Ras-le-bol dans le réseau scolaire

L’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal, qui représente 9000 enseignants, réclame la démission du ministre de l’Éducation à cause des conditions de travail difficiles depuis le début de la pandémie, il y a 11 mois.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal, qui représente 9000 enseignants, réclame la démission du ministre de l’Éducation à cause des conditions de travail difficiles depuis le début de la pandémie, il y a 11 mois.

Le milieu de l’éducation et de l’enseignement supérieur est sous pression. Exaspérés par les difficultés liées à la pandémie et par la lenteur des négociations avec Québec en vue de renouveler les contrats de travail, des syndicats ont commencé à voter des mandats de grève. Un syndicat d’enseignants de Montréal réclame même la démission du ministre Jean-François Roberge.

Loin de se résorber, la « fatigue COVID » semble prendre de l’ampleur dans le réseau, tandis que s’amorce la deuxième moitié de l’année scolaire. L’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal, qui représente 9000 enseignants, réclame ainsi la démission du ministre de l’Éducation à cause des conditions de travail difficiles depuis le début de la pandémie, il y a 11 mois.

Ce cri du cœur est venu des enseignants eux-mêmes, et non des dirigeants du syndicat, explique Catherine Beauvais St-Pierre, présidente de l’Alliance. « Nos membres nous ont dit : “On n’en peut plus, on veut que le ministre parte” », dit-elle.

L’Alliance a adressé mardi une série de revendications au ministre Roberge, au Centre de services scolaire de Montréal, ainsi qu’au directeur national de santé publique (et à la direction régionale de Montréal). Les demandes visent entre autres la ventilation des locaux, le dépistage systématique des infections, la vaccination, l’école à distance sur demande (pour réduire le nombre d’élèves en classe) et des balises pour la fermeture des écoles en cas d’éclosion.

Lors d’un événement mardi, le ministre Jean-François Roberge a rejeté la demande syndicale, qu’il a qualifiée de « classique » lors de négociations. « Je sens que les gens sont parfois fatigués de toutes ces contraintes sanitaires, mais je sens aussi qu’ils ont hâte de conclure une entente », a fait valoir le ministre de l’Éducation.

M. Roberge a dit être convaincu que les mesures en place protègent la santé des élèves et du personnel. Il estime aussi avoir la confiance de la majorité des enseignants.

Impatience

Les professeurs ne sont pas rassurés par les belles paroles du ministre, rétorque Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ). Elle estime toutefois qu’il n’est pas le seul responsable de « l’instabilité en éducation ». Josée Scalabrini montre du doigt la « lourdeur » de la machine administrative du ministère de l’Éducation. Elle note aussi que le ministre Roberge s’est fait imposer des décisions par le premier ministre Legault et par le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, depuis le début de la pandémie.

Les négociations sur les conditions de travail, qui stagnent depuis un an, démontrent clairement que le manque de volonté politique vient des plus hauts échelons du gouvernement, affirme Josée Scalabrini. L’impatience gagne les rangs de la FSE, qui a commencé à son tour, la semaine dernière, à discuter de mandats de grève.

Autre symptôme de la lenteur de l’appareil gouvernemental, les partis de l’opposition soulignent que 220 millions de dollars mis à la disposition du ministère de l’Éducation par Ottawa, pour des ajustements dus à la pandémie, n’ont toujours pas été dépensés, selon une étude du Centre canadien de politiques alternatives.

« Ce ne sont pourtant pas les besoins urgents qui manquent », dit la députée libérale Marwah Rizqy. Ces fonds pourraient servir à installer des capteurs de CO2 et des purificateurs d’air dans les classes mal ventilées, selon elle.

La députée libérale et ses collègues Christine Labrie, de Québec solidaire, et Véronique Hivon, du Parti québécois, soulignent que trois initiatives annoncées au début du mois de janvier par le ministre Roberge restent en suspens : le programme de tutorat pour les élèves en difficulté, le guide sur les savoirs essentiels à prioriser en classe et les changements à la pondération des bulletins, qui demeurent à préciser.

« On sent que le ministre a fait ces annonces pour baisser la pression, mais les volontaires qui souhaitent faire du tutorat ne peuvent même pas poser leur candidature, la plateforme de recrutement n’étant pas prête, dit Véronique Hivon. Ça ajoute au sentiment de perte de confiance. »  

Grogne au collégial

L’impatience devant le peu de résultats à la table de négociation gagne aussi le réseau collégial. La vaste majorité des syndicats de profs de cégep, de personnel de soutien et de professionnels du réseau collégial affiliés à la CSQ ont voté pour des mandats de grève de cinq jours à déclencher au moment jugé opportun. Les enseignants de cégep affiliés à la CSN ont pour leur part entamé des discussions sur « l’intensification des moyens de pression », incluant de possibles de votes de grève, indique-t-on au Devoir.

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