Publications savantes en libre accès à l’UdeM

L’Université de Montréal a mis en place une procédure qui encourage ses chercheurs à publier leurs travaux en libre accès sur la plateforme Papyrus, déjà utilisée à l’UdeM.
Photo: Getty Images L’Université de Montréal a mis en place une procédure qui encourage ses chercheurs à publier leurs travaux en libre accès sur la plateforme Papyrus, déjà utilisée à l’UdeM.

Pour lutter contre l’hégémonie des géants de l’édition savante, l’Université de Montréal (UdeM) s’est dotée d’une politique qui encourage ses chercheurs à publier leurs travaux en libre accès sur une plateforme numérique de l’établissement. Il s’agit d’une façon de faire contrepoids aux grands éditeurs scientifiques, qui freinent l’accès au savoir avec des tarifs d’abonnement jugés « exorbitants ».

« Il faut que la recherche universitaire, qui est financée par les fonds publics, soit accessible au grand public et aux autres chercheurs », fait valoir Vincent Larivière, professeur à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’UdeM.

Ce spécialiste de l’industrie de l’édition scientifique a participé à la mise en place de la nouvelle politique de l’UdeM sur l’accès aux publications savantes. Cette politique a été adoptée en raison des pratiques commerciales extrêmement controversées des éditeurs de revues savantes : les coûts d’abonnement aux périodiques scientifiques ont explosé depuis une quinzaine d’années, au point où certaines bibliothèques universitaires manquent d’argent pour acheter des livres.

Les cinq plus grands éditeurs scientifiques — les groupes Elsevier, Springer Nature, John Wiley & Sons, Taylor & Francis et SAGE Publishing —, qui publient plus de la moitié des articles savants dans le monde, accaparent entre 70 % et 80 % des budgets d’acquisition des bibliothèques, rappelle Vincent Larivière.

Il faut que la recherche universitaire, qui est financée par les fonds publics, soit accessible au grand public et aux autres chercheurs

 

Résultats : les articles scientifiques publiés dans des revues prestigieuses comme Nature ou The American Journal of Medicine sont peu accessibles au grand public. Même des professionnels, comme des médecins, peuvent difficilement suivre les dernières découvertes essentielles à leur pratique, faute d’accès aux articles scientifiques.

Pour freiner cette tendance, l’Université de Montréal a mis en place une procédure qui encourage ses chercheurs à publier leurs travaux en libre accès sur la plateforme Papyrus, déjà utilisée à l’UdeM.

« Avec cette nouvelle politique, nous allons beaucoup plus loin que toutes les autres universités canadiennes. Aucune université du pays n’a adopté une politique avec autant de mordant », fait valoir Geneviève O’Meara, porte-parole de l’UdeM.

C’est tout un défi de favoriser la libre diffusion des articles savants, explique le professeur Vincent Larivière, parce que les grands éditeurs mettent en place toutes sortes de stratégies dans l’espoir de garder le monopole des publications scientifiques.

Certaines revues savantes interdisent ainsi à leurs auteurs de diffuser leurs articles sur une autre plateforme en libre accès. D’autres imposent un embargo de 12 mois avant de permettre la diffusion d’un texte en libre accès. D’autres encore imposent des frais allant jusqu’à 8000 $ à leurs auteurs qui veulent que leurs articles soient en libre accès. Les chercheurs paient ces frais à même les fonds de recherche qu’ils obtiennent des gouvernements, ce qui détourne la vocation du financement public.

Rapport de force

Les professeurs et les chercheurs de l’UdeM « garderont la liberté totale de publier leurs articles dans la publication de leur choix », explique Vincent Larivière. « On souhaite que la politique [sur le libre accès] mène à une sensibilisation des chercheurs. S’ils réalisent qu’une revue demande 8000 $ pour le libre accès ou bien ne permet pas le dépôt dans [la plateforme] Papyrus, j’ose espérer qu’ils vont soumettre leur article à une autre revue que celle-là. On veut qu’il y ait davantage de libre accès, mais c’est aussi une façon de rééquilibrer le rapport de force avec les éditeurs commerciaux », dit-il.

La recherche universitaire est financée en bonne partie par trois organismes fédéraux : le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) et les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Ces trois organisations exigent que les chercheurs financés diffusent leurs travaux en libre accès, mais elles « ne font à peu près pas de suivi » pour vérifier le respect de leurs directives, déplore Vincent Larivière.

« En ayant cette politique sur le libre accès, on s’assure que l’UdeM répond aux critères des organismes subventionnaires, ajoute le professeur. C’est quand même assez important : s’ils sont financés par les organismes subventionnaires fédéraux, les chercheurs ont l’obligation contractuelle de déposer [leurs résultats] en libre accès. »

Vincent Larivière rappelle que les États-Unis et l’Europe mènent des campagnes dynamiques pour favoriser le libre accès aux publications savantes. Le Canada a pris du retard en cette matière.

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