Des écoles rejettent des initiatives contre la COVID

À la veille du congé des Fêtes, 40 % des écoles primaires et secondaires du Québec comptaient au moins un cas actif de COVID-19 parmi leurs élèves ou leur personnel.
Photo: Ina Fassbender Agence France-Presse À la veille du congé des Fêtes, 40 % des écoles primaires et secondaires du Québec comptaient au moins un cas actif de COVID-19 parmi leurs élèves ou leur personnel.

Alors que le coronavirus commençait à galoper dans le milieu scolaire cet automne, une enseignante s’est vu refuser de prendre la température de ses élèves. Des parents, eux, n’ont pas obtenu l’autorisation d’installer des purificateurs d’air dans la classe de leurs enfants. Et une fondation doit œuvrer « en catimini » pour doter des classes de ces mêmes appareils. Armés de bonne volonté, ils sentent que le réseau leur met des bâtons dans les roues.

Dès la rentrée, Justine (nom fictif) a acheté un thermomètre frontal pour prendre la température de ses élèves. « Je ne suis pas capable de deviner à l’œil nu si un enfant fait de la fièvre », explique celle dont nous taisons l’identité parce qu’elle craint des représailles pour non-loyauté envers son employeur.

Un matin de la mi-septembre, son thermomètre indique que l’un de ses élèves fait de la fièvre. Justine attend un peu, puis reprend la température du garçon. Même constat. Elle va au secrétariat, où on l’informe que le beau-père de l’enfant est en attente du résultat d’un test de COVID-19.

« On le renvoie à la maison, dit Justine. On ne voulait pas prendre de chances. » La mère de l’enfant rappelle à l’école, furieuse. Selon elle, son fils ne faisait pas de fièvre. Dès lors, explique l’enseignante, la directrice de l’école lui interdit de prendre systématiquement la température de ses élèves.

Consultant un avocat, Justine propose de poursuivre l’exercice seulement auprès des enfants dont les parents donnent leur consentement écrit. Son initiative est à nouveau refusée par la direction, qui justifie sa décision avec l’extrait d’un guide de santé publique destiné au monde du travail, mais pas aux écoles.

« Je ne pouvais pas croire qu’on nous interdisait de faire ça ! Mon but, c’est de protéger les élèves, dit Justine. Pourquoi ne pas mettre toutes les chances de notre côté ? » Elle explique très bien savoir qu’une température élevée n’est pas une preuve suffisante pour conclure à une infection au coronavirus.

Dans les milieux de travail, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) ne recommande pas la prise de température systématique, mais ne l’interdit pas non plus. On insiste surtout sur la connaissance des limites de cet outil, à commencer par l’imprécision de certains thermomètres frontaux.

Début décembre, inquiet d’une possible transmission de la COVID-19 dans la classe de son plus jeune fils, Sylvain Plante a quant à lui proposé aux autres parents d’acheter deux purificateurs d’air. « En 48 heures, j’ai 17 des 20 parents qui me répondent, qui sont prêts à mettre de l’argent », raconte-t-il. Avec une contribution d’environ 25 $ par parent, il achète deux machines munies de filtres à haute efficacité.

Cet ingénieur électrique est conscient que les experts n’ont pas fait la preuve hors de tout doute de l’efficacité de ces appareils. « Dans le pire des cas, ça ne servira à rien, défend-il. Et dans le meilleur des cas, on sauve des vies. Parce qu’un enfant qui l’attrape le transmet à quelqu’un d’autre, qui le transmet à quelqu’un d’autre, qui peut finir par en mourir. »

Se dissociant d’abord du projet, la directrice de l’école Élan, dans l’arrondissement Plateau-Mont-Royal, fait dans un second temps comprendre à M. Plante que l’installation des purificateurs ne serait pas autorisée, raconte le père de famille. « J’ai l’impression qu’elle a réalisé que ça ferait boule de neige, dit-il. J’ai lancé quelque chose pour le bien-être de la classe de mon enfant, et elle va se ramasser avec la patate chaude de gérer les autres professeurs qui ne sont pas contents de ne pas en avoir, les autres parents qui ne sont pas contents non plus. »

La Fondation Jasmin Roy, qui récolte ces jours-ci les dons pour offrir des purificateurs d’air à des écoles, rencontre des problèmes semblables. Même si de nombreuses directions d’écoles veulent se doter des appareils donnés par la fondation, les centres de services scolaires (CSS) leur mettent « des bâtons dans les roues », dit Jasmin Roy. « On essaie d’équiper les classes en catimini, pour éviter d’attirer l’attention », déplore-t-il.

Selon M. Roy, il est fréquent pour les écoles d’accepter les dons — de tablettes électroniques, par exemple — sans que le CSS serve de médiateur. Dans les cas des purificateurs d’air, ces derniers tiennent à garder le contrôle. « Ça fait pitié, dit-il. La société est en crise, et la bureaucratie nous empêche de trouver une solution. »

Questionné par Le Devoir, le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) explique qu’aucun don de purificateur n’est accepté, car leur efficacité « n’a pas été prouvée » dans les écoles. « [La question] de la gestion de la qualité d’air est global, et c’est pourquoi [celle-ci] relève de la compétence du CSSDM, qui s’assure du respect des réglementations et directives en vigueur », fait valoir le porte-parole Alain Perron.

Quant à la prise de température, on indique appliquer le protocole mis en place par la Santé publique. « Toute autre façon de procéder non reconnue peut créer un faux sentiment de sécurité chez les membres du personnel et les élèves d’une école », ajoute M. Perron.

Catherine Beauvais-St-Pierre, la présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal, salue l’initiative des parents comme M. Plante, mais souligne que c’est l’employeur qui doit assurer la sécurité dans les écoles, sans quoi une « grande iniquité » pourrait se creuser entre les écoles.

À la veille du congé des Fêtes, 40 % des écoles primaires et secondaires du Québec comptaient au moins un cas actif de COVID-19 parmi leurs élèves ou leur personnel. Près de 1500 classes étaient fermées en raison du coronavirus.

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