​Langue française: appel à la scission de la Fédération des cégeps

Le Mouvement Québec français et le Regroupement pour le cégep français souhaitent une «scission» de la Fédération des cégeps en deux groupes: les francophones d’un côté et les anglophones de l’autre.
Photo: Catherine Legault Archives Le Devoir Le Mouvement Québec français et le Regroupement pour le cégep français souhaitent une «scission» de la Fédération des cégeps en deux groupes: les francophones d’un côté et les anglophones de l’autre.

Inquiets de l’anglicisation au collégial, des groupes appellent les cégeps francophones à se dissocier de la Fédération des cégeps pour créer leur propre regroupement. Selon ces groupes d’enseignants et de défense du français, la Fédération est un « lobby privé » qui ne représente pas bien les intérêts des collèges francophones, qui se sentiraient délaissés au profit des anglophones.

« On encourage fortement les dirigeants des cégeps français qui, pour la plupart, n’ont pas osé s’exprimer, à se constituer une fédération qui regroupe les cégeps français », a déclaré Maxime Laporte, président du Mouvement Québec français (MQF). Celui-ci ne souhaite ni plus ni moins qu’une « scission » de la Fédération en deux groupes : les francophones d’un côté et les anglophones de l’autre. « Puissent les cégeps francophones se doter d’un forum […] pour réfléchir en toute autonomie et en fonction des intérêts des cégeps français. »

Le MQF juge « radicale » la position du président de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay, qui, dans une lettre publiée dans Le Devoir la semaine dernière, qualifiait la proposition d’étendre la loi 101 au collégial de « fausse bonne idée ». « Manifestement, les orientations idéologiques de la tête de la Fédération vont à l’encontre des intérêts objectifs des cégeps en français au Québec », a déploré M. Laporte.

Le MQF dénonce le fait que la Fédération constitue un « lobby privé » qui est notamment « financé par des contributions versées par les cégeps eux-mêmes, qui puisent ainsi dans leurs subventions publiques ». D’après des données obtenues par le MQF en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, les cégeps ont versé 5,9 millions en cotisations en 2019-2020, dont 5,3 millions (90 %) venaient des cégeps francophones. Au cours des 10 dernières années (2010 à 2020), sur 50 millions de dollars de cotisations, au moins 46 millions (92 %) venaient des budgets des cégeps de langue française.

Des enseignants pour le français

Enseignant à Bois-de-Boulogne et l’un des fondateurs du Regroupement pour le cégep français présent sur Facebook, Nicolas Bourdon est aussi d’avis que la Fédération des cégeps ne peut plus se permettre de parler au nom des cégeps au sens large. « Elle ne nous représente pas du tout », soutient-il, rappelant que la communauté d’un cégep ne se résume pas à son administration.

Après 13 ans comme enseignant de français à Bois-de-Boulogne, M. Bourdon s’est retrouvé au chômage en 2019 en raison d’une baisse des effectifs étudiants au profit des cégeps anglophones, avance-t-il. C’est pourquoi, en plus de plaider pour l’inscription du caractère français des cégeps dans la loi, son groupe milite actuellement pour que les 100 millions de dollars prévus dans l’agrandissement du collège Dawson soient injectés dans le réseau francophone. Cette proposition a été appuyée par les syndicats d’enseignement de plusieurs cégeps, dont le collège Jean-de-Brébeuf et le cégep de La Pocatière, ce dernier ayant même voté récemment pour étendre la loi 101 au collégial.

« À côté de ça, on a un président de la Fédération des cégeps qui dit qu’il n’y a pas de problème à agrandir Dawson et […] qui applaudit chaque fois qu’il y a une annonce de DEC [diplôme d’études collégiales] bilingue », note M. Bourdon.

Le président de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay, rétorque qu’il n’a pas à représenter les intérêts des enseignants ou des groupes comme le MQF puisque ce ne sont pas des membres. « C’est comme si, moi, je disais à un syndicat d’enseignement d’un cégep de se désaffilier de sa fédération ou de sa centrale syndicale. Ce n’est pas mon rôle de faire ça », souligne-t-il.

M. Tremblay sait que sa lettre ouverte, qui a mis en garde contre le danger de penser que d’étendre la loi 101 au cégep va tout régler, a fait réagir. « Je n’ai pas la prétention d’avoir la science infuse, j’ai plutôt l’intention de participer au débat », a-t-il dit, en appelant à l’ouverture et à la tolérance devant les opinions divergentes.

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3 commentaires
  • François Leduc - Abonné 23 avril 2021 08 h 22

    Sa présidence, un échec !

    Vu l'importante augmentation des francophones et allophones dans les cégeps anglophones et la mollesse avec laquelle le français et la culture française sont enseignés dans les cégeps francophones, ce président de la Fédération des cégeps a failli dans sa mission de soutenir l'éducation principalement en francais au Québec, un organisme financé à 92% par les cégeps francophones. Il nous fait prendre des vessies pour des lanternes quand il croit en l'apport des cégeps anglophones à la vitalité du français au Québec.

    Ou il démissionne ou bien le Conseil le congédie.

  • Gilles Théberge - Abonné 23 avril 2021 09 h 34

    Il faudrait bien que monsieur Tremblay revienne de son voyage sur la lune... Où qu'il s'en aille à Dawson ou à un autre collège anglophone.

    Ça semblerait plus en accord avec sa façon de penser son rôle.

  • Christian Beaudet - Abonné 23 avril 2021 10 h 21

    M. Tremblay n'est pas président de la Fédération des CEGEP, il est Président directeur général

    Un coup d'oeil sur le site de la Fédération des CEGEP soulève des questions sur sa gouvernance. Ce qui tient lieu de conseil d'administration, le Conseil des directions générales, comporte 48 membres. Comment une telle instance peut-elle jouer son rôle de contrôle de la direction générale? Un Comité directeur issu du Conseil des directeurs généraux et dont fait parti le PDG exerce un rôle de «conseil auprès des administrateurs». Ce Comité directeur prépare les séances du Conseil des directions générales. Qui conseille qui? La note de présentation du PDG, M. Bernard Tremblay, ne mentionne rien dans sa carrière où il aurait été professeur ou directeur de CEGEP. Le président n'est donc pas un des leurs.
    Peut-être que la sission n'est pas la solution. Peut-être qu'un examen de la gouvernance serait aussi à envisager.