 18 % et 95 % parmi les syndicats locaux de la CSQ. Les enseignants avaient des priorités différentes en fonction de leurs milieux, a expliqué Josée Scalabrini. Certains tenaient au rattrapage salarial avec le reste du Canada, tandis que d’autres réclamaient d’abord un allégement des tâches.

Les syndicats s’entendent cependant sur un point : les hausses salariales sont substantielles. Le salaire d’entrée passera de 46 115 $ à 53 018 $ au 31 mars 2023. Les enseignants ayant le plus d’ancienneté gagneront 91 132 $, comparativement à 82 585 $ à l’heure actuelle. Un échelon a été aboli : ils atteindront le sommet de l’échelle en 13 ans plutôt qu’en 14 ans.

L’écart avec le reste du Canada se rétrécit. Les nouveaux enseignants gagneront 90 % du salaire moyen d’entrée au Canada (contre 82 % à l’heure actuelle), et les plus anciens, 95 % (comparativement à 90 %).

La FSE estime que les hausses consenties sont de 13 % sur trois ans, et non de 18 % comme le clame le gouvernement Legault. Québec inclut à tort les sommes forfaitaires et la fusion d’échelons salariaux, a souligné Josée Scalabrini.

Elle souligne néanmoins l’ajout de 300 classes au primaire, dans les milieux autres que défavorisés où la proportion d’élèves en difficulté est jugée préoccupante. Québec a aussi ajouté 75 classes spécialisées aux 150 déjà annoncées. Ces mesures allégeront la tâche des enseignants, mais pas autant que l’aurait souhaité la FSE.

Un « virage » important

La FAE estime de son côté avoir signé une entente importante. « On a une reconnaissance du travail des profs via le salaire et via aussi le respect de l’espace dont ils ont besoin pour faire leur travail. Il y a comme un virage qui est en train de s’opérer », a réagi Sylvain Mallette, président de la FAE.

La reconnaissance de l’autonomie des professeurs est désormais inscrite dans la convention collective des membres de la FAE. Les enseignants gagnent aussi deux heures d’autonomie par semaine à utiliser à leur guise et à l’endroit de leur choix, souligne M. Mallette.

Québec a aussi convenu de retirer des tâches de surveillance d’élèves aux enseignants du primaire, pour leur permettre de se concentrer sur l’encadrement des élèves. Du personnel de soutien sera embauché pour faire la surveillance d’élèves. Les enseignants du préscolaire obtiennent aussi du temps à utiliser selon leur jugement professionnel. Autre exemple de valorisation, selon Sylvain Mallette, les enseignantes en congé de maternité durant le congé d’été auront une compensation.

Cette entente ne règle pas la pénurie de personnel dans l’immédiat, mais peut sans doute contribuer à attirer et retenir davantage d’enseignants en améliorant leurs conditions de travail, estime le président de la FAE.

La pénurie d’enseignants et d’autres catégories de personnel a forcé les syndicats à choisir leurs combats, explique Marisa Thibault, enseignante au primaire à Montréal et membre du Conseil fédératif de négociation de la FAE. « On disait à nos membres : “Si vous voulez, on peut faire la grève générale pour exiger plus de services aux élèves et baisser les ratios [d’élèves par classe], mais ça ne donnera pas grand-chose, on n’a pas de locaux ni de personnel.” »

La pénurie de professionnels fait mal. Dans la classe de Marisa Thibault, 10 élèves sur 18 ont des difficultés d’apprentissage. À peine 6 de ces 10 élèves ont le soutien d’une orthopédagogue, car celle-ci est débordée. Un poste d’orthopédagogue dans cette école est affiché depuis le mois de novembre dernier. Québec a débloqué des fonds pour cette embauche — et bien d’autres. Mais aucun candidat ne s’est manifesté depuis six mois.

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Une version précédente de cet article, qui laissait entendre erronément que Québec était en négociation avec les professeurs d’université, a été modifiée.