Apprendre le français en milieu plurilingue

Leïla Jolin-Dahel Collaboration spéciale
Françoise Armand défend l’importance de voir le bagage linguistique et culturel des élèves issus de l’immigration comme une richesse, et non un obstacle à l’apprentissage du français.
Photo: Françoise Armand défend l’importance de voir le bagage linguistique et culturel des élèves issus de l’immigration comme une richesse, et non un obstacle à l’apprentissage du français.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les prix de l'Acfas

Depuis 25 ans, Françoise Armand a à cœur la réussite scolaire des élèves issus de l’immigration. Celle qui est arrivée au Québec en 1990 depuis sa France natale vient de remporter le tout premier prix Acfas Jeanne-Lapointe en science de l’éducation.

Être la première à recevoir une telle distinction est un honneur pour la professeure titulaire au Département de didactique à l’Université de Montréal, qui souligne le nom que porte le prix. « [Jeanne Lapointe] a joué un rôle majeur dans les domaines des études littéraires, de l’éducation et du féminisme, c’est vraiment un beau clin d’œil de mon pays d’accueil d’être associée par ce prix à une très grande dame de l’histoire du Québec » indique-t-elle.

Photo: Caroline Pierret Françoise Armand

Le prix Acfas fait valoir l’excellence de ses travaux sur le vivre-ensemble au moyen de la diversité culturelle et linguistique en soutenant la réussite des élèves issus de l’immigration. « On n’est pas obligé d’oublier sa première langue, sa langue maternelle, pour apprendre celle du pays d’accueil », soutient la chercheuse, qui défend l’importance de voir le bagage linguistique et culturel des élèves issus de l’immigration comme une richesse, et non un obstacle à l’apprentissage du français.

Inspirée par les travaux de chercheurs européens, Mme Armand a adapté au Québec l’approche britannique de l’éveil aux langues. Cette façon de faire consiste à laisser une place aux langues déjà connues des élèves dans leur apprentissage du français, dans le but de valoriser leur culture première.

On n’est pas obligé d’oublier sa première langue, sa langue maternelle, pour apprendre celle du pays d’accueil

 

Son intérêt pour la prise en compte des langues maternelles, et plus largement pour la mise en œuvre d’une éducation interculturelle et inclusive, lui est venu alors qu’elle se trouvait encore en France. Elle y occupait un poste d’orthopédagogue dans une école de Toulon, qui comptait environ 90 % d’enfants arabophones. « Il y avait de gros enjeux par rapport à la réussite scolaire de ces enfants, dans un climat social malheureusement marqué par des tensions, des manifestations de racisme… », se souvient-elle.

La chercheuse ajoute avoir constaté à son arrivée au Québec les mêmes enjeux autour de la place de la langue maternelle des enfants immigrants, notamment dans le grand Montréal, en dépit du contexte historique différent entre la France et la Belle Province. « Quel que soit le contexte, on peut continuer à se demander comment favoriser le vivre-ensemble, comment faire de la diversité des langues un déclencheur de l’ouverture à l’autre », précise-t-elle.

Un outil pour les enseignants en milieu pluriethnique

Le site Web ELODiL (Éveil au langage et ouverture à la diversité linguistique) présente des vidéos et des ouvrages pédagogiques pour soutenir les enseignants qui œuvrent en milieu pluriethnique. Avec cette approche, la chercheuse souhaite apporter son grain de sel au développement du vivre-ensemble au Québec.

Il s’agit de mettre en œuvre une approche équilibrée qui met l’accent sur le français tout en valorisant la diversité linguistique. Le dernier projet d’ELODiL consiste d’ailleurs en une application qui permet de consulter 11 albums de littérature jeunesse (Les 400 coups et La courte échelle) en français et traduits en 22 langues. Cette application sera prochainement disponible dans toutes les bibliothèques scolaires du Québec (dans le cadre du projet Biblius). « Le choix des langues pour les traductions s’est fait en fonction des langues de l’immigration les plus parlées dans les écoles du Québec. Qui plus est, par souci de reconnaître la diversité linguistique associée à la présence de nombreuses communautés autochtones au Québec, des traductions ont également été réalisées en attikamek et en innu-aimun », explique Mme Armand.