Le concept d’université redéfini

Le Collège prête ses 10 locaux de classe flambant neufs à l’UQAM, qui offrira les soirs et les fins de semaine cinq programmes de certificat.
Photo: Université du Québec à Montréal Le Collège prête ses 10 locaux de classe flambant neufs à l’UQAM, qui offrira les soirs et les fins de semaine cinq programmes de certificat.

L’Université du Québec à Montréal (UQAM) s’apprête à ouvrir un nouveau campus à Saint-Constant, une banlieue en pleine croissance de la Rive-Sud. Ce centre d’études sera situé dans un immeuble dépourvu de bibliothèque, de laboratoire, de centre sportif et d’autres attributs habituels de la vie étudiante, ce qui provoque un débat sur la définition même de « campus universitaire ».

À première vue, cette nouvelle antenne banlieusarde de l’UQAM a l’air de tout sauf d’un campus universitaire. Le bâtiment de deux étages partage un vaste stationnement avec un café Tim Horton et d’autres commerces de quartier. L’immeuble héberge le Centre d’études de Saint-Constant, ouvert il y a deux ans par le cégep de Valleyfield.

Le collège prête ses 10 locaux de classe flambant neufs à l’UQAM, qui offrira les soirs et les fins de semaine cinq programmes de certificat. L’annonce de la nouvelle, la semaine dernière, a été accueillie avec soulagement à Saint-Constant, centre régional situé au cœur de la circonscription de la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann.

On comprend que l’accessibilité régionale aux études supérieures est importante, mais il faut encadrer les étudiants, leur offrir des services

La communauté de l’UQAM a plutôt réagi avec incrédulité. « C’est la conception de ce qu’est une université qui est en jeu. On comprend que l’accessibilité régionale aux études supérieures est importante, mais il faut encadrer les étudiants, leur offrir des services, les socialiser », affirme Michel Lacroix, président du Syndicat des professeurs de l’UQAM.

« Ce n’est pas un vrai campus, ajoute-t-il. Il y a zéro vie étudiante, professorale, intellectuelle. Pas de bibliothèque, pas de vie culturelle, pas de colloques. C’est une conception de l’université d’un gouvernement de banlieue. »

Le chef syndical estime que l’UQAM devrait se concentrer sur le développement de son campus principal, dans le Quartier latin à Montréal, qui a bien besoin d’amour par les temps qui courent. Le quartier est littéralement déserté depuis le début de la pandémie. Les commerces ferment.

« Course à la clientèle »

Cette tendance des cégeps et des universités à ouvrir des antennes régionales ne date pas d’hier. L’UQAM a ainsi des campus régionaux à Longueuil, à Laval et à Terrebonne. La petite Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue et l’Université Laval (de Québec) ont même ouvert des bureaux à Montréal. Le cégep de la Gaspésie et des Îles est allé plus loin en ouvrant un campus à Montréal qui offre des cours en anglais à des centaines d’étudiants recrutés en Inde.

Cette « course à la clientèle » dénoncée depuis longtemps a une cause fort simple, selon Michel Lacroix : les établissements sont financés en bonne partie en fonction de leur effectif. Les étudiants étrangers sont encore plus payants.

Au-delà de l’occasion d’affaires, les établissements répondent généralement à un besoin des milieux en ouvrant des antennes régionales, souligne Jean Bernatchez, spécialiste de l’administration scolaire à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR). Il rappelle que des étudiants s’accommodent depuis longtemps d’apprendre hors des « campus » traditionnels. Une étude a conclu en 2011 que 4,6 % des activités des universités québécoises prenaient place hors campus — y compris en téléenseignement. Cette proportion a sans doute augmenté depuis.

On est dans une mission d’accessibilité aux études, pas dans une course à la clientèle

Certains campus régionaux sont de véritables histoires à succès. Le campus de l’UQAR à Lévis — auquel est rattaché Jean Bernatchez — donne lieu à une « vie étudiante intense ». Un grand centre sportif est en voie de construction ; 60 % de l’effectif étudiant de l’UQAR est désormais à Lévis.

Magda Fusaro, rectrice de l’UQAM, compte bien faire du campus de Saint-Constant une autre belle histoire. Elle souligne que le cégep de Valleyfield prête à l’UQAM ses locaux existants dans le cadre d’un partenariat. « On est dans une mission d’accessibilité aux études, pas dans une course à la clientèle. Notre programme d’éducation à la petite enfance permettra par exemple à des femmes d’étudier en conciliant travail et famille. »

Les besoins sont immenses dans cette municipalité qui prévoit d’accueillir 1000 résidants de plus par année dans la prochaine décennie, explique le maire de Saint-Constant, Jean-Claude Boyer. « La vision de la Communauté métropolitaine de Montréal est de créer des milieux de vie, de rapprocher les services de la population. Les gens pourront étudier à Saint-Constant de la maternelle jusqu’à l’université. »

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