Des emplois pour la jeunesse de demain

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
Le cœur de la francophonie se déplace vers l’Afrique, où les nouveaux francophones sont de plus en plus nombreux. Sur la photo, des étudiants se rendent à l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, au Sénégal.
John Wessels Agence France-Presse Le cœur de la francophonie se déplace vers l’Afrique, où les nouveaux francophones sont de plus en plus nombreux. Sur la photo, des étudiants se rendent à l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, au Sénégal.

Ce texte fait partie du cahier spécial Francophonie

La population de la francophonie étant de plus en plus jeune, l’insertion professionnelle des diplômés devient un enjeu de premier plan. Des spécialistes des quatre coins de la francophonie en ont discuté virtuellement.

Pour faire le point sur les défis de l’adéquation formation-emploi dans l’espace francophone, l’Observatoire de la Francophonie économique de l’Université de Montréal a organisé un webinaire le 3 mars dernier. « Une des missions de la francophonie est d’appuyer l’éducation, la formation, l’enseignement supérieur et la recherche », a rappelé en début du webinaire la ministre de l’Enseignement supérieur du Québec, Danielle McCann.

26 %

C’est le pourcentage de la population de l’Afrique francophone qui sera composée de jeunes de 15 à 29 ans en 2050, selon les prévisions.

Devant presque 600 participants provenant de 35 pays, les conférenciers ont discuté pendant 1 h 30 de la diversité des contextes et de l’enjeu économique majeur que représente l’insertion professionnelle des jeunes. « Cette question se pose tout particulièrement dans le monde francophone, puisque cet espace comporte une forte proportion de jeunes », a expliqué en ouverture le recteur de l’Université de Montréal, Daniel Jutras. Le cœur de la francophonie se déplace en effet vers l’Afrique, et on estime qu’en 2050 environ 26 % de la population de l’Afrique francophone sera composée de jeunes de 15 à 29 ans. Les défis pour assurer un avenir décent à cette population sont donc grands.

Des défis qui varient

Cette question interpellant à la fois les universités et les entreprises, le panel a réuni quatre personnes de différents horizons, du Canada, du Maroc et de la France. Un constat s’est imposé d’emblée : la diversité des contextes et l’importance de connaître les enjeux locaux et d’agir sur ces derniers.

Ainsi, le Maroc connaît depuis longtemps un haut taux de chômage, qui touche fortement les diplômés universitaires. « Au Maroc, le marché n’intègre pas tous les diplômés », mentionne Rahma Bourqia, directrice de l’Instance nationale d’évaluation du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique au Maroc, où 17 % des chômeurs seraient détenteurs d’un diplôme. Son organisme s’affaire à poser des diagnostics sur les raisons de cette inadéquation. Si le tissu économique n’offre pas assez d’emplois pour le nombre de diplômés sortants, il reste que le système d’éducation supérieure au Maroc, qui se divise entre public, privé, et privé-public donne des résultats inégaux. « Les diplômés du système régulé, qui sélectionne ses étudiants, s’insèrent plus facilement », relève Mme Bourqia.

Une proximité entre les entreprises et les universités

De l’autre côté de la Méditerranée, c’est plutôt le problème inverse que constate Anne-Sophie Panseri, directrice générale de MAVIFLEX, une PME de Lyon, en France. Jeunes surqualifiés ou manque de compétences et de savoir-être rendent le recrutement ardu. « On constate une inadéquation entre le monde de l’entreprise et la formation. Ça ne fonctionne pas dans ma région », remarque-t-elle. Pour faire en sorte que les formations répondent aux besoins des employeurs, les intervenants ont insisté sur l’importance d’entretenir de bonnes relations entre les deux.

Si pour Mme Panseri, ces relations restent à bâtir, c’est précisément l’objectif de Yasmine Benamour, directrice générale de l’école HEM au Maroc. « Pour avoir une bonne insertion de nos lauréats, on s’assure de rester proche de l’entreprise et de ses besoins », affirme-t-elle. On fait appel aux milieux professionnels pour construire le programme, tandis que des séminaires pratiques sont donnés par des praticiens et que des stages en entreprise sont déployés, avec pour résultat un taux de placement de 83 % des diplômés de HEM.

Des qualifications, ou des compétences ?

Mais si les diplômés peinent à se placer, et que les entreprises ont de la difficulté à recruter des candidats adéquats, c’est peut-être aussi en raison d’une grande incompréhension. « Qualifications et compétences sont deux choses différentes, et ça fait des décennies qu’on mélange les deux », explique Steven Tobin, directeur du Conseil de l’information sur le marché du travail. Si les qualifications se rapportent aux formations universitaires, il reste difficile de savoir quelles compétences sont nécessaires pour occuper un emploi en particulier, et comment les acquérir. Encore plus, les définitions de compétences sont multiples : soft skills, compétences transférables ou transversales…

M. Tobin appelle donc à une meilleure définition et à une réflexion. « Où doit-on apprendre ces compétences ? Dans les entreprises ? Par soi-même ? Dans les institutions d’enseignement ? », demande-t-il.

La pandémie est de surcroît venue bousculer les milieux de l’enseignement et du travail, accélérant certaines transformations déjà en branle. Ces enjeux sont aussi globaux, surtout lorsqu’on sait que les universités dans les pays de développement forment aussi pour le marché de l’emploi à l’international, vu la grande mobilité de ces jeunes. « Il n’y a pas de recette pour mener à l’emploi, c’est plus compliqué que ça », résume Mme Bourqia.

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