Des parents redoutent un deuxième confinement

L’Association des pédiatres du Québec plaide d’ailleurs pour le retour en classe des élèves le 11 janvier, tout comme le maintien des services de garde pour tous.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’Association des pédiatres du Québec plaide d’ailleurs pour le retour en classe des élèves le 11 janvier, tout comme le maintien des services de garde pour tous.

Travailler avec un bébé sur les genoux. Gérer le temps d’écran de ses jeunes enfants en réglant des dossiers du bureau. Bien des parents craignent de revivre le cauchemar du confinement du printemps dernier. L’Association des pédiatres du Québec plaide d’ailleurs pour le retour en classe des élèves le 11 janvier, tout comme le maintien des services de garde pour tous.

Si le gouvernement Legault annonce mercredi un confinement généralisé, Raphaëlle D’Amour ne sait pas comment elle va y arriver. Cette mère monoparentale élève seule son enfant de 19 mois. Elle travaille à temps plein en comptabilité. « On dit que les patrons doivent être conciliants, dit-elle. Oui, mais on a des choses à rendre. Je fais les payes des gens. »

Au printemps dernier, Raphaëlle D’Amour a travaillé tous les soirs jusqu’à 23 h ou minuit pour parvenir à compléter ses tâches et s’occuper de son enfant. « Lorsque je travaille à la maison, je ne suis pas en train de stimuler mon enfant, dit-elle. Je suis en train de le contrôler pour me concentrer à l’ordinateur. C’est très culpabilisant pour un parent. »

La situation est aussi « difficile » pour son garçon. « Il adore aller à la garderie, dit Raphaëlle D’Amour. Il joue avec ses amis, il apprend, il se développe. » Elle envisage d’embaucher une gardienne à la maison, si le gouvernement le permet. « Je suis privilégiée de penser pouvoir me payer une gardienne », dit-elle.

Raphaëlle D’Amour souhaite que Québec permette aux enfants de fréquenter les centres de la petite enfance et les garderies durant un futur confinement. « Je suis totalement d’accord avec des mesures plus strictes, dit-elle. Par contre, les garderies ne sont pas des vecteurs de transmission. »

Karine (prénom fictif), mère de deux enfants, croit aussi qu’il est « essentiel » de garder les services de garde ouverts. « Ça va sauver nos vies à nous, dit-elle. Et ça fait mal au cœur de voir nos enfants avec des tablettes. »

Karine est finissante en soins infirmiers dans un cégep montréalais. Elle devait commencer à travailler dans un hôpital en janvier pendant quelques semaines. Elle craint de devoir revoir ses plans. Son conjoint en télétravail pourra s’occuper de son plus vieux, en maternelle. Mais « impossible » pour lui, dit-elle, de prendre soin du plus petit, qui va habituellement dans un service de garde en milieu familial.

Ne pourrait-elle pas avoir accès à un CPE destiné aux travailleurs essentiels ? Pour Karine, il ne s’agit pas d’une option. « Mon enfant a juste un an, dit-elle. Je me vois mal le chambouler. » Elle pourrait devoir renoncer à son « rêve » d’enfin aller travailleur sur le terrain en milieu hospitalier.

Pour un retour en classe le 11 janvier

L’Association des pédiatres du Québec croit que les élèves du primaire et du secondaire doivent retourner en classe le 11 janvier, comme prévu.

Le regroupement a fait part de sa position lundi au premier ministre du Québec François Legault, au ministre de l’Éducation Jean-François Roberge ainsi qu’au directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, dans une lettre dont Le Devoir a pu prendre connaissance.

« L’Association des pédiatres du Québec réaffirme que la lutte primordiale et acharnée contre la COVID-19 ne doit pas se faire au détriment de toute une génération de jeunes qui ont droit au maintien d’une éducation de qualité en présentiel et, en cas de besoin, à l’aide et aux services appropriés et adaptés au contexte, ainsi qu’aux activités parascolaires essentielles à l’expérience pédagogique », est-il écrit.

Le regroupement fait valoir que les « écoles ne constituent pas les principaux lieux d’éclosion » et que la « grande majorité des éclosions en milieu scolaire comptent 5 cas et moins ». Il souligne que des « impacts majeurs » sont « déjà perceptibles sur le parcours académique et développemental des enfants ». Il est impossible, ajoute l’Association, « de faire progresser les apprentissages en mode virtuel pour les 6-12 ans ».

L’Association des pédiatres du Québec demande également au gouvernement Legault « de réévaluer la pertinence de confiner le sport pour les jeunes chez qui on note une augmentation alarmante des signes de détresse psychologique et de problèmes de santé mentale ».

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