Le congédiement de Vincent Ouellette ne suffit pas, selon d’anciens élèves

D’anciens élèves de Vincent Ouellette, cet enseignant de l’école Henri-Bourassa congédié après avoir utilisé plusieurs fois le mot en n en classe, jugent sa mise à pied insuffisante et examinent de possibles actions en justice.

« C’est une victoire, mais elle est partielle, c’est le strict minimum », lance au bout du fil Gio Olmos, qui a fréquenté la classe de M. Ouellette en 2011 et 2012. « Ce professeur est le symptôme d’un virus beaucoup plus grand : le racisme systémique », renchérit Cathy Ramirez, une ancienne étudiante de l’enseignant d’histoire en 2009.

Toutes deux sont membres du groupe Béliers solidaires, qui avait publié une série de témoignages d’anciens élèves encore ébranlés par les propos racistes que Vincent Ouellette aurait tenus au fil des années.

L’enseignant a été congédié jeudi par le Centre de services scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSSPI), dont relève l’école secondaire de Montréal-Nord. Il avait été suspendu de ses fonctions à la fin du mois d’octobre.

« Le conseil d’administration s’est réuni en séance extraordinaire [jeudi] soir. Après mûres délibérations, il a été résolu à l’unanimité de résilier l’engagement d’un enseignant identifié comme ayant le matricule 13 860, a indiqué vendredi la porte-parole du CSSPI, Valérie Biron. Nous ne sommes pas autorisés à commenter le contenu du dossier d’un employé », a-t-elle ajouté.

De son côté, le Syndicat de l’enseignement de la Pointe-de-l’Île (SEPI) a refusé de commenter le dossier précis de ce membre. Vincent Ouellette n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue.

Le professeur d’histoire avait fait les manchettes il y a environ un mois après avoir été filmé par un élève. Dans la vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux, on pouvait l’entendre utiliser le mot en n à maintes reprises. Le centre de services scolaire avait alors déclenché une enquête interne.

Vincent Ouellette avait fait son mea-culpa dans un courriel transmis au Devoir. « Je m’excuse auprès de mes élèves, auprès de la communauté où j’enseigne depuis 25 ans ainsi qu’auprès de tous ceux et celles qui ont été offensés. Cette attitude n’avait pas sa place dans un cours d’histoire », avait-il écrit.

Dans une autre vidéo publiée dans les jours suivants, plusieurs anciens élèves de cet enseignant ont témoigné que ce n’était pas la première fois que l’homme tenait des propos racistes en classe. Le CSSPI avait alors élargi l’enquête pour tenir compte de leurs témoignages. Il avait aussi annoncé son souhait de « revoir la diffusion de [leur] processus de plainte auprès de tous les parents ».

Mesures supplémentaires

« On demande toujours une enquête externe sur la direction de l’école », affirme Gio Olmos. À ses yeux, l’« inaction » de l’établissement et sa « banalisation des torts causés » par cet enseignant ont permis l’instauration d’un « climat d’intimidation » pendant des années.

Cathy Ramirez abonde dans ce sens. Elle garde en mémoire un professeur ayant proféré en pleine classe des propos racistes, sexistes et islamophobes, selon elle. « Il s’attaquait beaucoup aux filles, surtout celles qui portaient le voile », avance la jeune femme. À l’époque, sa mère s’était plainte à la direction lors d’une rencontre de parents, mais elle n’a jamais su si cela avait mené à des sanctions — à l’instar de plusieurs autres élèves, a révélé Le Devoir en novembre dernier.

Le groupe Béliers solidaires milite pour des changements profonds dans le rôle du Protecteur de l’élève. Il réclame entre autres un processus de traitement des plaintes indépendant des centres de services scolaires. Il entend d’ailleurs présenter une pétition en ce sens à l’Assemblée nationale. La députée libérale de Bourassa-Sauvé, Paule Robitaille, les épaule dans cette démarche.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, s’est engagé à renforcer le Protecteur de l’élève d’ici la fin de son mandat, à l’automne 2022. « Mais on veut que le projet de loi soit déposé rapidement pour pouvoir avancer, et pour qu’on n’ait plus de situation comme celle qu’on a vécue à Henri-Bourassa », fait valoir Mme Robitaille en entrevue.

Selon elle, le congédiement de Vincent Ouellette était la « chose à faire », mais il s’agit d’un « petit pas vers quelque chose de beaucoup plus gros ». « Ce professeur a tenu des propos comme ça en toute impunité pendant des années. Pourquoi la direction n’a pas réagi, pourquoi les plaintes ne sont pas allées plus haut ? » s’interroge celle qui réclame aussi qu’on fasse enquête sur les agissements de la direction de l’école dans ce dossier.

« On ne doit pas perdre de vue l’enjeu global, qui est de faire en sorte que le milieu scolaire soit plus sécuritaire pour tous les élèves racisés et autochtones du Québec », martèle Gio Olmos. Le cas de Vincent Ouellette n’est pas unique dans la province, de son avis. « On a reçu des témoignages d’élèves qui vivent le même genre de situation dans d’autres écoles. »

À ses yeux, une formation « antiraciste » est plus que nécessaire pour les futurs enseignants à l’université. « Ils doivent prendre conscience de leur rôle dans la construction d’une société inclusive », plaide-t-elle.

Le groupe Béliers solidaires est en discussion avec le cabinet Arsenault Dufresne Wee pour intenter des actions judiciaires, possiblement contre le CSSPI. « On est toujours en préparation de dossier », a fait savoir l’avocate Virginie Dufresne-Lemire.

« Normalement, notre objectif est de déposer quelque chose à la cour », a-t-elle ajouté, ne voulant pas fournir plus de détails.

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