Un test crucial pour étudier en médecine désincarné

Le test offert sur le Web évalue le jugement des aspirants médecins dans des situations qualifiées de «réalistes et hypothétiques».
Photo: Fred Dufour Agence France-Presse Le test offert sur le Web évalue le jugement des aspirants médecins dans des situations qualifiées de «réalistes et hypothétiques».

Une étape jugée cruciale du processus d’admission au doctorat en médecine dans les universités québécoises a été annulée en raison de la pandémie. Les mini-entrevues multiples, qui visent à évaluer les aptitudes humaines des aspirants médecins, ont été remplacées par un test en ligne d’une durée de 60 à 90 minutes, géré par une entreprise privée.

Ces entrevues menées en personne auprès des étudiants s’échelonnent normalement sur une journée. Elles visent à sélectionner des candidats qui ont non seulement les meilleurs résultats scolaires, mais aussi une personnalité compatible avec la médecine : des gens qui ont de l’empathie, capables de travailler en équipe et de prendre des décisions pouvant faire la différence entre la vie et la mort.

Ces entrevues ont été retirées du processus d’admission pour l’automne 2021 dans les trois facultés de médecine francophones (Université Laval, Université de Montréal et Université de Sherbrooke) à cause des risques de transmission de la COVID-19. L’Université McGill a maintenu les entrevues, mais a décidé de les tenir par visioconférence, confirme Cynthia Lee, porte-parole de l’établissement anglophone de Montréal.

Selon nos informations, l’annulation des mini-entrevues multiples a donné lieu à d’intenses débats dans les facultés de médecine. Cette étape finale du processus d’admission avait été annulée en catastrophe lors de l’éclatement de la pandémie, en mars 2020. Un an plus tard, les administrations universitaires ont échoué à mettre en place des mesures qui auraient permis la tenue des entrevues, déplorent des sources.

De façon « exceptionnelle », les admissions au doctorat en médecine pour l’automne prochain seront ainsi déterminées par les résultats scolaires des candidats et par un test en ligne appelé CASPer, conçu et administré par la firme Altus Assessments Inc.

Ce test offert sur le Web évalue le jugement des aspirants médecins dans des situations qualifiées de « réalistes et hypothétiques ». L’examen est d’une durée maximale d’une heure et demie. « Il peut être demandé aux candidats et candidates ce qu’ils feraient face à ces dilemmes et le raisonnement derrière leurs actions », indique le site Web d’Altus Assessments. Ces tests de jugement déterminent des tendances et évaluent comment une personne se comportera dans une situation donnée.

Une étape incontournable

Les mini-entrevues multiples en personne, annulées à cause de la pandémie, sont beaucoup plus exhaustives. À la Faculté de médecine de l’Université McGill, par exemple, les aspirants médecins doivent parcourir une série de stations où ils peuvent se faire assigner une tâche, simuler certaines situations ou participer à une discussion.

« Les stations sont conçues pour évaluer les diverses habiletés et aptitudes recherchées chez les futurs professionnels de la santé […] établies par le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada », indique le site Web de McGill.

On ne badine pas avec ces entrevues, qui sont normalement une étape incontournable du processus d’admission, sauf en temps de pandémie : « Si un candidat ne se présente pas à son entrevue, quelle que soit la raison [justifiée ou non], son dossier sera refusé. »

Les doyens rassurants

Les doyens des facultés de médecine ont annulé « avec regret » les entrevues de 1600 étudiants après une analyse rigoureuse, indique dans un courriel Dominique Dorion, doyen de la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke. Il est aussi président de la conférence des doyens des facultés de médecine québécoises.

« Les facultés de médecine comprennent que cette situation puisse soulever des préoccupations chez les personnes candidates et se veulent rassurantes sur le processus d’admission qui s’applique de manière exceptionnelle cette année », précise-t-il.

Le test CASPer est utilisé depuis de nombreuses années dans la plupart des facultés de médecine au Canada et dans un grand nombre de programmes en sciences de la santé, explique Dominique Dorion. Cet examen en ligne a aussi été utilisé de manière exceptionnelle pour les admissions en médecine en 2017 à l’Université Laval (et en 2020 à cause de la pandémie).

« À ce jour, les cohortes qui ont été admises sur la base de ce test semblent évoluer parfaitement bien dans leur programme de médecine. Les facultés de médecine estiment que, bien que le recours à ce test unique ne soit pas le processus habituel, l’admission 2021 des personnes candidates au programme de doctorat en médecine permettra de sélectionner de futurs médecins qui seront aptes à bien cheminer dans leur programme et à bien répondre aux besoins de santé de la population », explique le représentant des doyens.

Le Collège des médecins a indiqué au Devoir avoir été informé de la révision temporaire du processus d’admission en médecine. Le Collège « s’en remet au bon jugement des facultés de médecine en ce qui a trait au recrutement des futurs médecins au Québec […], mais travaille en étroite collaboration avec les facultés pour assurer la qualité de la formation des étudiants en médecine tout au long de leur parcours universitaire ».

5 commentaires
  • Pierre Samuel - Abonné 13 mars 2021 06 h 36

    < Au suivant, au suivant...> ( Dixit Jacques Brel )

    La Covid 19 a le dos large ! Absolument inadmissible et inconcevable que des administrations universitaires éliminent ce processus d'examen absolument essentiel dans la pratique d'une médecine globale telle qu'elle doit s'appliquer en bonne et due forme !

    • Jacques de Guise - Abonné 13 mars 2021 12 h 02

      AVERTISSEMENT : Mon commentaire ne relève pas de la « médecine fondée sur les données probantes », mais sur mon expérience depuis 50 ans. Bref, le point de vue du docteur n’est pas le point de vue du patient.

      Au contraire, c’est justement une occasion unique pour que puisse s’infiltrer des futurs médecins qui n’auraient pas ENFIN la « personnalité compatible avec la médecine », selon leur modèle traditionnel et que les patients subissent et endurent depuis trop longtemps dans cette relation asymétrique toxique.

  • Marcel Vachon - Abonné 13 mars 2021 09 h 59

    Les régions?

    L'origine régionale (Gaspésie, Côte Nord, etc.) devrait être un critère important de sélection. Un gaspésien aura plus de facilité d'accepter un poste en Gaspésie, non?

  • Véronique Borboen - Abonnée 13 mars 2021 10 h 32

    Paresse et irresponsabilité

    Aucune excuse pour cette paresse organisationnelle. À l'Uqam nous gardons les entrevues si primordiales pour savoir à qui nous avons affaire. Elles se déroulent en visio-conférence sur une palteforme qui a été mise au point par nos services. Et je parle ici d'un département de théâtre!

  • Paul Bolduc - Abonné 13 mars 2021 11 h 15

    L'empathie et le travail en équipe

    Étonnant qu'on inclut l'empathie et le travail en équipe comme attitudes et habiletés de base pour la sélection des candidats en médecine. Qu'une évaluation de ces attitudes et habiletés soient faite avant, oui ça peut aller, mais davantage comme futures apprentisssages à acquérier avant d'avoir terminer la médecine. L'empathie et le travail en équipe s'enseignent dans plusieurs facultés universitaires, en psychologie, en service social et en sciences administratives notamment.

    Plusieurs bons candidats peuvent, pour toutes sortes de raisons de parcours, ne pas avoir eu l'occasion de développer suffisamment ces habiletés. De les sévaluer avant leur entrée en médecine peut être intéressant, non pas comme critère de sélection, mais plutôt pour compléter leur programme de formation.

    Autrement, ces tests contribuent à un élitisme déjà très accentué.