«On a tous besoin d’avoir des “coachs” plus avancés que nous»

Marie Pâris Collaboration spéciale
Au-delà du cadre scolaire, le mentorat permet aussi d’apporter du soutien moral et personnel aux étudiants.
Photo: Getty Images Au-delà du cadre scolaire, le mentorat permet aussi d’apporter du soutien moral et personnel aux étudiants.

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

HEC Montréal dévoile en ce Mois du mentorat un nouveau programme, intégré à l’année préparatoire au baccalauréat. Cette initiative propose aux nouveaux étudiants un accompagnement scolaire, mais aussi culturel et personnel.

Karine Deshayes associe depuis plusieurs années des mentors à certains de ses plus jeunes étudiants, pour lesquels cela pourrait être bénéfique. Pour cette rentrée en contexte de pandémie, la professeure de HEC a systématisé l’initiative à tous les élèves de l’année préparatoire. Ce programme d’accompagnement permet notamment à l’étudiant d’apprendre à s’orienter et de comprendre les attentes de l’université. Pour ces étudiants en majorité étrangers, c’est aussi une aide à l’intégration culturelle. « La façon d’étudier en Amérique du Nord est différente, en particulier à HEC, et souvent les nouveaux arrivés ne connaissent pas les ressources à leur disposition, indique Élisa-Maria Lutic, l’une des mentors. On fait donc l’intermédiaire. »

L’autre volet du mentorat, c’est le partage de réseau. Dans son cours, où elle travaille les habiletés de réseautage, Karine Deshayes a demandé aux étudiants de mobiliser leur mentor pour découvrir le réseau naturel de HEC. « Ça fait trois ans que je suis là, donc je connais des camarades dans beaucoup de branches, souligne Élisa-Maria Lutic, qui s’est fait questionner par ses protégés au sujet des différents parcours offerts à l’école. Si ma mentorée dit qu’elle veut aller en finances, je peux lui recommander des personnes dans cette spécialisation. »

Au-delà du cadre scolaire, le mentorat permet aussi d’apporter du soutien moral et personnel. « Quand on a un petit coup de blues et qu’on ne sait plus comment se motiver, par exemple, illustre Karine Deshayes. Une des étudiantes a également aidé son mentoré, qui trouvait le coût de la vie trop élevé, en lui donnant ses bonnes adresses pour faire l’épicerie. Il y a de belles histoires d’amitié qui se créent dans ce programme. »

Lutter contre l’isolement et le décrochage

Karine Deshayes a recruté cette année une centaine de mentors volontaires, chacun parrainant en moyenne trois étudiants. « On a demandé aux étudiants de nous envoyer une vidéo de présentation, et on a essayé de matcher les personnalités », raconte la coordonnatrice. Les mentors ont ensuite suivi une formation pour apprendre à déceler la détresse chez les étudiants et à les guider dans des situations problématiques — « si un mentoré est vraiment en difficulté, on n’est pas censés jouer le rôle de psychologue, mais plutôt le diriger vers la bonne personne », illustre Élisa-Maria Lutic.

Le mentorat aide à sentir qu’il y a quelqu’un qui s’intéresse à ce qu’on fait et au fait qu’on avance. Et c’est important en ce moment, car on est tous très seuls.

 

La professeure communique régulièrement avec ses mentors pour leur donner des objectifs et des pistes, mais, à part quelques activités ciblées et une première prise de contact imposée, l’accompagnement se fait à leur discrétion : à eux de choisir leur approche et leur implication. Pour sa part, Élisa-Maria Lutic essaie d’envoyer un message à ses mentorés au moins une fois par semaine. « On a sondé les mentorés et la réponse est extrêmement positive, note la coordonnatrice. Le mentor est devenu une personne importante dans leur processus d’intégration. »

La plupart des étudiants inscrits au programme suivent leurs cours cette année depuis l’étranger, la pandémie ayant reporté leur installation à Montréal. Une situation qui a fait craindre à Karine Deshayes un taux important d’isolement et de décrochage : « Ce n’est pas facile d’étudier de chez soi, et encore moins quand on ne connaît pas le Québec et le système d’éducation. Certains rêvent depuis des années de venir à Montréal, donc on voulait rendre vivant ce rêve pour les étudiants qui doivent rester dans leur chambre universitaire, ou chez leurs parents à l’autre bout du monde. »

La professeure considère ainsi le mentorat comme un moyen de faire de la prévention et de faire en sorte que chaque étudiant soit accompagné par une personne-ressource. « Ce soutien est encore plus pertinent avec la pandémie, ajoute Élisa-Maria Lutic. Le mentorat aide à sentir qu’il y a quelqu’un qui s’intéresse à ce qu’on fait et au fait qu’on avance. Et c’est important en ce moment, car on est tous très seuls. »

Développer des compétences

Les mentors ont été créatifs, inventant des activités en ligne et produisant des vidéos pour faire découvrir à distance la vie à Montréal et à HEC. « La vie étudiante étant quasi inexistante en ce moment, ces activités ont eu un effet bénéfique pour eux aussi, qui ont l’habitude de s’impliquer dans plein de projets. C’est un bel effet secondaire… » confie Karine Deshayes. Élisa-Maria Lutic pense que le mentorat est aussi une façon d’avoir une autre perspective sur l’année préparatoire ; ses mentorés ont en effet des réalités différentes, notamment celle qui habite au Sénégal et vit le décalage horaire et culturel.

Pour la professeure, qui travaille notamment dans ses cours le développement des compétences de gestion, le programme est un bon prétexte pour travailler l’empathie, la bienveillance et l’intelligence émotionnelle. « Le marché du travail bouge beaucoup, et ces jeunes vont devoir s’adapter et travailler dans un monde incertain, souligne l’enseignante. Ils vont donc avoir besoin d’être solidaires et de collaborer. »

Jusqu’à maintenant, le taux de décrochage est minime, et le programme commence à « faire beaucoup de bruit » à l’intérieur de l’école. À l’avenir, Karine Deshayes veut le systématiser, pandémie ou pas, et le lier encore plus aux cours. « Je crois beaucoup au mentorat pour avancer dans une carrière, car on a tous besoin d’avoir des coachs plus avancés que nous, conclut la professeure. C’est bon durant les études, mais aussi sur le marché du travail. »