Des tests de dioxyde de carbone dans les écoles dès mardi

Le ministère de l’Éducation du Québec s’est résolu à mesurer la concentration de CO2 dans certaines classes afin d’y estimer l’efficacité de la ventilation. Cette décision a été annoncée vendredi en marge de la publication d’un rapport — considéré comme une coquille vide par l’opposition — traitant de la gestion de la qualité de l’air dans les écoles en date du 30 juin dernier, et non de sa qualité actuelle.

Le gouvernement demande ainsi aux centres de services scolaires (CSS) de mesurer la concentration de dioxyde de carbone (CO2) dans quelques classes représentatives de leur parc immobilier dès mardi prochain. En cas de non-conformité, on dit vouloir procéder « rapidement » aux améliorations nécessaires.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, ne recommande cependant pas l’installation de purificateurs d’air portatifs dans les classes ni celle de sondes permettant une mesure en continu de la concentration de CO2.

« On va déjà au-delà des recommandations de la Santé publique et de l’INSPQ en effectuant un échantillonnage, dit le ministre Roberge en entretien au Devoir. Je pense que déjà on va très, très loin. Si les résultats de l’échantillonnage nous amènent à reconsidérer notre position [sur les capteurs permanents], on pourra toujours le faire. Mais je pense que l’essentiel, c’est de faire des tests qui soient sérieux, selon des protocoles approuvés par nos experts. »

Il y a deux semaines, une enquête du Devoir a montré que la concentration de CO2 dans certaines classes excédait d’environ 60 % les valeurs recommandées. Quand l’air n’est pas filtré, une forte concentration de ce gaz produit par la respiration indique que des particules potentiellement infectieuses peuvent rester en suspension.

Le protocole encadrant le nouvel échantillonnage devait être acheminé vendredi après-midi aux CSS. M. Roberge n’était pas en mesure de dire quelle cible serait fixée quant au nombre de classes à échantillonner.

Le ministère de l’Éducation attend aussi un rapport de la Santé publique sur la transmission du coronavirus par voie aérienne. Les résultats des tests qui débuteront bientôt « nous aideront certainement à faire une lecture du rapport à venir qui sera plus éclairée, parce qu’on aura encore davantage d’informations qu’on en a aujourd’hui, avec des [valeurs] chiffrées », fait valoir M. Roberge.

Zones d’ombre

Selon la compilation publiée vendredi, une « approche systématique de gestion de la qualité de l’air » a été adoptée dans la grande majorité des établissements scolaires recensés. Une telle approche comprend des mesures telles que l’entretien des systèmes et le remplacement des filtres.

Dans les classes sans système de ventilation mécanique — qui sont très nombreuses dans le réseau québécois, surtout au primaire —, l’approche systématique préconisée comprend surtout l’instauration de consignes sur l’ouverture des fenêtres.

« Il n’y a pas beaucoup d’information additionnelle amenée par ce rapport », souligne Katherine D’Avignon, une professeure de l’École de technologie supérieure. Cette spécialiste des systèmes de ventilation souligne que les CSS disent avoir établi des directives sur l’ouverture des fenêtres, mais qu’on ne sait pas si elles sont suivies.

Quant aux tests de CO2 qui doivent débuter bientôt, Mme D’Avignon ajoute qu’un « certain flou » persiste dans la documentation gouvernementale au sujet des critères permettant de juger de la qualité de l’air dans les classes sans ventilation mécanique. « J’aurais souhaité qu’on nous donne une cible claire des objectifs à atteindre, pour qu’on regarde ensuite si on l’atteint ou pas », dit-elle.

Le rapport présenté vendredi a reçu un accueil froid de la part de la Centrale des syndicats du Québec, qui croit qu’il « escamote l’enjeu central de la qualité de l’air actuelle », et par Québec solidaire, qui parle d’une « véritable insulte à l’intelligence ».

J’aurais souhaité qu’on nous donne une cible claire des objectifs à atteindre, pour qu’on regarde ensuite si on l’atteint ou pas

« Le ministre se met la tête dans le sable et on perd du temps précieux », affirme quant à elle Marwah Rizqy, la porte-parole libérale en matière d’éducation. Elle déplore que le rapport ne soit qu’un état des lieux sur les mesures en place, mais sans contenir la moindre information sur la qualité de l’air en tant que telle. « Revenez-nous avec un vrai rapport », demande-t-elle.

Patricia Clermont, la porte-parole du regroupement Je protège mon école publique, juge le rapport déconnecté de la réalité et s’interroge sur la rapidité avec laquelle les CSS pourront faire l’échantillonnage. « Est-ce qu’on est vraiment prêt à prendre des mesures de CO2 ? A-t-on des appareils ? A-t-on passé des commandes ? » se demande-t-elle, jugeant impératif de récolter des données avant le congé des Fêtes.

Débordements hospitaliers en vue

Les prévisions hospitalières ne s’améliorent guère hors métropole. Pour une deuxième semaine consécutive, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) considère qu’un débordement des lits destinés à la COVID-19 dans les régions autres que celles de Montréal, de la Montérégie, de Laval et de Lanaudière est chose possible. « Même si l’augmentation des nouvelles hospitalisations projetées la semaine dernière semble moins marquée, le risque de dépasser les capacités hospitalières dédiées [dans ces régions] au cours du prochain mois ne peut être exclu », écrivent les spécialistes dans leur rapport hebdomadaire. Pour l’ensemble du Québec, le nombre de nouveaux cas rapportés lors de la semaine du 16 au 22 novembre est en baisse de 12 % par rapport à la précédente. Toutefois, les malades à fort risque d’hospitalisation sont relativement plus nombreux.

En données

Québec a rapporté vendredi 1269 nouveaux cas de COVID-19 dans la province, de même que 37 nouveaux décès. Ainsi, 9 décès sont survenus dans les 24 dernières heures, 24 entre le 20 et le 25 novembre, 2 avant le 20 novembre et 3 à une date inconnue. Un décès a par ailleurs été retiré du bilan puisque l’enquête a démontré qu’il n’était pas attribuable à la COVID-19. Le nombre d’hospitalisations a diminué de six comparativement à la veille, pour un total de 669.

La Presse canadienne


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