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En Alberta, un projet de fusion entre écoles catholiques et laïques francophones divise

Pour certains parents dont les enfants fréquentent l’école francophone catholique, la réaction ne s’est pas fait attendre. Ce projet est vécu comme une remise en cause de leurs droits d’avoir des écoles confessionnelles catholiques.
Photo: Rebecca Grabill Getty Images Pour certains parents dont les enfants fréquentent l’école francophone catholique, la réaction ne s’est pas fait attendre. Ce projet est vécu comme une remise en cause de leurs droits d’avoir des écoles confessionnelles catholiques.

Rassembler écoles publiques et catholiques sous un même toit, c’est le projet porté par un groupe de parents d’Edmonton. Ces derniers s’estiment lésés et comptent bien lutter contre cette disparité.

« L’éducation publique francophone est très sous-financée au Conseil scolaire Centre-Nord », lance l’un des parents, Marc Parisien, chercheur scientifique au service canadien des forêts.

Programmations inégales, infrastructures vétustes, c’est le lot quotidien des parents qui envoient leurs enfants dans certaines écoles publiques de ce conseil scolaire d’Edmonton. « Si tu n’as pas les mêmes services, tu n’as pas les mêmes équivalences », redoute l’une des parents d’élève Maryse Trudel qui est également avocate.
 

Le financement  entre les 12 écoles catholiques et les 7 écoles publiques du Conseil scolaire serait inégal dénoncent certains parents, « on a eu des données qui disent que 45 % des élèves qui vont dans des écoles catholiques ne sont pas baptisés, car les infrastructures de ces écoles catholiques sont plus belles », explique Vincent Bouchard, professeur de mathématiques et de statistiques à l’Université de l’Alberta.

Les problèmes d’infrastructures engendrent de la frustration et le sentiment de ne pas être entendus. « Nous louons des locaux dans une école secondaire du premier cycle, désuète, pas adaptée pour le 2e cycle », exprime Marc Parisien.

financement centralisé

Le Conseil scolaire Centre-Nord a expliqué au Devoir que le budget n’était pas divisé par école, mais était bien géré centralement.  « Le Conseil scolaire a fait et continue de faire des revendications auprès des instances gouvernementales pour le respect des droits linguistiques en matière d’éducation et en particulier pour des installations scolaires d’une équivalence réelle entre les écoles francophones et les écoles anglophones », a déclaré son directeur, Robert Lessard.

Dans un rapport remis le 28 octobre 2020 au Conseil scolaire Centre-Nord, le groupe de parents composé de Maryse Trudel, Marc Parisien et Vincent Bouchard présente un projet, visant à créer une répartition équilibrée dans le financement des écoles catholiques et laïques. « Dans le but d’unir la communauté et l’éducation francophone à Edmonton et de nous permettre d’utiliser judicieusement nos ressources sans dédoublement des coûts, et prenant compte de la composition actuelle des écoles catholiques du CSCN et du sous-financement de ses écoles publiques, nous proposons que les écoles actuelles du CSCN deviennent toutes publiques », peut-on lire. Les parents spécifient également qu’un programme de religion catholique pourrait être offert dans les écoles publiques.

Les écoles confessionnelles francophones : un droit ?

Pour certains parents dont les enfants fréquentent l’école francophone catholique, la réaction ne s’est pas fait attendre. Ce projet est vécu comme une remise en cause de leurs droits d’avoir des écoles confessionnelles catholiques.

Le conseil d’administration de l’école Joseph-Moreau a écrit une lettre dans ce sens au Conseil scolaire Centre-Nord, indiquant : « Nous sommes des partisans de l’éducation catholique et nous ne respecterons aucun plan d’action qui conduirait à la révocation de nos écoles », est-il écrit.

Dans une autre lettre adressée à Vincent Bouchard, l’un des porte-parole du projet, Nadine Morton, la présidente du Conseil de l’école catholique de Maurice-Lavallée réaffirme que les francophones en Alberta ont le droit constitutionnel d’aller à l’école catholique. « Conformément à l’article 93 de la Loi constitutionnelle de 1867 et à l’article 17 de la Loi de l’Alberta de 1905, les écoles catholiques sont accordées le droit constitutionnel d’exister en Alberta. L’article 29 de la Charte réaffirme et maintient ces droits constitutionnels accordés aux écoles catholiques, donnant à ces droits la priorité sur les droits protégés par d’autres dispositions de la Charte », avance-t-elle.

Un énoncé que Pierre Foucher, Professeur titulaire à la Faculté de droit à l’Université d’Ottawa confirme et nuance : « La Charte maintient, c’est vrai, donnant la priorité, ce n’est pas vrai, il n’y a aucun droit qui prévaut sur un autre », assure-t-il.

En attendant, le groupe de parents a reçu une aide financière du programme de contestation judiciaire à Ottawa, pour intervenir dans la cause du conseil scolaire de la Saskatchewan, Good Spirit, à la Cour Suprême du Canada. Cette cause porte sur le financement public des élèves non catholiques en Saskatchewan.

Le but des parents albertains par l’entremise de cette cause : faire valoir aussi leur perspective dans ce processus décisionnel. Une démarche où la décision de la Cour entraînerait aussi des répercussions sur la réalité albertaine.