Un contact humain à domicile pour des élèves en classe virtuelle

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
Les finissants de l’école John-F.-Kennedy ont eu droit à une cérémonie de remise de diplôme à domicile.
Jean-Hughes Bonin Les finissants de l’école John-F.-Kennedy ont eu droit à une cérémonie de remise de diplôme à domicile.

Ce texte fait partie du cahier spécial Semaine des enseignants

Si plusieurs élèves trouvent les classes virtuelles ennuyantes, le contact humain manque également à plusieurs professeurs. Certains mettent en place des initiatives personnalisées afin de souligner les efforts de leurs élèves, en allant leur rendre visite à domicile.

C'est le cas du personnel de l’école spécialisée John-F.-Kennedy, à Beaconsfield, qui accueille des jeunes âgés de 4 à 21 ans avec un diagnostic de trouble du spectre de l’autisme associé à une déficience intellectuelle. En juin dernier, les six finissants ont eu droit à une cérémonie de remise de diplôme tout en musique.

Les élèves ont tous reçu la visite de leurs enseignants et d’employés de l’école, qui ont débarqué devant leur demeure à bord d’un autobus scolaire « festif ». « On arrivait dans les fenêtres en faisant les fous », raconte Élizabeth Arie, musicothérapeute à l’établissement spécialisé.

Concert musical donné par les musicothérapeutes de l’école, chansons diffusées sur une chaîne stéréo, montage vidéo résumant leur parcours scolaire, plusieurs efforts ont été déployés pour ces cérémonies. « C’était une fête, un party et un hommage avec des cadeaux, un diplôme », raconte Olivier Beauchamp, qui enseigne de son côté en éducation physique.

Des visites à domicile ont également été faites par les enseignants de la maternelle de l’école Marie-Favery, dans le quartier Villeray à Montréal, pour le temps des Fêtes. « On a fabriqué et personnalisé des cahiers à colorier avec le nom de chaque enfant sur la couverture, avec des autocollants de Noël et des dessins hivernaux à l’intérieur », raconte Maude Lévesque-Veillet, qui a participé à l’initiative.

Avec d’autres surprises en main, les enseignants se sont rendus à pied chez tous les écoliers pour les leur remettre en personne. « Les enfants ne savaient pas qu’on s’en venait. Le bref moment où ils se disent : “Mais qu’est-ce que ma prof fait sur mon perron ?” c’était drôle, et ça a fait rire tout le monde », dit-elle.

Apprendre et souligner les efforts

Après plusieurs mois à enseigner à ses élèves de la maternelle en visioconférence au printemps dernier, Caroline Desautels a terminé son année scolaire en se rendant chez eux afin de leur apprendre une lettre de l’alphabet en leur racontant une histoire. « On a un document pour la conscience phonologique et l’alphabet, Raconte-moi les sons. On y apprend les lettres et il y a une lettre par histoire », précise celle qui travaillait alors à l’école Sainte-Geneviève Ouest.

« J’ai demandé à ma direction si c’était possible d’aller lire la dernière lettre de l’alphabet, qu’on avait vu ensemble. C’était pour faire un suivi, boucler la boucle, et me promener de maison en maison en restant à l’extérieur », raconte-t-elle.

Lors de ses visites, l’enseignante a également apporté avec elle un tableau blanc sur lequel les enfants ont pu pratiquer leur calligraphie, comme s’ils étaient en classe. « C’était la lettre de l’alphabet pour terminer l’année en se voyant pour vrai », dit celle qui a profité de l’occasion pour leur souhaiter la meilleure des chances pour leur entrée en première année.

Valérie Belleau, qui enseigne en 5e année au même établissement, a tenu de son côté à souligner les progrès effectués par ses élèves au cours de leurs apprentissages.

Chaque rentrée, elle demande à ses élèves de faire l’exercice de lui rédiger une lettre. « Ils me parlent d’eux, de ce qu’ils aiment ou non. Et je leur dis toujours de faire de leur mieux en ce qui concerne leur orthographe », explique Mme Belleau. La professeure a instauré la tradition de la leur faire relire en juin pour qu’ils constatent les progrès qu’ils ont réalisés.

Et l’année dernière, le rituel s’est transporté à domicile. « J’arrivais et je sonnais, je déposais par terre la lettre qu’ils m’avaient écrite en début d’année, avec un petit cadeau. Je leur avais imprimé des signets de lecture avec un message derrière et je leur laissais ça à la porte », raconte l’enseignante.

« Les enfants ont tendance à ne pas remarquer le fruit de leurs efforts. Et le fait de recevoir cette lettre, ça leur donne toujours un petit choc de voir à quel point ils se sont effectivement beaucoup améliorés pendant l’année », poursuit-elle.

Mme Belleau a ensuite immortalisé ce début des vacances avec un égoportrait en compagnie de chacun de ses élèves, tout en s’assurant de maintenir une distance de deux mètres.

Un accueil chaleureux

Les professeurs s’entendent pour dire que les élèves, tout comme leurs parents, se sont réjouis d’une telle visite à domicile.

« Ils sont très contents du contact qui vient avec ça, parce que, le contexte étant très virtuel, là, au moins, il y avait ce petit côté humain », a constaté Mme Lévesque-Veillet.

« C’est sûr qu’ils avaient le goût de me faire un énorme câlin. Mais comme on ne pouvait pas s’en faire, les parents prenaient beaucoup de photos où on se tenait loin avec nos masques, raconte quant à elle Mme Desautels. Ils étaient contents et trouvaient que c’était un beau geste de se voir une dernière fois. Ça terminait bien l’année. » Elle n’exclut d’ailleurs pas l’idée de récidiver cette année, si les écoles en venaient à fermer leurs portes de nouveau.

De son côté, Mme Arie souligne la « magie unique » de la remise des diplômes. « C’est d’ailleurs aussi important pour les élèves que pour les parents. Ceux qui sont derrière ces élèves méritent autant d’avoir droit à ce genre de moments uniques pour eux », affirme-t-elle.

Et quand il s’agit de souligner leurs efforts pour faire sourire leurs élèves, plusieurs professeurs estiment que cela fait simplement partie de leur métier. « Je ne suis pas spéciale d’avoir fait ça, il y a quand même plusieurs enseignants qui l’ont fait. C’était important pour plusieurs profs d’aller dire au revoir à leurs élèves en face », estime Mme Belleau.

Selon elle, terminer l’année « en pesant sur un bouton » était un « non-sens ». « On fait le métier d’enseignant parce qu’on aime travailler avec des humains. »

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