Espoirs d’une université francophone en Ontario

L’Université Laurentienne a été placée en février sous la loi ontarienne de la faillite, une première pour un établissement d’enseignement public au Canada. Le sénat de l’université a tenu une longue assemblée à huis clos mardi, pour discuter d’un plan de compressions qui fait craindre l’élimination d’une série de postes.
Photo: Mysudbury-Ouisudbury Creative Commons L’Université Laurentienne a été placée en février sous la loi ontarienne de la faillite, une première pour un établissement d’enseignement public au Canada. Le sénat de l’université a tenu une longue assemblée à huis clos mardi, pour discuter d’un plan de compressions qui fait craindre l’élimination d’une série de postes.

La crise financière d’une université bilingue du nord de l’Ontario peut-elle mener à la création d’un établissement pleinement francophone au pays de Doug Ford ? Les Franco-Ontariens se mobilisent pour que tous les programmes en français de l’Université Laurentienne, qui se démène pour éviter la faillite, soient transférés à l’Université de Sudbury, dans ce bastion francophone du nord-est de la province.

L’Université Laurentienne a été placée en février sous la loi ontarienne de la faillite, une première pour un établissement d’enseignement public au Canada. Le sénat de l’université a tenu une longue assemblée à huis clos mardi, pour discuter d’un plan de compressions qui fait craindre l’élimination d’une série de postes.

Professeurs et étudiants craignent une saignée dans les programmes en français, dont le poids diminue depuis des années au sein de l’établissement bilingue. Selon nos informations, au moment où ces lignes étaient écrites, on évoquait notamment la disparition de programmes en français à la Faculté des arts.

Le démantèlement appréhendé de larges pans jugés « non rentables » d’une institution publique provoque des inquiétudes dans le milieu universitaire. L’association canadienne des professeures et professeurs d’université (ACPPU), qui regroupe 72 000 membres au pays, monte aux barricades pour éviter que ce geste inspire d’autres établissements.

« La crise à la Laurentienne doit interpeller tous les profs au pays. C’est ce qui se passe quand on laisse les lois du marché dicter l’avenir de l’éducation. On va sans doute fermer des départements qui attirent moins de “clients”. C’est une attaque contre la liberté d’enseignement », dit une source ayant requis l’anonymat.

Les difficultés de la Laurentienne ne proviennent pas d’une baisse des inscriptions, souligne Brenda Austin-Smith, présidente de l’ACPPU. Ce ne sont pas non plus les salaires des professeurs qui ont placé l’université au bord du gouffre. Le sous-financement des universités par le gouvernement de Doug Ford et celui de ses prédécesseurs a porté un coup dur aux établissements, note l’ACPPU. Des erreurs de gestion sont aussi invoquées.

« La situation commence à se préciser. Par exemple, de mauvaises décisions relatives à la modernisation du campus ont été prises qui se sont soldées par des hypothèques énormes sur des édifices à moitié vides. Des administrateurs devront être tenus pour responsables de leur manque de transparence et de leurs bévues financières », avance Brenda Austin-Smith dans une déclaration envoyée au Devoir.

Mettre fin à l’érosion

Stéphanie Chouinard, spécialiste des questions linguistiques au Canada, estime que le contexte politique est propice à ce que l’Université de Sudbury devienne francophone. La direction de l’université a d’ailleurs annoncé à la mi-mars qu’elle souhaite renoncer à son statut bilingue pour devenir entièrement francophone.

« La communauté franco-ontarienne a des difficultés depuis des années avec l’offre de programmes en français à l’Université Laurentienne. L’institution fonctionne principalement en anglais. Les francophones sont toujours à demander des accommodements », relève la professeure au Collège militaire royal du Canada et à l’Université Queen’s.

Il est évident que l’Université Laurentienne ira de l’avant avec des coupes de programmes en français. Ça va faire mal. Il y a une érosion de la programmation en français depuis des années. Il faut que ça arrête !

Dans le cadre de sa « restructuration » assortie de coupes budgétaires appréhendées, l’établissement bilingue a décidé de démanteler la fédération qu’il forme avec trois universités ontariennes — de Sudbury, Thorneloe et Huntington. Il semble naturel pour l’Université de Sudbury de renouer avec ses racines françaises, rappelle Stéphanie Chouinard : l’établissement, fondé par les jésuites, s’appelait le collège Sacré-Cœur avant d’accéder au statut d’université, il y a plus d’un demi-siècle.

La direction de l’Université Laurentienne assure que ses 1900 étudiants francophones continueront d’être servis malgré le plan de restructuration. La survie de l’établissement bilingue repose en bonne partie sur ses programmes en français, financés à coups de millions par Ottawa en vertu des programmes destinés aux minorités linguistiques, rappelle la professeure Chouinard.

« Il est évident que l’Université Laurentienne ira de l’avant avec des coupes de programmes en français. Ça va faire mal. Il y a une érosion de la programmation en français depuis des années. Il faut que ça arrête ! » lance de son côté Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario.

L’Assemblée a recueilli 1500 signatures en un peu plus de 24 heures dans une campagne réclamant le transfert à l’Université de Sudbury des programmes en français de l’Université Laurentienne.

 

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