Les variants changent la donne dans les écoles

Le vendredi 19 mars dernier, la directrice du Collège de Montréal, Patricia Steben, est avertie qu’un de ses élèves est déclaré positif à la COVID-19. Le lendemain après-midi, on lui a annoncé qu’il s’agissait finalement d’un cas présumé de variant.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Le vendredi 19 mars dernier, la directrice du Collège de Montréal, Patricia Steben, est avertie qu’un de ses élèves est déclaré positif à la COVID-19. Le lendemain après-midi, on lui a annoncé qu’il s’agissait finalement d’un cas présumé de variant.

Les variants gagnent du terrain dans les écoles du Québec. Les experts de l’INSPQ estiment qu’il faudra rapidement intervenir dans les établissements scolaires comme si l’ensemble des cas positifs dépistés étaient des variants. Les familles des personnes ayant été en contact avec un cas de COVID-19 peuvent en effet continuer à vaquer à leurs occupations en l’absence de symptômes, alors que celles ayant été en contact avec un variant devront s’isoler selon les directives de la Santé publique. Mais de 24 à 48 heures sont nécessaires pour en avoir le cœur net.

Au cours des deux dernières semaines, 292 cas présomptifs et 175 confirmés de variants ont été détectés dans les écoles. Il s’écoule au minimum de 24 à 48 heures avant que les résultats du criblage soient communiqués aux personnes ayant reçu un résultat positif à la COVID-19 afin de déterminer si elles sont infectées par un variant. Alors que les personnes ayant eu un contact direct avec un individu déclaré positif doivent être testées et isolées, leur fratrie peut quant à elle continuer à vaquer à ses occupations en l’absence de symptômes. Au grand dam de certaines familles qui ont contacté Le Devoir.

Le vendredi 19 mars dernier, la directrice du Collège de Montréal, Patricia Steben, est avertie qu’un de ses élèves est déclaré positif à la COVID. Elle décide alors d’appliquer les règles de la Santé publique, tout comme elle l’a fait lors des 23 cas ayant touché le Collège de Montréal depuis l’automne dernier.

« Les élèves sont confinés, même si leur résultat est négatif pendant 14 jours après la dernière exposition. Les frères et les sœurs, même s’ils sont au Collège de Montréal, sont au troisième degré. Alors ils ne sont pas confinés ni testés. Si jamais leur fratrie reçoit un résultat positif, ils sont rendus au deuxième degré et seraient confinés. Mais pas leur groupe », explique la directrice de l’établissement.

Mais le lendemain après-midi, Mme Steben reçoit un appel de la Santé publique lui annonçant qu’il s’agit finalement d’un cas présumé de variant.

« C’est la même procédure, sauf que les papas, les mamans, frères et sœurs des élèves du groupe sont confinés jusqu’à l’obtention d’un test négatif. Il faisait super beau, je me disais : “Mon Dieu, il faut qu’on confine les familles, tout le monde doit être dehors !” En une heure, on avait appelé tout le monde. C’est rationnel de penser qu’on perd des heures précieuses actuellement », lance Mme Steben, qui compte une centaine de familles ayant plus d’un enfant au sein du Collège de Montréal.

Dans quelle mesure ce laps de temps durant lequel les familles ne sont pas conscientes qu’elles ont été en contact avec un possible cas de variant est-il dommageable ?

« Avec un virus plus contagieux, il y a plus de dommages, l’équation est assez simple », répond Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’INSPQ, qui incite à redoubler de prudence face aux variants, beaucoup plus contagieux que la COVID historique.

« À court terme, on va se retrouver dans la situation où il va falloir faire comme si l’ensemble des cas étaient dus à des variants. Il va falloir fonctionner comme ça. Dans les régions où on est déjà au-dessus de 50 % [des infections qui sont dues à] des variants, il faut qu’ils fassent les interventions avec cette base-là dans les écoles », estime le Dr de Serres.

« Il faut faire des interventions intenses pour bloquer la propagation des variants. Mais c’est plus contraignant », admet-il.

Un manque de cohérence

Un variant a été diagnostiqué récemment chez 12 enfants de la garderie Peekaboo, à L’Île-des-Sœurs. Le Devoir a appris qu’un autre service de garde avait été touché dans le même secteur, où une éducatrice du Groupe familial Île-des-Sœurs a été déclarée positive à un variant, tout comme quatre des enfants qu’elle gardait. La mère d’un des petits garçons, qui préfère rester anonyme, déplore le manque de cohérence dans les directives.

À court terme, on va se retrouver dans la situation où il va falloir faire comme si l’ensemble des cas étaient dus à des variants

 

« L’éducatrice m’a appelée le samedi pour me dire qu’elle avait été déclarée positive. À ce moment, j’ai appelé la ligne COVID 1 877-644-4545 et ils m’ont dit que seulement mon fils devait être testé, que je pouvais vaquer à mes occupations habituelles en l’absence de symptômes. Je n’étais pas à l’aise avec ça. On s’est quand même mis tous en isolement à partir de samedi », explique-t-elle. C’est seulement lundi à 13 h qu’elle reçoit un courriel lui indiquant d’aller faire tester toute la famille immédiatement, car il s’agit d’un cas de variant.

« Dans le groupe de mon fils, ils sont huit, et à date, ils sont quatre enfants positifs. Tous ces enfants ont des frères et sœurs dans les écoles de L’Île-des-Sœurs. C’est pour ça que j’étais mal à l’aise de ne pas isoler et tester ma fille, qui fréquente l’école de quartier. Si elle est positive, il faut fermer la classe ! Avant même de savoir si c’est le cas, ils devraient faire comme si c’était un variant, jusqu’à preuve du contraire », conclut la maman du petit garçon atteint du variant, qui est en isolement avec le reste de la famille pour 24 jours.

Avec Marie-Eve Cousineau

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