Huitième démission au conseil du CSSDM

Huit membres du conseil du CSSDM ont remis leur démission au cours des derniers jours en raison de la crise qui ébranle la gouvernance du Centre.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Huit membres du conseil du CSSDM ont remis leur démission au cours des derniers jours en raison de la crise qui ébranle la gouvernance du Centre.

Le conseil d’administration (CA) du Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) se trouve en position délicate après la démission d’un huitième membre sur un total de 15. Étienne Lamy, un entrepreneur qui représentait les jeunes de 18 à 35 ans, confirme être parti dans la foulée de la crise qui secoue la gouvernance du plus important centre de services scolaire du Québec.

« C’est une décision personnelle. Je ne pouvais plus dégager 20 heures par semaine pour m’occuper bénévolement du CA », explique l’administrateur de 30 ans.

Étienne Lamy avait soumis sa candidature à un poste bénévole au CA à la suggestion d’une connaissance. Il avait envie « d’améliorer ses connaissances en gestion », après des expériences au sein du milieu étudiant et dans un comité du Conseil supérieur de l’Éducation. Il a compris que le CA d’un organisme de 17 000 employés, qui gère un budget de 1,2 milliard de dollars, représente un défi de taille.

« C’est énorme. J’ai suivi à 90 % la formation en ligne offerte pour préparer les membres du CA, mais ça ne te dit pas comment gérer une crise », dit-il.

« Climat malsain »

Sept autres membres du conseil du CSSDM ont remis leur démission au cours des derniers jours en raison de la crise qui ébranle la gouvernance du centre de services. « Ces démissions n’empêchent en rien la poursuite de nos activités éducatives et administratives habituelles, a réagi Alain Perron, porte-parole du centre de services. Le CSSDM continuera de travailler avec les membres en poste afin de poursuivre la mise en place de la nouvelle gouvernance scolaire. »

Les cinq représentants du comité de parents, dont la présidente et le vice-président du CA, ont quitté à cause d’une mésentente avec la direction générale du centre de services. Ils ont dénoncé le « climat malsain » auprès des instances.

Ils ont peut-être commis des erreurs ou des maladresses, mais dans ces conditions, qui voudra aller dans les CA ?

Les parents estiment que le CA est considéré comme un simple mécanisme d’approbation des décisions prises par la direction. La direction, de son côté, a déploré la « posture d’opposition et de confrontation » de la part de certains membres du CA.

Un diagnostic mené par la firme de ressources humaines Brio a révélé un fonctionnement dysfonctionnel de la gouvernance au CSSDM. La responsable du code d’éthique et de déontologie du centre de services, Madeleine Lemieux, a notamment réprimandé la présidente, Mélisandre Shanks, pour avoir tenu une rencontre informelle sans l’ensemble des membres du CA, ainsi que des échanges sur Messenger avec des conseillers qui ne sont pas membres du CA.

« Le pouvoir aux parents »

Violaine Cousineau, ex-membre du conseil des commissaires de la défunte Commission scolaire de Montréal (CSDM, remplacée depuis octobre 2020 par le CSSDM), est indignée par le traitement réservé aux membres bénévoles du CA.

« Le gouvernement sort l’artillerie lourde pour détruire la réputation de parents bénévoles. Ils ont peut-être commis des erreurs ou des maladresses, mais dans ces conditions, qui voudra aller dans les CA ? » dit-elle.

« Le ministre a dit qu’il veut redonner le pouvoir aux parents avec sa réforme de la gouvernance, mais c’est difficile à croire avec la façon dont il traite les parents au CA », ajoute Violaine Cousineau.

L’ex-commissaire déplore que le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, fasse passer les membres démissionnaires pour des gens malhonnêtes alors qu’ils se sont simplement rencontrés pour préparer une séance du CA. « C’est la moindre des choses que les parents se parlent ! C’est normal qu’ils incluent dans leurs échanges des conseillers du comité de parents. Les membres de la direction ne se parlent jamais en privé avant des séances du CA ? Les profs non plus ? »

Mme Cousineau a elle-même été blâmée par Madeleine Lemieux, en 2018, pour avoir présumément manqué à son devoir de loyauté (ce que la commissaire conteste) : elle avait réclamé sur sa page Facebook de meilleures conditions de travail pour les enseignants qui négociaient leur convention avec leur employeur. Ce geste était incompatible avec son rôle de commissaire, avait statué Me Lemieux.

 

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