Les enseignants montréalais votent en faveur d’une grève générale illimitée

Pascaline David
Collaboration spéciale
Les enseignants du Québec ont des salaires beaucoup plus bas que ceux des autres provinces du Canada, que ce soit en début de carrière ou après dix ans de pratique, selon des données récentes.
Photo: Ina Fassbender Agence France-Presse Les enseignants du Québec ont des salaires beaucoup plus bas que ceux des autres provinces du Canada, que ce soit en début de carrière ou après dix ans de pratique, selon des données récentes.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Les conditions de travail des enseignants québécois se détériorent, et leurs besoins ne peuvent plus être ignorés, selon l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal (APPM), dont les membres ont récemment voté pour une grève générale illimitée, qui débutera le 31 mai. Un message fort envoyé dans le but d’obtenir, entre autres choses, un rattrapage salarial par rapport à la moyenne canadienne.

Ultime outil de pression syndicale, la grève illimitée incarne un espoir de faire bouger les lignes à l’heure où les négociations avec le gouvernement piétinent. « Nous voulons des conditions de travail qui ne nous rendent plus malades, explique la présidente de l’APPM, Catherine Beauvais-St-Pierre. La tâche est beaucoup trop lourde pour les enseignants actuellement, et c’est une réalité depuis de nombreuses années. »

Le réseau de l’éducation doit en effet faire face à une pénurie massive de personnel, à la désertion du métier et à une forte détresse psychologique, pour ne nommer que quelques-unes des problématiques. Pour couronner le tout, les enseignants du Québec ont des salaires beaucoup plus bas que ceux des autres provinces du Canada, que ce soit en début de carrière ou après dix ans de pratique, selon les plus récentes données de Statistique Canada.

Le gouvernement propose actuellement des augmentations salariales qui risqueraient plutôt de faire perdre du pouvoir d’achat aux enseignants, selon Mme Beauvais-St-Pierre. « On demande une augmentation égale à l’indice du prix de la consommation avec un minimum de 2 % », précise-t-elle. L’Alliance souhaite ainsi rattraper la moyenne canadienne des salaires.

Mieux composer les classes

À chaque niveau scolaire, et selon les milieux, un maximum d’élèves par groupe est fixé. Lorsque ce nombre est dépassé, comme c’est très souvent le cas, une compensation financière est offerte à l’enseignant qui doit gérer une classe plus importante. L’APPM demande que cette compensation soit doublée.

Plus d’élèves signifie également davantage d’enfants qui ont des besoins particuliers dans les classes, notamment à Montréal, où le manque d’espace et d’enseignants est encore plus criant. Gérer simultanément des besoins liés à l’autisme ou à l’analphabétisme est un défi immense, qui contribue à l’épuisement et à la détresse psychologique des enseignants. « On ne peut pas fournir un service adapté à tous ces élèves, car il y a trop de besoins différents, ajoute la présidente de l’APPM. On finit par avoir un sentiment d’impuissance, car on ne peut pas être partout. »

La tâche des enseignants pourrait être allégée et la qualité d’apprentissage des élèves bonifiée grâce au recrutement de personnel spécialisé, comme des orthopédagogues et des orthophonistes. Or, ces derniers sont également en nombre insuffisant dans les écoles et sur le marché du travail en général.

Droit de se déconnecter

La pandémie a mis en lumière ce qui ne fonctionnait déjà pas dans le milieu de l’éducation : le manque de ressources humaines et matérielles. Mais elle a aussi contribué à l’augmentation de la tâche des enseignants à la maison, à la confusion et à l’anxiété au regard de consignes gouvernementales parfois contradictoires.

Ainsi, une autre demande de l’Alliance est le droit à la déconnexion. « Les gens s’attendent à ce que les professeurs se connectent et répondent aux courriels à n’importe quelle heure, n’importe quand, estime la présidente. On devrait avoir le droit de souffler par moments et de prendre soin de notre vie personnelle. »

L’APPM cible également l’éducation des adultes et la formation professionnelle, où les postes permanents sont en nombre insuffisant. Certains enseignants travaillent ainsi pendant des années au sein du même poste à temps plein, mais sans acquérir la permanence qui leur permettrait de sortir d’un statut précaire.

« Tous ces problèmes ne sont pas nouveaux et s’accumulent depuis plus d’une décennie avec des gouvernements qui disent faire de l’éducation leur priorité, mais qui ne veulent pas investir, souligne Mme Beauvais-St-Pierre. Nous menons un combat de société, et ce sont nos enfants qui seront gagnants. »

La grève devrait s’étendre à tout le Québec, lorsque tous les autres syndicats affiliés à la Fédération autonome de l’enseignement se réuniront pour voter officiellement le mandat, à la fin du mois de mars.

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