Aucun allégement pour les examens du ministère

Interrogé à savoir s’il allait alléger les matières ou ajuster les notes des bulletins pour les élèves du secondaire dans un contexte où le taux d’échec s’annonce plus élevé, le ministre Roberge s’est contenté de dire que beaucoup de choses avaient été mises en place.
Photo: Miguel Medina Agence France-Presse Interrogé à savoir s’il allait alléger les matières ou ajuster les notes des bulletins pour les élèves du secondaire dans un contexte où le taux d’échec s’annonce plus élevé, le ministre Roberge s’est contenté de dire que beaucoup de choses avaient été mises en place.

Alors que des allègements sont proposés au primaire, les élèves du secondaire devront se soumettre aux mêmes examens ministériels que d’habitude, sans aucune modification dans la matière à évaluer, a appris Le Devoir. C’est ce qui a été annoncé à toutes les directions d’école et aux centres de services scolaires au cours d’une présentation faite mercredi par la direction des études et celle de l’évaluation des apprentissages du ministère de l’Éducation (MEQ). Certains membres du réseau scolaire critiquent toutefois cette décision « rigide », alléguant qu’elle ne fera qu’ajouter au stress des enseignants et des élèves.

« On comprend que c’est une année exceptionnelle. […] Toutefois, il y a maintien des épreuves. Elles ne seront pas amputées de partie ou de questions. Les épreuves des 4e et 5e secondaires prendront la forme des années antérieures », a expliqué Joane Cardinal, de la Sanction des études, dans la présentation Teams, dont Le Devoir a obtenu copie. Contrairement à l’an dernier, où les examens du ministère avaient été annulés, « cette année, les élèves reçoivent des services éducatifs et d’enseignement, que ce soit en ligne ou en présence à l’école. Pour cette raison, les épreuves ministérielles auront lieu ». Il s’agit des épreuves uniques de la 4e secondaire (mathématique, science, histoire) et de la 5e secondaire (français et anglais).

Ces déclarations ont fait sourciller quelques participants à la présentation virtuelle qui ne tarissaient pas de questions. « C’est comme si on nous disait que l’enseignement à distance vaut la même chose que l’enseignement en personne », a déploré au Devoir l’un des participants à cette rencontre, qui souhaite garder l’anonymat. « Tout ça vient mettre beaucoup de pression sur les enseignants et sur les élèves, dont la santé mentale est fragile depuis le confinement. Le ministère est complètement déconnecté de notre réalité. »

Allègement

Au secondaire, seuls les élèves de la 2e secondaire connaîtront un allègement de l’épreuve obligatoire en français (écriture). La lecture des textes préparatoires sera faite en un avant-midi de trois heures au lieu de s’étendre sur deux semaines.

Quant aux élèves du primaire, notamment ceux de 4e et de 6e années qui ont des épreuves obligatoires à passer, ils verront leur fardeau allégé, même s’ils vont à l’école tous les jours, contrairement aux élèves du 2e cycle du secondaire. « On se demande comment ils arrivent à cette conclusion, que tous les modes d’enseignement se valent alors qu’au primaire, ils sont en classe toute l’année et que les épreuves sont allégées », a dit un participant à la présentation. « Il y a beaucoup de contradictions. »

Durant la période de questions de la présentation du MEQ, le représentant d’un Centre de services scolaire s’est aussi inquiété du problème d’équité entre les élèves. Car certains, notamment en région éloignée, se trouveront avantagés par le fait que leur école n’est pas en zone rouge et qu’ils n’ont pas à faire l’école à la maison une journée sur deux. « Est-ce adéquat d’offrir une même épreuve uniforme à l’échelle nationale et est-ce que la réussite du DES repose sur celle-ci ? »

Selon Joane Cardinal, les élèves de 4e et de 5e secondaires doivent passer les épreuves uniques s’ils veulent obtenir leur diplôme d’études secondaires (DES) et être admis au cégep. Linda Drouin, de la Direction de l’évaluation des apprentissages, a quant à elle défendu la décision de ne rien changer aux examens en disant que cela allait permettre d’avoir l’heure juste. « Il y a des inquiétudes. Qu’est-ce qui aura été couvert et moins bien couvert ? […] Ça permettra d’obtenir de l’info sur l’état d’apprentissage de nos élèves dans un contexte de pandémie. »

« Rigides »

L’un des participants à la présentation du ministère dit constater à regret que l’enseignement postsecondaire semble l’emporter sur le bien-être des élèves. « On sent que les services régionaux d’admission et tout le bloc collégial sont rigides. Ils disent que ça leur prend absolument les notes de la 4e secondaire pour savoir si les élèves vont réussir au cégep. OK, mais les élèves qui sont en difficulté et qui ont moins bien réussi à cause de la pandémie, ils ne les veulent pas ! Ils veulent voir les notes pour décider s’ils vont accepter ceux qui ont de la difficulté. »

Une lettre du sous-ministre au ministère de l’Éducation a d’ailleurs été envoyée à toutes les directions d’école le 13 novembre, leur demandant de fournir, sous réserve de l’approbation des parents, les notes de la première et de la deuxième étape des 4e et 5e secondaires de l’année scolaire 2019-2020 données par les écoles ainsi que les résultats de la première étape de la 5e secondaire 2020-2021. Ces renseignements devraient « permettre aux cégeps et aux établissements privés d’ordre collégial de répondre adéquatement et de façon équitable aux demandes d’admission qu’ils reçoivent », a écrit le sous-ministre, Alain Sans Cartier.

Or, cela contredit la directive ferme du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, qu’avaient reçue les centres de services scolaire l’an dernier, alors qu’ils devaient se contenter de communiquer si l’élève présentait une « réussite » ou « non réussite », sans qu’aucune note ne soit transmise aux services régionaux d’admission.

Interrogé à savoir s’il allait alléger les matières ou ajuster les notes des bulletins pour les élèves du secondaire dans un contexte où le taux d’échec s’annonce plus élevé, le ministre Roberge s’est contenté de dire que beaucoup de choses avaient été mises en place. « Quand on va avoir le résultat aux examens ministériels, dont on a diminué la valeur sur le résultat final pour baisser l’angoisse, on pourra vraiment mesurer le succès de nos élèves », a-t-il déclaré. « Nos enseignants au Québec sont capables de s’adapter aux besoins des élèves. »

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