​Admissions en médecine: levée de boucliers contre le tutorat à 4000$

«La diversité et l’inclusion sont parmi les priorités des étudiants et des facultés de médecine. Ce sont des valeurs essentielles pour notre future profession», dit Élise Girouard-Chantal, déléguée aux affaires politiques à la Fédération médicale étudiante du Québec.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «La diversité et l’inclusion sont parmi les priorités des étudiants et des facultés de médecine. Ce sont des valeurs essentielles pour notre future profession», dit Élise Girouard-Chantal, déléguée aux affaires politiques à la Fédération médicale étudiante du Québec.

L’égalité des chances et la diversité avant tout. L’offre de tutorat à 4000 $ pour aider les étudiants à se faire admettre en médecine et dans d’autres programmes contingentés, révélée cette semaine par Le Devoir, a été dénoncée d’une même voix par les facultés de médecine et par les étudiants.

Cette forme d’accompagnement à gros prix favorise l’accès à la profession d’une élite économique au détriment de la diversité qui caractérise le Québec, déplore-t-on dans les facultés de médecine. La profession cherche à refléter toutes les facettes de la société québécoise dans l’espoir d’offrir des soins mieux adaptés pour tous — y compris aux minorités, qui vivent une discrimination illustrée par la mort tragique de la patiente attikamekw Joyce Echaquan, l’automne dernier.

« Le but du processus de sélection n’est pas de trouver les meilleurs médecins, c’est de s’assurer d’avoir de bons médecins qui auront une diversité de profils », dit Dominique Dorion, président de la conférence des doyens des facultés de médecine québécoises (Université de Montréal, Université Laval, Université de Sherbrooke et McGill).

Ces facultés cherchent à recruter « une belle palette de docteurs » aux personnalités variées, qui ne sont pas tous issus du moule de la famille aisée, blanche et résidante de Westmount ou d’Outremont, explique-t-il. Pour cette raison, les facultés « désapprouvent totalement la participation d’étudiants en médecine aux activités préparatoires rémunérées ».

Course à la performance

Les doyens réagissent ainsi à l’émergence d’une industrie, révélée par Le Devoir, offrant à gros prix des conseils aux étudiants qui cherchent à se faire admettre en médecine et dans une douzaine de programmes universitaires contingentés.

L’entreprise Accès Carrière offre par exemple du tutorat pour accompagner les candidats tout au long du processus d’admission dans ces facultés, jalonné d’entrevues et de tests de jugement comme CASPer, mené entièrement en ligne. Les tarifs pour ce tutorat varient entre 97 $ et 3880 $ pour un « coaching » allant jusqu’à une quinzaine d’heures. Les tuteurs sont des étudiants qui livrent leurs trucs pour avoir réussi l’exploit d’être admis dans ces programmes convoités.

La demande augmente sans cesse pour ces services de mentorat, parce que le processus d’admission dans les programmes contingentés est extrêmement complexe, fait valoir Accès Carrière. Les aspirants médecins vivent une véritable « course à la performance » qui crée de l’anxiété. L’entreprise de tutorat affirme répondre à un besoin criant des candidats en médecine, en droit et d’autres domaines où la concurrence est rude.

Appel à la diversité

Les tarifs frôlant 4000 $ pour ce tutorat sont évidemment susceptibles de favoriser les plus riches, souligne Dominique Dorion, qui représente les doyens des facultés de médecine. La profession prend pourtant les moyens pour attirer une plus vaste gamme de profils, comme des candidats issus des Premières Nations, des Inuits, des minorités culturelles et même des régions du Québec.

Les facultés de médecine de l’Université de Sherbrooke, où il est doyen, et de l’Université Laval recrutent ainsi en priorité des étudiants issus des régions, qui ont grandement besoin de médecins familiers avec leur réalité.

De leur côté, les facultés de médecine de l’Université de Montréal et de l’Université McGill préparent des programmes pour attirer davantage d’étudiants « noirs, autochtones ou de couleur », qui sont sous-représentés dans la profession médicale et en enseignement supérieur.

Les résultats scolaires occupent désormais un poids moins important dans la sélection des étudiants en médecine, explique Dominique Dorion : les universités tiennent tellement à former des médecins issus d’expériences diverses que certaines facultés canadiennes demandent aux candidats s’ils ont eu un père alcoolique ou s’ils ont été abusés durant leur jeunesse ! Ces traumatismes sont susceptibles de mener à des qualités humaines jugées pertinentes en médecine, souligne le doyen.

Éliminer les barrières

« La diversité et l’inclusion sont parmi les priorités des étudiants et des facultés de médecine. Ce sont des valeurs essentielles pour notre future profession », dit Élise Girouard-Chantal, déléguée aux affaires politiques à la Fédération médicale étudiante du Québec (FMEQ).

La Fédération « condamne fermement les services privés de tutorat, car ils constituent des barrières importantes d’accès aux études en médecine » pour les candidats issus de la diversité. « Nos valeurs d’équité, de diversité et d’inclusion s’opposent directement à ce genre de pratique favorisant l’admission de candidat.e.s homogènes et fortuné.e.s. », précise la FMEQ dans une déclaration écrite au Devoir.

Il s’agit d’un principe d’une telle importance que toute personne élue sur une instance de la FMEQ doit s’abstenir d’offrir des services rémunérés de préparation aux entrevues en médecine.

« La beauté de la médecine passe par la diversité de ses membres et leur parcours unique », fait valoir la Fédération. Ceux qui veulent aider les aspirants médecins sont encouragés à le faire « de manière bénévole et bienveillante », en respectant le contrat de non-divulgation signé lors des mini-entrevues et au moment du test CASPer.

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