Vers un retour au cégep et à l’université «graduel» et très variable

Mardi, François Legault avait expliqué que le gouvernement allait «donner comme objectif» que les étudiants pourraient «aller au moins une fois par semaine» dans les cégeps et les universités, cela sur une base volontaire.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Mardi, François Legault avait expliqué que le gouvernement allait «donner comme objectif» que les étudiants pourraient «aller au moins une fois par semaine» dans les cégeps et les universités, cela sur une base volontaire.

Le retour des étudiants sur les campus du Québec se fera de manière très « graduelle », et surtout très différente d’un établissement à l’autre, annoncera jeudi le gouvernement Legault. Et ce sont là deux conditions que les intervenants jugent essentielles pour que l’opération réussisse.

« Il faut absolument de la souplesse, pour que chaque établissement puisse déterminer » comment concrétiser la volonté exprimée mardi par le premier ministre Legault, estime Bernard Tremblay, p.-d.g. de la Fédération des cégeps du Québec.

« On est favorables au principe d’un retour en classe, mais c’est clair qu’il va falloir de la flexibilité » dans le plan gouvernemental qui sera présenté jeudi, ajoute Caroline Quesnel, présidente de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ).

Au cabinet de la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, on indique que le mot clé de l’annonce de jeudi sera « graduel ». « Il y a des endroits qui seront prêts plus rapidement que d’autres et d’autres endroits où ce sera plus délicat et compliqué de mettre en vigueur l’idée d’avoir plus de présentiel », relève-t-on.

 

La marge de manœuvre laissée aux établissements sera « importante ». « Les cégeps et les universités sont très autonomes. L’approche en est une de partenariat, et non de coercition », dit-on.

« Ce sera un peu un retour à ce qu’on a vécu à la rentrée en septembre, pense Caroline Quesnel. Ça s’est vécu de manière très différente à l’intérieur des établissements. Je m’attends à une asymétrie aussi grande. »

Carré de sable

Ce qu’annoncera jeudi la ministre McCann viendra donc « délimiter un carré de sable » à partir duquel les établissements pourront travailler, laisse entendre le cabinet. Mardi, François Legault avait expliqué que le gouvernement allait « donner comme objectif » que les étudiants pourraient « aller au moins une fois par semaine » dans les cégeps et les universités, cela sur une base volontaire.

« La question qui va se poser, c’est : combien de personnes de plus pourrons-nous accueillir en présence ?De quelle manière cela va-t-il se faire ?À quelle fréquence ? » se demandait mercredi Magda Fusaro, rectrice de l’UQAM.

Pour Bernard Tremblay, « le fait qu’on parle d’un souhait ou d’un objectif » doit être « salué ». Parce qu’une règle « trop rigide » serait à ses yeux impossible à appliquer. « Il y a beaucoup d’étudiants qui sont hors région, il y a des professeurs qui ont des problèmes de santé physique, il y a plusieurs cas particuliers qui devront être considérés. »

Ce sera un peu un retour à ce qu’on a vécu à la rentrée en septembre. Ça s’est vécu de manière très différente à l’intérieur des établissements. Je m’attends à une asymétrie aussi grande.

Mais les possibilités ne manquent pas non plus, ajoute-t-il. « On ne parle pas nécessairement de donner des cours en présence. Ça pourrait être de permettre aux étudiants de faire des travaux d’équipe — pour répondre aux préoccupations sur la socialisation et l’isolement — dans un local adapté », donne-t-il comme exemple.

La cheffe du Département de santé publique et de médecine préventive de l’Université de Montréal, Marie-France Raynault, favorise une approche où les universités offriraient essentiellement deux types de présence. D’abord, la « possibilité de venir sur le campus, sur réservation, pour faire des travaux d’équipe ou des activités à caractère pédagogique ».

Dans ces conditions, le respect des règles sanitaires ne poserait pas de problème, dit-elle. « Ils seront en petits groupes de six étudiants maximum, dans des locaux où les places seront clairement identifiées pour faire en sorte que la distanciation soit bien respectée. Et à l’intérieur de l’université, le port du masque chirurgical sera exigé. »

Outre cela, Mme Raynault pense que « certains étudiants pourront se joindre à des cours en présentiel » et que les professeurs « pourraient rencontrer sur rendez-vous un petit groupe d’étudiants qui voudraient discuter d’un travail ». Mais encore là, « ce sera assez encadré. Il n’y aura pas d’activités parascolaires, l’offre de restauration sera réduite à un take out, les installations sportives en zone rouge resteront fermées ».

Autre option possible : les cours « co-modaux », où le professeur est en classe face à un nombre limité d’étudiants, alors que les autres étudiants de la classe sont en ligne depuis leur domicile.

Pas une « porte ouverte »

« C’est une ouverture, mais ce n’est pas une porte ouverte », souligne Mme Raynauld. Ainsi ne croit-elle pas que le retour graduel des étudiants sur les campus entraînera une augmentation de la propagation du virus. « Jusqu’à présent, les universités ont fait preuve de beaucoup de sérieux dans la mise en place des mesures, dit-elle. Je ne suis vraiment pas inquiète par ce qui se passe dans les salles de cours. Ce qui me fait le plus peur, ce sont les rassemblements à l’extérieur. »

La microbiologiste et infectiologue du CHUM Cécile Tremblay pense de son côté « que ce déconfinement des universités [n’était pas] nécessaire à ce stade-ci ». Le fait de mettre « plusieurs centaines d’étudiants dans les classes — des jeunes qui, par nature, aiment les rassemblements — et l’utilisation accrue des transports en commun pourraient contribuer à augmenter la transmission communautaire », estime-t-elle.

Avec Marco Fortier  

À voir en vidéo