La roue infinie des négociations syndicales

Rose Carine Henriquez
Collaboration spéciale
Selon l’organisation syndicale, de meilleures conditions de travail pour les enseignants auront une incidence directe sur les élèves,  qui ont été  privés de certains services pendant les périodes de compressions budgétaires.
Markus Schreiber Associated Press Selon l’organisation syndicale, de meilleures conditions de travail pour les enseignants auront une incidence directe sur les élèves, qui ont été privés de certains services pendant les périodes de compressions budgétaires.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

À l’échéance des différentes conventions collectives dans le secteur public, une danse connue se met en place, celle des négociations. À l’occasion de la Journée internationale des travailleurs, nous nous penchons sur ce qui se trouve en ce moment même au cœur de ce bras de fer : le contrat de travail.

Au bout d’un an de négociations et à la veille d’une grève générale illimitée, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) est parvenue à conclure une entente de principe avec le Conseil du trésor, qu’elle présentera dans les semaines à venir à ses 49 000 membres.

Si celle-ci est acceptée, un contrat de travail en résultera, document essentiel que l’on tend à minimiser selon le président de la FAE, Sylvain Mallette. « C’est très significatif, car c’est ce qui donne une compréhension commune de ce que sont les conditions de travail dans un milieu donné, déclare-t-il. C’est un outil très fort pour les travailleurs et les travailleuses, quels qu’ils soient, parce que ça vient clarifier les droits et les responsabilités. »

Une ronde perpétuelle

Le droit pour un système de négociation collective encadrée entre autres par la Loi sur le régime de négociation des conventions collectives dans les secteurs public et parapublic a été obtenu à la suite de grèves illégales des fonctionnaires, des enseignants et des travailleurs de la santé en 1963 et en 1964. Le fait qu’il y ait une période donnée pour cet exercice « témoigne d’une volonté de civiliser les négociations et de se donner des règles similaires », souligne M. Mallette.

Même si la FAE est sur le point de voir ses échanges prendre fin avec la partie patronale de manière positive, ça ne l’empêche pas de penser au futur. « Ce que je réussis à obtenir dans une négociation, c’est là-dessus qu’on peut s’appuyer lors de la prochaine pour continuer d’avancer, soutient Sylvain Mallette. Trop souvent, on va voir le contrat de travail ou l’entente de principe comme étant séparée de celle qui la précède et de celle qui viendra, mais ça s’inscrit plutôt dans une continuité. »

Il s’agit d’une erreur commune, selon le professeur, de balayer les gains du passé et ceux à venir. « Une négociation, c’est un travail au long cours, insiste-t-il. Je sais que, dans certains milieux, il y a l’idée qu’une seule négociation va régler tous les problèmes, mais ça n’arrivera pas. Il n’existera pas d’entente parfaite, comme il n’existera pas de contrat de travail parfait. »

Peu importe l’issue de la présente négociation, la FAE devra déposer de nouvelles demandes syndicales dans 18 mois selon son président. « Il y a des règles et des dates à respecter, précise-t-il. Il y a des consultations qui sont faites auprès des membres et ce sont eux qui nous font remonter leurs besoins et leurs priorités. C’est une co-construction. »

Défendre la profession

Bien qu’il n’existe pas de contrat de travail idéal, il est important pour l’organisation syndicale qu’on y intègre l’importance de la reconnaissance de l’expertise des travailleurs visés par ce contrat. Cela passe bien entendu par de meilleurs salaires, des conditions de travail et une augmentation des ressources. Surtout lorsque cela a une incidence directe sur les élèves. « Le contrat de travail donne les moyens aux enseignants de bien faire leur travail, mais garantit également aux élèves de recevoir un minimum de services. On l’a vu, les grandes périodes de compressions ont privé les élèves de services. »

Aussi dans la ligne de mire de la fédération dans une perspective plus large : la valorisation de l’école publique. « C’est par l’école publique qu’on a réussi à sortir le Québec de l’état de sous-scolarisation dans lequel il se trouvait depuis trop longtemps, rappelle le président. Nous sommes les gardiens de cet héritage social qu’on s’est donné avec la Révolution tranquille et avec le rapport Parent. »

Un regard vers l’avant

Les phases de négociation se suivent et ne se ressemblent pas. Les contextes et les gouvernements changent et cela demande une capacité d’adaptation. « C’est exigeant et très stressant, car les enjeux sont très importants », relève M. Mallette.

Toutefois, la FAE s’adonne toujours à une analyse rétrospective des évènements. « Ce n’est pas simple de faire ce genre de bilans, car ça exige la volonté de dire ce qui va bien et de s’en féliciter, mais aussi d’avoir le courage de dire qu’il y a peut-être des choses qu’on aurait pu faire autrement. Ça nous aide à préparer la prochaine ronde. »

« Ce qu’on souhaite pour tous les travailleurs et travailleuses, c’est la reconnaissance à sa juste valeur du travail dans une période très difficile qui a permis de rappeler l’importance des services publics, l’importance du filet social et le rôle de l’État comme régulateur. » Et cette reconnaissance passe par de bons contrats de travail.



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