Concordia souhaite pérenniser les bonnes pratiques nées de la pandémie

Marie Pâris Collaboration spéciale
Si certains professeurs de l’Université Concordia restent réfractaires au virage numérique, la plupart se sont pris au jeu, y voyant même de nombreux avantages.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Si certains professeurs de l’Université Concordia restent réfractaires au virage numérique, la plupart se sont pris au jeu, y voyant même de nombreux avantages.

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

Situés au centre-ville de Montréal, les bâtiments principaux de l’Université Concordia forment un campus vertical. Prendre l’ascenseur est donc nécessaire pour accéder à presque toutes les salles de classe. « Cet aspect physique, entre autres, nous a forcés à faire la grande majorité de nos cours à distance », explique Anne Whitelaw, vice-rectrice principale aux affaires académiques. En ces temps de pandémie, les cours en présentiel se limitent aux activités de laboratoire, et les cours de beaux-arts en studio se font sur la base du volontariat.

Bref, l’Université s’est mise en ligne dès les débuts de la COVID-19, et la vice-rectrice en est bien contente : « Quand les restrictions ont été resserrées à l’automne, on n’a pas eu à changer la manière de donner les cours. Car c’est dur pour les étudiants d’avoir un cours en présentiel puis de se virer de bord et de le faire ensuite à distance… » L’Université a mis en place des ateliers et du soutien en ligne pour guider les professeurs dans cette nouvelle forme d’enseignement.

Finalement, même si certains professeurs restent réfractaires au numérique, la plupart se sont pris au jeu, y voyant même de nombreux avantages. « À la fin du premier semestre, plusieurs professeurs nous ont dit qu’ils voulaient intégrer plus de formation à distance dans leurs cours, raconte Anne Whitelaw. Il y a d’autres manières d’enseigner — et qui marchent mieux avec les étudiants — que celle du professeur qui se met en avant de la classe et parle pendant trois heures. Et ça, ce sont des profs qui le disent ! »

Moins d’étudiants étrangers, plus de locaux

Cette année, les journées portes ouvertes de l’Université ont également eu lieu en ligne. L’événement rassemblait auparavant surtout des gens du Québec et d’Ontario, mais Concordia a reçu cette fois bien plus de visiteurs, issus d’une centaine de pays différents. « On a pu être beaucoup plus accessible, s’enthousiasme la vice-rectrice. Comme on veut accueillir les étudiants internationaux, ces portes ouvertes étaient vraiment une belle occasion de voir des personnes habitant loin. »

Cette rentrée a pourtant vu une baisse du nombre d’étudiants internationaux à cause de la fermeture des frontières, notamment à la maîtrise professionnelle en génie et à la maîtrise en administration des affaires. La direction a par ailleurs demandé aux professeurs d’enregistrer leurs cours afin de permettre aux élèves étrangers de suivre les enseignements depuis chez eux malgré les décalages horaires.

Il y a d’autres manières d’enseigner — et qui marchent mieux avec les étudiants — que celle du professeur qui se met en avant de la classe et parle pendant trois heures. Et ça, ce sont des profs qui le disent !

 

Par contre, Anne Whitelaw a noté une hausse du nombre d’étudiants québécois et canadiens inscrits au doctorat. « On a poussé le recrutement local, à cause des difficultés que connaissaient les étrangers avec les restrictions d’immigration », explique-t-elle. Finalement, même si la direction craignait une forte baisse, les inscriptions sont dans l’ensemble restées stables.

Se parler

Et puis il y a l’aspect social de l’université, qui joue un rôle important pour les étudiants — et qui manque cruellement quand on suit des cours à distance. La direction a compris qu’en perdant le quotidien sur le campus, ils perdaient aussi ces petites conversations en coulisses qui tissent la vie de l’université, avec les étudiants comme avec les professeurs. Dorénavant, la vice-rectrice organise une rencontre avec les directeurs de département une fois par mois. « Je trouve ça très enrichissant. C’est en se parlant qu’on fait des changements profonds », affirme-t-elle.

L’équipe de Concordia a ainsi concentré ses efforts pour créer des occasions de rencontre. Un programme pilote, Home Room, a notamment été développé : dans cette classe virtuelle gérée par le doyen des étudiants, un petit groupe d’une vingtaine d’étudiants se rencontre chaque semaine. « C’est une occasion pour eux, notamment les élèves de premier cycle, d’avoir des conversations, de parler de leur expérience universitaire ou d’échanger des conseils, décrit Anne Whitelaw. Ça a vraiment bien marché alors je pense qu’on va l’étendre à l’année prochaine. On le continuera en présentiel mais aussi en ligne ; on a remarqué que les étudiants timides se sentent plus à l’aise dans ces rencontres virtuelles. »

Forte de ces expériences positives, la vice-rectrice veut prendre les bonnes pratiques nées de cette période de pandémie et les installer de façon permanente. Elle entend notamment garder des activités à distance à l’avenir ; cette fois non pas comme un plan B, mais en les intégrant vraiment à la vie universitaire.