L'ingéniosité et le dévouement du corps enseignant

Rose Carine Henriquez
Collaboration spéciale
Avec la généralisation de l’éducation à distance, il apparaissait essentiel pour certains professeurs de sensibiliser les élèves aux spécificités des interactions virtuelles.
Image: Getty Images Avec la généralisation de l’éducation à distance, il apparaissait essentiel pour certains professeurs de sensibiliser les élèves aux spécificités des interactions virtuelles.

Ce texte fait partie du cahier spécial Semaine des enseignants

Pour Georgie Lubin, enseignante d’une classe de deuxième année à l’école primaire Saint-Benoît dans le quartier Ahuntsic, c’est une responsabilité de se donner pleinement. « C’est vrai qu’il faut que ce soit équitable pour tout le monde, mais quand tu es dans une situation où tu sais que tu peux en faire plus, je me dis que tu as un devoir de conscience professionnelle. »

Il ne s’agit pas pour autant de s’épuiser à la tâche alors que le milieu de l’éducation connaît déjà une grande fatigue depuis le début de la crise. « C’est certain qu’il faut faire attention, toujours garder un équilibre entre le travail et ce qu’on donne parce que c’est un métier qui est très demandant », prévient Caroline Houlé, enseignante en cinquième année à l’école primaire des Grands-Êtres dans Saint-Laurent.

Politesse numérique

 

Avec la généralisation de l’éducation à distance, il apparaissait essentiel pour Mme Houlé de sensibiliser ses élèves aux spécificités des interactions virtuelles. D’autant plus que ses collègues et elle rencontraient des défis similaires. « On vit dans un monde entouré de technologies et, pour moi, c’était très important de leur faire comprendre que, sur le Web, il y a une éthique », explique Mme Houlé.

Ils ont donc conçu une vidéo éducative et ludique qui illustre les bons comportements et ceux à proscrire à l’écran. On peut y voir les apprentis acteurs incarner par exemple l’enfant qui ne ferme pas son micro ou celui qui interrompt quelqu’un pour parler d’autre chose. « On voulait que nos élèves puissent se reconnaître à travers notre petit sketch et pouvoir mieux comprendre l’importance de bien se comporter à l’écran. »

D’ailleurs, lors de la rentrée de septembre, la professeure a inclus dans son programme ces compétences technologiques, y compris la nétiquette filmée. « En modélisant très clairement ce qu’on pouvait faire sur les différentes plateformes, en donnant des devoirs à la maison, ça m’a permis de les préparer. » Donc, lorsque les écoles ont basculé vers l’enseignement à distance pour quelques jours en décembre, les enfants étaient mieux préparés qu’en mars dernier.

Maintenir l’éveil

De son côté, Mme Lubin a mis ses connaissances en robotique — acquises lors d’une formation offerte par le Centre de services scolaire de Montréal — au service d’un groupe composé de quatre filles et de quatre garçons, en juillet dernier, durant ses vacances. « Je n’avais pas eu le temps d’exploiter ce que j’avais appris, raconte-t-elle. Donc, je voulais leur faire profiter de ce cadeau et leur donner la possibilité d’agir ensuite comme des leaders, des mini-professeurs pour leurs camarades. »

Durant un mois, à raison de deux fois par semaine, ils ont exploré ensemble les dessous de la programmation avec des ensembles de robotique WeDo 2.0 composés de Lego. Pour la pédagogue, cette discipline est tout à fait pertinente pour enseigner le français, les mathématiques, les sciences ou encore l’ECR [éthique et culture religieuse]. « Avec des robots, c’est ludique et plaisant tout en étant très formateur, explique-t-elle. Ça fait aussi partie de l’avenir. Les jeunes réinventent les métiers d’autrefois, ils les façonnent au goût du jour. »

À l’école primaire de la Petite-Bourgogne, située dans le sud-ouest de Montréal, l’orthopédagogue Nathalie Bernard mélange l’apprentissage et le ludisme. Juste avant les vacances des Fêtes, les 17 et 18 décembre derniers, la professeure spécialisée a organisé une séance de lecture réconfortante en ligne, accompagnée d’une dégustation de chocolat chaud (offert en cadeau).

Ce moment d’échange, débarrassé d’un cadre scolaire, remplit quand même son rôle d’éducation selon l’orthopédagogue. « On sait que la lecture, c’est la base de tout, mais elle est souvent difficile pour mes élèves, qui sont principalement allophones et évoluent dans des milieux défavorisés, déclare-t-elle. Mon but, c’est de toujours maintenir la motivation pour qu’ils ne se découragent pas. »

Changer les choses

 

Même si Mme Bernard a l’impression de n’avoir rien fait d’extraordinaire, son initiative a quand même fait une quarantaine d’heureux. « Voir les étoiles dans les yeux des enfants quand on fait ces activités, ça n’a pas de prix, assure-t-elle. C’est un peu cliché de dire ça, mais voir le sourire des élèves, c’est la plus grande récompense que je peux avoir dans mon travail. »

Consciente de l’influence, positive ou négative, que le corps enseignant exerce sur les jeunes apprenants, Caroline Houlé insiste sur l’importance de s’investir. « Il s’agit d’humains, et mon objectif est de les prendre là où ils sont, de les faire grandir et de les mener le plus loin possible. » À voir leur évolution, elle ne pouvait que partager sa fierté.

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