Québec veut une présence accrue sur les campus à l’automne

Le gouvernement du Québec souhaite que les cégeps et les universités soient occupés à 60% de leur capacité à l'automne.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le gouvernement du Québec souhaite que les cégeps et les universités soient occupés à 60% de leur capacité à l'automne.

Les étudiants de cégep et d’université doivent se préparer à revenir plus souvent sur les campus à compter de l’automne prochain. La ministre Danielle McCann croise les doigts pour que les établissements soient occupés à 60 % de leur capacité, lors de la session d’automne, en raison de l’assouplissement prévu de la distanciation.

Une distance d’un mètre devra être maintenue entre chaque personne dans les cégeps et les universités, plutôt que 1,5 mètre à l’heure actuelle, a expliqué la ministre de l’Enseignement supérieur, mardi. Cela permettra d’accueillir davantage d’étudiants sur les campus, mais une partie des cours restera à distance, a-t-elle souligné.

« On vise pour l’automne le retour au maximum en présentiel, mais il faut aussi tirer profit le plus possible du numérique », a lancé la ministre McCann lors de l’étude des crédits en Enseignement supérieur, mardi à Québec.

L’annonce d’une présence accrue sur les campus a soulevé du scepticisme, compte tenu du peu d’activités en classe dans les cégeps et les universités depuis un an — contrairement aux écoles primaires et secondaires, où l’enseignement à distance reste l’exception due aux mesures sanitaires.

« On espère que la pandémie ne servira pas de prétexte pour pérenniser l’enseignement en ligne », dit au Devoir le député Sylvain Roy, du Parti québécois. Il souligne que le gouvernement prévoit d’investir 85 millions d’ici cinq ans pour développer le numérique en enseignement supérieur. Cela n’empêche en rien le retour souhaité d’un plus grand nombre possible d’activités en présence, a fait valoir Danielle McCann.

Ménage dans le recrutement

La ministre a confirmé qu’elle prépare un ménage pour encadrer « l’explosion » du nombre d’étudiants étrangers dans les collèges du Québec. Le ministère de l’Enseignement supérieur compte exiger que les collèges, notamment privés non subventionnés, respectent le nombre d’étudiants prévus à leur permis, ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle.

Des collèges privés accueillent beaucoup plus d’étudiants étrangers que le nombre annoncé dans leur demande de permis, a fait remarquer la ministre McCann lors de l’étude des crédits en enseignement supérieur. Cette hausse hors de contrôle de l’effectif étudiant risque d’affecter la qualité de l’enseignement.

« Il y a probablement des balises additionnelles qu’il faut se donner. Le nombre d’étudiants peut augmenter sans affecter la délivrance du permis », a déploré la ministre de l’Enseignement supérieur.

La ministre s’engage à réformer avant l’été le processus d’octroi des permis, qui fait l’objet d’une vérification de la part de son ministère. L’enquête porte sur le recrutement international, notamment en Inde, par les collèges privés. Le Devoir et Radio-Canada ont révélé au cours des derniers mois que le nombre d’étudiants étrangers a explosé — une hausse de 369 % entre les années 2011 et 2019 dans les collèges du Québec, selon l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC).

La députée libérale Hélène David, qui a été ministre de l’Enseignement supérieur dans le gouvernement Couillard, a rappelé à sa collègue qu’il y a urgence d’agir pour mettre de l’ordre dans le recrutement international. « C’est là que le feu est pris. C’est un véritable bourbier. Ça devient un enjeu de relations internationales. Il va falloir travailler vite, mettre de la pression. On ne peut pas rester dans cette impasse », a martelé Hélène David.

La ministre McCann a rappelé qu’elle compte encadrer aussi les droits de scolarité, qui font l’objet de centaines de plaintes au ministère de l’Enseignement supérieur. Les étudiants étrangers doivent payer leur première année de formation avant même d’avoir commencé leurs cours. Plusieurs ont signalé au ministère des difficultés à se faire rembourser s’ils renoncent à suivre leur formation.

Danielle McCann a aussi révélé qu’elle a demandé au Cégep de la Gaspésie et des Îles, qui offre des cours en anglais à Montréal à près de 2000 étudiants étrangers, d’offrir également des cours en français.

Cégeps en expansion

Les 48 cégeps font face à un heureux problème pour la décennie à venir : ils se préparent à accueillir 48 000 étudiants supplémentaires d’ici 2030, dont la moitié à Montréal, a confirmé la ministre McCann. Cinq projets d’agrandissement sont prévus, dont ceux des cégeps Ahuntsic, Édouard-Montpetit (à Longueuil) et Dawson, collège anglophone établi au centre-ville de Montréal. La ministre McCann a précisé que la décision finale n’est pas prise au sujet de l’agrandissement de Dawson.

« C’est un beau problème, ces milliers d’étudiants supplémentaires, mais vous avez un énorme bouchon à l’horizon », a prévenu la députée Hélène David.

La députée de Vaudreuil, Marie-Claude Nichols, a pressé la ministre de donner le feu vert à un projet jugé prioritaire à l’ouest de l’île de Montréal, en Montérégie : le projet de campus collégial à Vaudreuil-Dorion, qui était bilingue, est désormais entièrement en français. Devant la controverse, le Collège John-Abbott s’est retiré du projet, qui est désormais mené par les cégeps de Valleyfield et Gérald-Godin, a rappelé la députée locale.

« Le projet est ficelé, la région prévoit une croissance démographique de près de 20 % d’ici 2026, on a un hôpital de 3000 employés qui s’en vient. Les besoins de formation sont énormes, mais on n’a pas de nouvelles du ministère », a dit Marie-Claude Nichols.

La ministre McCann a expliqué que le ministère doit d’abord compléter la révision du devis de tous les cégeps, pour s’assurer de la répartition des étudiants et des programmes en fonction des besoins.

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