Éducation en français: le Campus Saint-Jean ouvrira trois antennes régionales en Alberta

En dépit de la période d’austérité budgétaire qui touche le postsecondaire en Alberta, le Campus Saint-Jean a vu un rêve de longue date se réaliser.
Photo: Campus Saint-Jean En dépit de la période d’austérité budgétaire qui touche le postsecondaire en Alberta, le Campus Saint-Jean a vu un rêve de longue date se réaliser.

Un programme d’éducation en français, financé dans le cadre de l’Entente Canada-Alberta, verra le jour en principe en septembre 2021 à Calgary, Red Deer et Grande Prairie. Le financement a déjà été accordé, mais les francophones doivent attendre la signature officielle d’une entente entre le fédéral et le provincial.

En dépit de la période d’austérité budgétaire qui touche le postsecondaire en Alberta, le Campus Saint-Jean a vu un rêve de longue date se réaliser. Ce projet pilote, appelé « Entente Canada-Alberta relative à l’enseignement dans la langue de la minorité et à l’enseignement de la langue seconde », donne un peu d’espoir et vise à élargir l’accès au baccalauréat en éducation du Campus Saint-Jean dans le nord et le sud de l’Alberta.

Le doyen de la Faculté Saint-Jean, Pierre-Yves Mocquais, évoquait depuis presque quatre ans un tel projet, se souvient Michelle Margarit, directrice depuis 2008 de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) régionale de Grande Prairie. « On en parlait depuis plusieurs années avec Pierre-Yves Mocquais, c’était un projet qui me tenait vraiment à cœur. Je pensais qu’avec la COVID, on perdrait vraiment tout ça », exprime-t-elle avec gratitude.

Des besoins pressants

La ville de Grande Prairie, située dans le nord-ouest de l’Alberta, compte 3 000 jeunes dans ses écoles d’immersion. L’ACFA régionale travaille depuis des années avec eux, mais aussi avec les jeunes des écoles francophones.

Le programme en éducation permettra de former des enseignants francophones et de français langue seconde afin de faciliter leur recrutement et leur rétention dans ces régions où la population croît.

« Ce n’est pas juste Grande Prairie, c’est aussi tout le nord-ouest de la province, avec une dizaine de commissions scolaires qui ont des programmes d’immersion », met de l’avant Michelle Margarit.

À Grande Prairie, on trouve environ 8 000 francophones sur une population de 74 000 habitants. « On avait beaucoup de jeunes qui n’étaient pas prêts à partir à Edmonton pour suivre des cours et qui voulaient rester ici », constate la directrice de l’ACFA régionale.

Du côté de Red Deer, c’est aussi une bonne nouvelle pour Jean-Samuel Lampron, directeur de l’ACFA régionale de la ville.

« Les besoins que nous avions observés dans les dernières années étaient un manque de visibilité. Les nouveaux arrivants, que ce soit de l’extérieur de la province ou du pays, ne connaissent pas ou peu la présence de la francophonie albertaine. Une des raisons est que tous les services offerts dans la ville sont seulement en anglais », déplore-t-il. 

L’autre point positif d’un tel programme consiste à donner la possibilité à des jeunes d’interagir en français et d’avoir un endroit pour continuer d’étudier dans la langue de Tremblay.

« Plusieurs de mes discussions avec de jeunes adultes de 18 à 30 ans montrent qu’ils n’utilisent plus le français après le secondaire. Nous pensons que ce projet leur donnera la possibilité de parler à d’autres étudiants du collège, pour les encourager à utiliser les deux langues officielles du Canada », espère Jean-Samuel Lampron.

De son côté, Calgary demeure un pôle prépondérant en matière de francophonie. D’après les données de l’ACFA régionale de la ville, on estime à plus de 101 600 le nombre de personnes qui y parlent le français, dont environ 30 % c’est la langue maternelle. Pour la grande région de Calgary, on compte 69 écoles d’immersion, soit environ 5000 étudiants et 10 écoles francophones. « Le besoin est évident pour garder nos jeunes et les encourager à étudier au postsecondaire en français », déclare la présidente Mélina Bégin.

Feu vert du fédéral et de la province

Comme l’explique Pierre-Yves Mocquais, « le besoin en enseignants, en particulier dans les écoles d’immersion et dans les écoles francophones, nous permet de commencer ce processus et d’offrir à la population locale un certain nombre de services ». Il a précisé que ce programme sera le même que celui déjà livré au Campus Saint-Jean, à Edmonton. « Seul son mode de livraison sera différent : il y aura une combinaison de livraison en ligne et de livraison sur place », nuance-t-il.

En matière de logistique, l’Université de l’Alberta a décidé de prêter certains de ses locaux situés au centre-ville de Calgary. Le doyen dit être également en négociation avec le Red Deer College et le Grande Prairie Regional College à ce sujet.

Le montant du financement de ce programme n’a pour le moment pu être communiqué au Devoir tant que la ratification de l’accord entre le gouvernement fédéral et provincial n’a pas eu lieu.

« Même si nous avons commencé les préparations, il nous faut attendre le feu vert de la signature », rappelle le doyen. Ce dernier vise la rentrée de septembre 2021 pour vraiment démarrer.

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