L’enseignement en plein air en hausse

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
Selon le professeur Jean-Philippe Ayotte-Beaudet, l’enseignement à l’extérieur n’est pas près de disparaître, pandémie ou pas.
Photo: Michel Caron /Université de Sherbrooke Selon le professeur Jean-Philippe Ayotte-Beaudet, l’enseignement à l’extérieur n’est pas près de disparaître, pandémie ou pas.

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Les enseignants ont été 43 % plus nombreux depuis le début de la pandémie à donner des classes à l’extérieur. C’est ce que concluent les premiers résultats d’une enquête menée par l’Université de Sherbrooke sur les pratiques enseignantes en plein air du préscolaire au secondaire.

L'étude a été réalisée en ligne auprès de plus de 1000 enseignants dans toute la province afin de comparer les changements des apprentissages en plein air entre le mois d’octobre 2019 et la même période l’année suivante. Mandatés par le ministère de l’Éducation du Québec, les chercheurs Jean-Philippe Ayotte-Beaudet et Félix Berrigan visent à dresser le portrait des pratiques et leurs bienfaits. « On ne voulait pas juste se baser sur des impressions », dit M. Ayotte-Beaudet, qui est également professeur à la Faculté de l’éducation à l’Université de Sherbrooke.

Près de la moitié des répondants n’avaient jamais donné un cours à l’extérieur avant la rentrée de 2020, note l’étude. Si, au primaire, l’apprentissage en plein air a été préconisé dans plusieurs matières, c’est l’éducation physique et les sciences et technologies qui ont été les plus enseignées hors des classes du secondaire. « On a quand même été assez surpris de voir qu’il y avait une grande diversité d’activités, et pas de façon strictement anecdotique, au préscolaire et au primaire », note le chercheur, qui précise que les répondants au secondaire étaient en grande proportion des enseignants d’éducation physique et de sciences.

Les professeurs sondés ont pour principale motivation de connecter les jeunes à la nature et de favoriser des contextes concrets d’enseignement. « Ce ne sont pas juste des sorties bonbon pour faire plaisir », remarque M. Ayotte-Beaudet. Il cite notamment en exemple l’apprentissage des intervalles entre les nombres en analysant les adresses du quartier.

Plus d’activité physique

L’enquête a aussi montré que l’enseignement en plein air permettait de diminuer la sédentarité. Ainsi, 89 % des répondants ont estimé que les élèves sont moins souvent immobiles lorsqu’ils sont dehors. « Alors qu’à l’intérieur, ces mêmes personnes-là disaient complètement l’inverse », souligne M. Ayotte-Beaudet.

Selon son collègue Félix Berrigan, professeur à la Faculté des sciences de l’activité physique à l’Université de Sherbrooke, la pandémie a entraîné une diminution des pratiques sportives chez les jeunes. Il ajoute que le fait que l’apprentissage à l’extérieur contribue à bonifier l’exercice physique est « très encourageant ».

84 %
C'est le pourcentage d'enseignants au préscolaire et au primaire sondés qui continueront leurs activités en plein air avec leurs élèves, une fois la crise passée.

Si l’étude ne s’est pas penchée sur l’incidence de l’enseignement en plein air sur la réussite des élèves, M. Berrigan estime que cela permet de répondre aux besoins d’un plus large éventail d’enfants et d’adolescents. « Il y en aura toujours qui vont apprendre très bien en étant assis à un bureau et peut-être même qu’ils préfèrent ça. Par contre, pour certains élèves, le fait d’aller à l’extérieur est une nouvelle façon de voir l’école », avance-t-il.

Les aléas du climat

Les participants à l’enquête ont relevé plusieurs défis à l’enseignement en plein air. Au préscolaire et au primaire, les conditions météorologiques et l’organisation matérielle ont été les principaux obstacles à leur démarche.

« On sait qu’il y a des jeunes qui n’arrivent pas suffisamment habillés à l’école. Ça devient difficile, à ce moment-là, pour l’enseignant », note M. Berrigan. Il observe néanmoins que certains établissements scolaires possèdent un comptoir de prêt de matériel, voire de vêtements afin de soutenir les enseignants dans leurs classes à l’extérieur.

Ceux du secondaire ont quant à eux déclaré que si la météo représente un défi, il en est de même pour la gestion des horaires des élèves, qui n’ont pas qu’un seul titulaire. « Le contenu est beaucoup plus structuré et c’est plus difficile d’inverser les périodes quand on est au secondaire », souligne M. Ayotte-Beaudet.

Une tendance pérenne ?

L’enquête des deux chercheurs se poursuivra avec des entrevues pour approfondir et documenter en détail les pratiques. Cette étape servira à étudier concrètement comment la matière est enseignée à l’extérieur du contexte de la classe. « L’idée est de pouvoir éventuellement convaincre d’autres enseignants de le faire », explique M. Berrigan.

D’ailleurs, 84 % des enseignants au préscolaire et au primaire sondés ont répondu qu’ils continueront leurs activités en plein air avec leurs élèves, une fois la crise passée. Une proportion qui grimpe à 89 % au secondaire, souligne M. Ayotte-Beaudet. « L’augmentation de l’enseignement et l’apprentissage à l’extérieur risque quand même d’être une forme de legs de la pandémie. »

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