Éducation: tirer les leçons de la crise de COVID-19

Sophie Ginoux
Collaboration spéciale
Quelles que soient les transformations auxquelles le milieu de l’éducation s’ouvrira à l’avenir, tous les enseignants s’entendent sur le fait que le meilleur système demeure celui du présentiel.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Quelles que soient les transformations auxquelles le milieu de l’éducation s’ouvrira à l’avenir, tous les enseignants s’entendent sur le fait que le meilleur système demeure celui du présentiel.

Ce texte fait partie du cahier spécial Semaine des enseignants

Bousculés depuis le printemps 2020 par des décisions ministérielles et des mesures sanitaires exigeantes, comment les enseignants se sont-ils adaptés à leur nouvelle réalité ? Et que retiendront-ils, humainement comme professionnellement, de la pandémie ? Quatre professeurs témoignent.

Désarçonnés. Voici le qualificatif qui résume bien l’état d’esprit de l’ensemble des enseignants du Québec lorsque leurs établissements ont fermé leurs portes le 13 mars 2020. Contraints depuis cette date à affronter les aléas pandémiques, ils ont dû se convertir en un temps record au système des bulles en classe, à l’école virtuelle ou hybride, ainsi qu’à de nouvelles méthodes de travail et de communication.

Une difficile transition dans certains milieux

« Nous n’étions pas prêts à tout cela. Ni nous ni nos étudiants », avoue Nathalie Tremblay, professeure de français à l’école secondaire Joseph-François Perrault, qui accueille un certain nombre d’élèves ayant des besoins particuliers. « Nous avons manqué de ressources humaines et technologiques, notamment pour nos élèves en difficulté, dispersés dans les bulles et incapables de passer en mode virtuel. »

Un constat partagé par Marie-Danielle Cyr, enseignante de chimie à l’école secondaire Marie-Anne, spécialisée dans les clientèles atypiques de 16 à 22 ans. « C’est simple, précise-t-elle, un tiers des jeunes ont décroché des cours, même si j’ai tout tenté pour les stimuler. Ces élèves ont besoin d’être encadrés et structurés en présentiel pour atteindre leurs objectifs. »

Malgré tout, les deux professeures ne nient pas que le mode virtuel, ainsi que la remise en question des pratiques traditionnelles d’enseignement peuvent être intéressants à long terme. « Je suggérerais toutefois que l’on intègre au cursus des jeunes, dès le primaire, des cours de méthodologie du travail, dit Mme Cyr. Car comment demander à des élèves de rendre des devoirs dans un fichier Word s’ils n’ont pas appris à utiliser cet outil auparavant ? Ce sont des savoirs transversaux à maîtriser bien avant le cégep. »

Positif sur toute la ligne

Si certains milieux semblent avoir souffert des effets directs de la pandémie, d’autres ont au contraire profité de cette période pour innover. C’est le cas du cégep de Sherbrooke, où Julie Dionne enseigne les mathématiques. « Je n’ai jamais vu autant de solidarité et d’entraide autour de moi ! s’exclame-t-elle. Nous avions d’immenses défis à relever, mais nous avons appris à travailler en équipe pour créer du contenu. De nombreux professeurs ont aussi partagé leurs connaissances et des vidéos sur les réseaux sociaux pour nous épauler. »

L’enseignante se réjouit également d’avoir découvert de nouvelles approches pédagogiques, comme la classe inversée, qui permet aux élèves de se familiariser avec la matière des cours avant qu’ils ne soient donnés. « J’ai commencé à envoyer à mes étudiants des vidéos et des plans détaillés, ce qui nous permet d’aborder les problèmes rencontrés en cours. C’est une approche très intéressante que je conserverai à l’avenir. »

De son côté, Pierre-Olivier Cloutier, professeur de sciences à l’école secondaire Mont-Saint-Sacrement, n’a presque que de bons mots à associer à cette situation inédite. « Pour enseigner à distance comme en format hybride, j’ai dû revoir ma manière d’enseigner, mais aussi d’évaluer mes élèves, note-t-il. Pour éviter la triche, j’ai par exemple opté pour l’enseignement en spirale, avec des retours individuels et des examens plus rapprochés. Cette rétroaction régulière est selon moi beaucoup plus efficace que les épreuves archaïques du ministère. »

L’enseignant considère aussi que la multiplication des formations pour les professeurs aura un effet des plus positifs sur leur pédagogie et, par extension, sur leurs élèves. « Ce processus va teinter durablement notre enseignement pour le mieux », pense-t-il.

Vive l’école !

Nouvelles méthodes, nouvelles plateformes, nouvelles manières de communiquer. Quelles que soient les transformations auxquelles le milieu de l’éducation s’ouvrira à l’avenir, tous les enseignants s’entendent sur le fait que le meilleur système demeure celui du présentiel. « Voir mes élèves si contents d’assister à des cours de calcul différentiel, j’ai trouvé ça extraordinaire ! dit en riant Mme Dionne. Ils se rendent compte à quel point l’interaction avec un professeur et la socialisation avec les autres élèves sont importantes pour leur apprentissage et leur développement. J’aimerais vraiment que cette excitation continue une fois la pandémie passée ! »