La FAE à la défense des services publics

Charlotte Mercille
Collaboration spéciale
Le syndicat s’évertue aussi à combattre les inégalités sociales, car «les écoles publiques font en sorte que ceux qui ont moins de chance aient un peu plus de chance».
Photo: Martin Bureau Agence France-Presse Le syndicat s’évertue aussi à combattre les inégalités sociales, car «les écoles publiques font en sorte que ceux qui ont moins de chance aient un peu plus de chance».

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Ayant contesté, il y a quelques jours, la validité du rapport sur la ventilation et la transmission de la COVID-19 déposé par le ministère de l’Éducation du Québec, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) s’engage avant tout à protéger les services publics de la province. Le regroupement de syndicats juge même que cette mission est inscrite dans son ADN.

« Ce qui nous guide dans notre questionnement concernant le dépôt du rapport sur la qualité de l’air dans les établissements scolaires, c’est non seulement l’idée de protéger nos membres en vertu du Code du travail, mais aussi d’agir comme un chien de garde des écoles publiques dans lesquelles ils travaillent, et ce, dans une période extrêmement difficile », déclare Sylvain Mallette, président de la FAE.

Selon la FAE, la pandémie confirme que le rôle des organisations syndicales est la défense des services publics et l’organisation de ceux-ci, entre autres en s’assurant que la population soit protégée et que le filet social survive à la crise.

« Le service public est le patrimoine de ceux qui n’ont rien ou très peu. Il représente l’idée de se donner collectivement les moyens pour aider les plus démunis, pour prendre soin les uns des autres dans la logique du partage de nos ressources », ajoute M. Mallette.

S’ils étaient remis en question avant la crise, les services publics ont redoublé d’importance de nos jours. « La pandémie est venue démontrer que les réseaux privés ne font pas nécessairement mieux que le secteur public. Parfois, ils font même pire », explique-t-il, en faisant référence à certaines résidences privées où la logique du profit des propriétaires l’a emporté sur le bien-être des aînés.

Une plateforme de signalement

Cette mission serait intimement liée à la nature même d’une organisation syndicale, car l’environnement de travail et la santé du système dans lequel un travailleur évolue font partie intégrante du bien-être de ce dernier. Pendant la fermeture des écoles, au tout début de la pandémie, la FAE s’est d’ailleurs élevée contre des professionnels de la santé et des écoles privées qui demandaient un retour précoce des élèves en classe.

Comment se fait-il qu’il y ait autant de gérants d’estrade qui disent [aux enseignants] comment faire leur travail, et si peu qui viennent prêter main-forte au réseau public ?

 

Bien qu’il souhaitait également un retour en classe, le syndicat voulait avant tout s’assurer que le matériel de protection adéquat soit distribué. « Dans la réalité des choses, le professeur doit jongler avec des classes pouvant compter jusqu’à 38 enfants et de nouvelles mesures sanitaires. Cette incapacité à se mettre à la place des professeurs doit nous instruire. Comment se fait-il qu’il y ait autant de gérants d’estrade qui leur disent comment faire leur travail, et si peu qui viennent prêter main-forte au réseau public ? » demande M. Mallette.

Depuis, le syndicat a lancé la plateforme en ligne Ça cloche afin de permettre aux enseignants de signaler des cas problématiques en matière de santé et sécurité au travail liés à la COVID-19. Les pédagogues peuvent ainsi partager de manière sécuritaire avec leur syndicat local et la Fédération leurs préoccupations au sujet du respect du port du masque, de la distanciation sociale ainsi que des autres directives émises par la Santé publique.

Voir plus loin

Le champ d’action de la FAE s’étend au-delà de l’école. La Fédération soutient notamment certaines banques alimentaires : « Quand les écoles ont fermé, plusieurs enfants n’avaient plus accès à des petits-déjeuners ; il faut donc prévoir une solution de rechange qui va leur permettre d’avoir accès au minimum, et le mieux s’est avéré de soutenir des organismes qui ont développé une expertise dans le domaine », estime M. Mallette.

L’organisation a aussi conçu des campagnes de conscientisation sur la santé psychologique ainsi que sur la violence faite aux femmes et aux enfants. « L’école est à l’image de la société dans laquelle elle se trouve, et dans un contexte d’enseignement à distance, les réalités vécues à la maison sont décuplées », explique M. Mallette. Le syndicat s’évertue aussi à combattre les inégalités sociales, car « les écoles publiques font en sorte que ceux qui ont moins de chance aient un peu plus de chance ».

Le professeur d’histoire croit que, au lendemain de la pandémie, il faudra continuer à alimenter cet engouement renouvelé pour le service public. « Il faut qu’on tire des leçons de cette expérience, qu’on rappelle l’importance des syndicats dans la défense des programmes d’État, tout en faisant le point sur nos actions, en se demandant si on aura toujours été présent au bon endroit et avec la bonne réponse. »

La FAE compte d’ailleurs œuvrer à atténuer les conséquences psychologiques et physiques qui persisteront longtemps après la distribution des vaccins. « Le rôle du syndicat ne se résume pas à défendre ses membres. Nous assumons une responsabilité comme acteur social qui est à l’image des lieux dans lesquels on se retrouve », résume M. Mallette.