Le casse-tête de l'enseignement virtuel au secondaire

Depuis une douzaine de jours, Annie Bilodeau est confinée à la maison avec son conjoint et ses quatre enfants. La famille de Québec a dû s’isoler, car l’étudiante internationale qu’elle héberge a reçu un diagnostic positif à la COVID-19. Cette dernière a été en contact avec un cas positif dans sa bulle-classe.

Annie Bilodeau est maintenant confrontée au casse-tête de l’école à la maison. L’étudiante internationale qu’elle accueille suit ses cours en ligne, comme sa classe a basculé en virtuel. Son plus jeune, qui fréquente une école primaire, a des devoirs et des travaux à faire.

Jusque-là, tout va bien. Mais la situation se complique pour ses trois autres enfants qui étudient à l’école secondaire Rochebelle. « Tous les professeurs fonctionnent d’une façon différente, dit Annie Bilodeau. Ça devient dur à suivre. »

Sa fille, en première secondaire, a pu assister à des cours, par l’intermédiaire d’une plateforme de réunion en ligne. « Trois des sept enseignants de ma fille lui ont envoyé un lien [URL], dit Annie Bilodeau. Les professeurs tournaient leur [ordinateur] portable vers le tableau. L’un d’eux l’a même mis à la place où ma fille s’assoit habituellement. »

Certains enseignants ont aussi offert l’enseignement à distance à ses deux autres enfants. Une solution idéale, estime Annie Bilodeau. « Les enfants sont moins stressés, remarque-t-elle. Ils ont un feeling de ce qui se passe en classe et de ce qui se dit. Ils ont moins l’impression de prendre du retard. Ça structure la journée à la maison. » Les enseignants, eux, n’ont pas à offrir de suivi individuel supplémentaire, ajoute-t-elle.

Satisfaite de cette façon de faire, Annie Bilodeau a contacté la direction de l’école pour demander si tous les enseignants pouvaient adopter une telle approche. « La direction m’a dit “on n’est pas tenu de faire cela” », rapporte-t-elle.

À la suite de cet appel, ses enfants n’ont plus eu accès aux cours en ligne, soutient-elle. « La directrice a offert à ma fille de voir une psychologue pour gérer son anxiété de ne pas assister à ses cours », affirme Annie Bilodeau.

Un non-sens, selon la mère, puisque sa fille ne souffre pas d’un problème d’anxiété. « Elle est à son affaire, alors le fait d’être exclue de ses 40 cours pour deux semaines l’insécurise, dit-elle. Une insécurité normale, je dirais. »

Annie Bilodeau peine à comprendre qu’à l’approche d’une troisième vague, l’enseignement à distance ne soit pas encore disponible pour les enfants en isolement au Québec. « Ça fait un an qu’on est en pandémie », dit-elle.

Un seuil minimum d’enseignement

Selon le ministère de l’Éducation, les enseignants sont tenus d’offrir un seuil minimum de 15 heures d’enseignement par semaine aux élèves de niveau secondaire qui doivent s’isoler de façon préventive. Québec ne précise toutefois pas la méthode d’apprentissage à privilégier.

L’enseignement en direct n’est « pas une pratique interdite », indique Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise des directions d’établissement. « Mais nous, on ne peut pas obliger l’enseignant à le faire », précise-t-il.

 

Même son de cloche de la part du Centre de services scolaire des Découvreurs dont fait partie l’école Rochebelle. « C’est chaque professeur qui décide », dit le conseiller en communications Marc Lalancette.

Le Centre de services scolaire s’est penché sur la situation des enfants de Mme Bilodeau lors d’une réunion mercredi réunissant les directions d’école. Selon Marc Lalancette, c’est la première fois qu’un parent demande un enseignement en direct pour des enfants en isolement. Il explique que Mme Bilodeau a interpellé tous les enseignants à ce sujet et que certains se sont dits « inconfortables » à le faire. D’autres se questionnaient sur leurs obligations. Le Centre de services compte réitérer sa position aux enseignants.

La Fédération autonome de l’enseignement ne s’oppose pas à ce que des enseignants offrent des cours en ligne à des élèves en isolement. Son président, Sylvain Mallette, souligne toutefois que bien des raisons peuvent expliquer pourquoi un tel service est offert ou non. « Tout le monde n’est pas habile à enseigner à la fois à des élèves en présence et en ligne, dit-il. Ça dépend aussi de la disponibilité du matériel [ordinateur] et de la bande passante dans l’école. »

Des élèves isolées 24 jours

Il reste que pour des parents, l’enseignement en direct est une véritable bénédiction. Marie-Jo Hamel peut en témoigner. Son conjoint, un infirmier, a découvert qu’il avait la COVID-19 lors d’un test de dépistage de routine. Elle a ensuite reçu un diagnostic positif, tout comme le plus jeune de ses fils. Ses deux plus vieux, eux, sont demeurés négatifs. Mais ils ont dû demeurer en isolement pendant 24 jours, au cas où ils contracteraient le virus au 10e jour d’infection du dernier membre de la famille déclaré positif.

Malgré tout, l’isolement s’est bien déroulé, selon Marie-Jo Hamel. L’un de ses garçons, qui étudie à l’école primaire Saint-Barthélemy à Montréal, a pu se connecter au tableau noir interactif de sa classe pour suivre une « grande partie de ses cours ». « Sa prof a vraiment été super de faire ça pour lui, dit-elle. Il pouvait poser des questions. C’était sûrement plus lourd pour elle. Mais ça a tellement changé son confinement. Il avait hâte d’assister à ses cours. »

Son aîné, qui fréquente l’école secondaire Joseph-François Perreault, a aussi pu bénéficier de l’enseignement en direct dans la majorité de ses cours. Pour les parents, ce fut salvateur. « Quand tu travailles, tu ne peux pas t’occuper de tes enfants, dit Marie-Jo Hamel, en télétravail durant son isolement. Tu ne peux pas superviser tant que ça des pages [de travaux]. » En plus de faire la fameuse gestion des écrans.

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