Des enseignants heureux, mais inquiets du retour en classe

Le dossier de la ventilation dans les écoles sera à surveiller de près, selon Olivier Drouin, pédiatre et chercheur clinicien au CHU Sainte-Justine
Martin Rickett Associated Press Le dossier de la ventilation dans les écoles sera à surveiller de près, selon Olivier Drouin, pédiatre et chercheur clinicien au CHU Sainte-Justine

La majorité des enseignants du primaire sont impatients de retrouver leurs élèves, lundi, et de laisser de côté les cours à distance. Certains s’inquiètent toutefois pour leur sécurité et craignent que le retour en classe augmente le nombre de cas quotidien de COVID-19, qui bat déjà des records ces derniers jours au Québec.

« Je suis très contente de retourner en classe ! J’ai besoin d’être en contact avec mes élèves pour mieux faire mon travail. Plus ils sont jeunes, plus l’enseignement à distance n’est pas très efficace. J’ai beau être à l’aise avec la technologie, c’est difficile de garder leur attention et de ne pas être à proximité d’eux pour les aider », confie Christelle Adam, enseignante dans une classe de 2e année à l’école primaire des Mésanges à Deux-Montagnes.

Même si la propagation du virus s’est accélérée depuis les Fêtes de fin d’année, au point d’atteindre 3127 nouvelles contaminations samedi, l’enseignante se dit rassurée par les nombreuses mesures sanitaires mises en place dans son école. « Ça va peut-être aggraver la situation, mais je crois quand même que c’est mieux pour les élèves de retourner en classe. »

Nadine Desjardins se montre plus partagée à l’idée de regagner sa classe de 2e année, à l’école Guy-Drummond à Outremont. « D’un côté, je suis très contente parce que je ne peux pas faire aussi bien mon travail à distance et c’est mieux pour les petits, explique-t-elle. D’un autre côté, le risque zéro n’existe pas. On a beau se laver les mains et porter un masque, on reste exposés. Aller travailler dans ce contexte, c’est accepter de risquer de l’attraper. Mais c’est la vie et il y a des travailleurs encore plus exposés, dans le milieu de la santé par exemple. »

Bien que le matériel utilisé et les habitudes adoptées pour protéger le personnel et les élèves aient bien fonctionné jusqu’ici — aucune classe de son école n’a dû fermer cet automne —, Nadine Desjardins est persuadée que le retour en classe va augmenter le nombre de contaminations dans la société dans les prochaines semaines. « C’est assez inévitable. Je ne serais pas étonnée que le gouvernement change d’avis et qu’on ferme à nouveau les écoles. On doit s’y préparer, en tout cas », croit-elle.

Claude aurait préféré quant à elle rester quelques semaines de plus en télétravail. Si elle considère aussi que l’école à distance n’est pas idéale avec de jeunes enfants, cette enseignante appréhende le retour en classe. « Avec l’augmentation des cas pendant les Fêtes, je suis stressée d’y retourner. Je me sens sacrifiée. Comme un soldat qu’on envoie au combat pendant qu’on demande au reste de la population de travailler de la maison », confie cette enseignante de la région de Montréal qui a préféré taire son nom de famille par crainte de représailles de son employeur.

Sa classe de 4e année a déjà dû fermer cet automne en raison d’une éclosion de COVID-19. Elle craint que cela ne se reproduise, mais que, cette fois, elle contracte le virus et que « ça vire mal ».

« Ne devrait-on pas donner un bon coup quelques semaines, tout stopper pour vrai et attendre que la situation s’améliore avant de rouvrir les écoles ? J’ai l’impression qu’on fait juste prolonger la pandémie en ce moment », s’inquiète l’enseignante.

Appel à la vigilance

En conférence de presse dimanche matin, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) — qui compte 120 000 membres dans le réseau de l’éducation — a demandé au gouvernement d’être « très vigilant » pour assurer la santé et la sécurité du personnel en éducation. Sa présidente, Sonia Ethier, presse surtout Québec de poursuivre sa réflexion au sujet des purificateurs d’air dans les écoles, même si la Santé publique ne recommande pas leur installation pour le moment.

« Rappelons qu’au printemps, le gouvernement prétendait que les masques n’étaient pas nécessaires, et maintenant, on est rendus aux masques de procédure. On a eu raison d’insister auprès du gouvernement », note-t-elle.

Pour le Dr Olivier Drouin, pédiatre et chercheur clinicien au CHU Sainte-Justine, le dossier de la ventilation sera en effet à surveiller de près. Il estime néanmoins qu’il était nécessaire de rouvrir les écoles.

« Pour les enfants au primaire, l’école à la maison, c’est très difficile. Ils ne sont pas assez autonomes et souffrent d’isolement social. C’est encore plus difficile pour ceux venant de milieux défavorisés ou ayant des difficultés d’apprentissage. Sans parler des adolescents au secondaire, qui sont très fragiles côté santé mentale. Ils ne se retrouvent pas en soins intensifs avec la COVID-19, mais ça ne va pas bien pour autant », note le pédiatre.

Il fait aussi remarquer que les éclosions dans les écoles sont de petites tailles puisque les enfants de moins de 10 ans ne sont pas de grands vecteurs de transmission du virus. « Fermer les écoles ne va pas diminuer les cas. Il faut plutôt regarder du côté des comportements adultes, c’est là qu’il faut agir », insiste le Dr Drouin.

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