L’école à distance n’a pas suffi aux élèves du primaire

Une majorité sans équivoque de 78% des répondants estiment que leurs élèves «sont arrivés en classe avec des habiletés plus faibles en lecture que celles des élèves des années passées», lors de la rentrée de l’automne 2020.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une majorité sans équivoque de 78% des répondants estiment que leurs élèves «sont arrivés en classe avec des habiletés plus faibles en lecture que celles des élèves des années passées», lors de la rentrée de l’automne 2020.

Une première étude scientifique québécoise met en lumière l’effet de la pandémie sur les apprentissages au niveau primaire. Les élèves éprouvent des difficultés préoccupantes en lecture et en écriture, selon une enquête menée auprès de 175 enseignants du Québec.

Une majorité sans équivoque de 78 % des répondants estiment que leurs élèves « sont arrivés en classe avec des habiletés plus faibles en lecture que celles des élèves des années passées », lors de la rentrée de l’automne 2020. En écriture, 71 % des enseignants affirment que leurs élèves sont plus faibles que ceux des années précédentes.

Collés à leur écran, des jeunes ont développé des difficultés à écrire à l’aide de crayons et de papier. D’autres parviennent mal à écrire sans fautes d’orthographe ou à comprendre un texte long, possiblement parce que, en enseignement à distance, ils sont moins encouragés à lire des livres.

Cette étude a été menée en ligne entre le 8 janvier et le 10 février 2021 ; 175 personnes, enseignantes au primaire dans toutes les régions québécoises, ont répondu au questionnaire. L’enquête des professeures Catherine Turcotte, Marie-Hélène Giguère et Nathalie Prévost, du Département d’éducation et formation spécialisées de l’UQAM, portait sur les compétences en lecture et en écriture.

L’enquête a été menée au moment de la remise des bulletins de la première étape, lors de la première semaine de février. Le ministère de l’Éducation a conclu que les résultats des élèves du primaire ont peu varié par rapport à l’année précédente malgré la pandémie. Les chercheuses estiment que leur étude met au jour des difficultés qui n’ont pas été révélées par les bulletins.

Les enseignants ont besoin de soutien, mais la pénurie de personnel qualifié n’a jamais été aussi grande. La pénurie frappe au moment où les besoins sont les plus importants.

« On a été en mesure de cibler des composantes qui inquiètent les enseignants », explique la professeure Catherine Turcotte.

Plus de six enseignants sur dix (62 %) s’inquiètent ainsi pour la fluidité de leurs élèves en lecture et pour leur compréhension de textes longs. La compréhension de mots rares ou inconnus, ainsi que de récits ou de textes littéraires, soulève aussi des préoccupations. Près de quatre répondants sur dix (39 %) indiquent que la majorité de leurs élèves n’ont cette année « aucune force particulière » en lecture.

En écriture, 65 % des enseignants s’inquiètent pour les compétences de leurs élèves en orthographe grammaticale, 64 % pour l’orthographe lexicale et 57 % pour la syntaxe. Les professeurs notent aussi des difficultés à choisir des mots riches et précis, ainsi qu’en calligraphie. Signe de l’ampleur du retard pris par les enfants, plus de la moitié des enseignants (51 %) rapportent que la majorité de leurs élèves n’ont « aucune force particulière » en écriture.

Les autrices de l’étude émettent l’hypothèse que ces retards en lecture et en écriture sont dus à l’enseignement à distance. Toutes les écoles du Québec ont été fermées durant six semaines au printemps 2020 en raison de la pandémie.

Les écoles primaires hors de la grande région de Montréal ont rouvert leurs portes à compter du mois de mai 2020 (celles de la Communauté métropolitaine de Montréal sont restées fermées). Tous les élèves sont ensuite revenus à l’école à la rentrée de l’automne, mais des milliers de classes de tous les niveaux ont basculé pour quelques jours en enseignement à distance, à cause d’infections au coronavirus.

Besoin de soutien

De quoi auraient besoin les élèves et les enseignants, en cette période scolaire trouble ? L’aide d’orthopédagogues vient en haut de la liste des professeurs (pour 40 des 175 répondants). Viennent ensuite du soutien en classe pour faire des sous-groupes de lecture et d’écriture (24 répondants), de meilleurs livres et du matériel plus intéressant (24 répondants), du soutien spécialisé en difficultés comportementales, de l’aide psychologique pour les élèves…

« Les enseignants ont besoin de soutien, mais la pénurie de personnel qualifié n’a jamais été aussi grande. La pénurie frappe au moment où les besoins sont les plus importants », résume Catherine Turcotte.

Plusieurs orthopédagogues sont devenus titulaires d’une classe en raison de la pénurie de professeurs accentuée par la pandémie — des enseignants ne peuvent aller en classe pour des raisons de santé.

Le programme de tutorat annoncé par le ministre de l’Éducation est plus nécessaire que jamais, mais il n’est pas étonnant que sa mise en place soit retardée, estime Mme Turcotte : les étudiants en éducation ont peu de temps à consacrer au tutorat, car une proportion importante d’entre eux font de la suppléance en classe, en raison de la pénurie de professeurs.

 

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