Québec entend prolonger le congé des Fêtes

Le gouvernement Legault en est arrivé à une conclusion : le congé scolaire des Fêtes commencera cette année plus tôt et se terminera plus tard. Une décision qui annonce une levée de boucliers des travailleurs du réseau de l’éducation. Ceux-ci estiment la solution mauvaise.

Après réflexion, Québec calcule que ce congé allongé aidera à limiter le plus possible la propagation de la COVID-19 durant — et après — les festivités de Noël et du Nouvel An.

Selon nos informations, le gouvernement annoncera ainsi sous peu qu’il permettra bel et bien de petits rassemblements pour les Fêtes.

Le plan élaboré pour les écoles prévoit à ce stade qu’il s’agirait d’un vrai congé : les enseignants n’auraient pas à offrir de cours à distance. Par rapport aux services de garde en milieu scolaire, le gouvernement penchait mercredi vers une ouverture qui serait réservée aux enfants des parents qui n’auront d’autre choix que de se rendre sur leur lieu de travail. Les diverses garderies resteraient quant à elles ouvertes.

Selon Québec, devancer le début du congé permettrait de repérer les enfants présentant des symptômes de COVID-19 — toux, frissons, douleurs abdominales, éruptions cutanées par exemple — suffisamment tôt pour les empêcher de contaminer une personne à risque.

À l’autre bout du congé, on pense que de repousser le retour en classes après le jour de l’An permettrait de diminuer les risques d’éclosion en milieu scolaire. Les enfants feront une sorte de quarantaine chez eux avant de reprendre le chemin de l’école.

Une personne atteinte de la COVID-19 peut être contagieuse une douzaine de jours, soit de deux jours avant l’apparition de symptômes jusqu’à 10 jours après.

Or, les plans de Québec risquent d’être accueillis très froidement, d’après les échos recueillis mercredi. Plusieurs intervenants du milieu ont notamment dénoncé ne pas avoir été consultés durant le processus de réflexion. On craint entre autres qu’un congé d’un mois ne nuise à la réussite scolaire des élèves du primaire et du secondaire.

« On n’est pas pour cette option d’une fermeture complète sans prestation de travail », indique Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise des directions d’établissements d’enseignement (FQDE).

À défaut d’un scénario de statu quo (l’idéal, selon M. Prévost), la FQDE privilégie l’option d’un congé prolongé… mais avec un enseignement à distance, même si on reconnaît que le réseau « ne serait pas prêt à basculer à 100 % » vers ce mode d’enseignement. « Il y a un [problème] majeur avec l’équipement, mais on irait quand même vers cette solution », dit Nicolas Prévost.

Parmi les 20 associations régionales qui forment la fédération, M. Prévost affirme que 5 sont pleinement équipées. « On a une quinzaine de régions qui ne seraient pas prêtes, où il manque entre 15 % et 20 % du matériel informatique requis. »

En août, le ministre de l’Éducation disait pourtant « garantir » que l’enseignement à distance serait offert à tous les élèves en cas d’éclosion de coronavirus. Mais voilà : il y a une différence entre se préparer à des éclosions qui touchent un certain nombre de classes, et devoir soutenir tout le réseau.

« On a eu beau commander des ordinateurs [depuis le printemps], plusieurs ne sont même pas encore fabriqués », explique Hélène Bourdages, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES).

Celle-ci dit aussi avoir noté un décalage entre la réalité qui émerge quand on ferme une classe, et ce que les parents avaient anticipé au début de l’année quand ils ont répondu à un sondage visant à identifier les besoins en matériel. « Quand on ferme, ça devient très concret, très pratico-pratique, dit-elle. Les ordinateurs de la maison sont occupés, on n’y avait pas pensé… Alors, on a quatre ou cinq fois plus de demandes [que ce que le sondage disait]. »

Fausse bonne idée

Mais malgré cela, Mme Bourdages évoque une « fausse bonne idée » du gouvernement, s’il ferme les classes pendant un mois. Elle se demande d’une part ce qui justifierait « d’avoir un seul corps de métier en vacances quand tout le monde travaille » ailleurs dans le réseau.

De l’autre, la mesure nuirait directement à la réussite des élèves, pense-t-elle. « Le ministère a décidé qu’il n’y aurait que deux bulletins cette année. Le premier est prévu fin janvier… et on tronquerait deux semaines d’apprentissage juste avant ? On n’est pas en train d’aider la réussite pédagogique. »

Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), abonde dans le même sens. « On est en rattrapage depuis le début de l’année. On commence [à en voir les résultats]. Et on vient nous dire qu’il faut se déconnecter de nos élèves les plus fragiles pendant un mois ? »

La FSE a mené dans les derniers jours une consultation à laquelle près de 14 000 enseignants avaient répondu mercredi après-midi. « Ce qu’ils nous disent est clair : ils ne veulent pas d’une fermeture d’un mois. »

Consciente qu’un enseignement à distance ne serait pas possible pour 100 % des élèves, Mme Scalabrini prône au minimum « le maintien d’un lien avec l’élève. On sait que tout le monde n’a pas accès au même équipement. Mais ça devrait revenir à l’équipe-école de dire : qu’est-ce qu’on peut faire pour s’assurer qu’on ne laisse pas à eux-mêmes nos tout-petits et nos adolescents ? Qu’on se fie à l’autonomie professionnelle des milieux. »

Services de garde

Un conseiller politique du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a sondé mercredi après-midi les syndicats représentant les employés de soutien sur la possibilité d’ouvrir les services de garde une journée sur deux, ou encore 5 heures plutôt que 10 heures par jour. Selon nos informations, les participants à la rencontre virtuelle de quelque 45 minutes l’ont dissuadé d’aller de l’avant.

Mais l’ajout de 10 journées complètes d’animation au calendrier des éducatrices en service de garde en milieu scolaire, qui sont déjà « épuisées », serait « impensable », fait valoir la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ).

Si le gouvernement n’en fait qu’à sa tête, des « moyens de pression lourds » pourraient être adoptés par ses membres, avertit la FPSS. Il ne s’agit pas d’une question de convention collective, mais de santé mentale, précise-t-elle.

« La situation actuelle est surréaliste. S’il est nécessaire de faire une quarantaine, qu’on la fasse. Mais pour tous. Car s’il y a un réel risque, pourquoi choisir d’exposer le personnel de soutien scolaire ? » demande le président de la FPSS-CSQ, Éric Pronovost.

En données

Le nombre de nouveaux cas de COVID-19 a remonté au-dessus de la barre du millier au Québec, alors que l’on en rapporte 1179, en plus de 35 décès. On compte donc maintenant 127 233 personnes infectées dans la province depuis le début de la pandémie, et l’on déplore 6710 décès. Huit décès sont survenus dans les 24 dernières heures, 19 entre le 11 et le 16 novembre, six avant le 11 novembre et deux à une date inconnue.

La Presse canadienne

10 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 19 novembre 2020 00 h 29

    POURQUOI PAS DOUBLER À 40 % LE NOMBRE D'ÉHDAA ?

    Les élèves vulnérables représentent plus de 20 % des effectifs.

    La plupart n'ont pas eu de services professionnells à hauteur de leurs besoins depuis mars 2020.

    Les enseignants ont beau tenir le système à bout de bras, ils ne parviennent pas à endiguer l'augmentation des écoliers qui termineront
    « leur temps » sans une maîtrise suffisante des bases.

    Il est donc PRÉVISIBLE que la vulnérabilité sévère pulvérise le devenir des 20 % communément sacrifiés : ceux du rang 5.
    Il est également PRÉVISIBLE qu'une vulnérabilité grave détériore le devenir des 20 % fragiles du rang 4..

    Au final, le système scolaire aura handicapé 40 % de sa clientèle !!!

    Pour l'heure, c'est gravissime.

    Maintenons le temps prévu au calendrier, sans le chambouler encore, et ajoutons VRAIMENT les ressources professionnelles requises pour arrêter de faire semblant !

  • Marie-Christine Couture - Abonnée 19 novembre 2020 00 h 57

    C'est tout simplement inacceptable!

    Ajouté au congé estival, aux semaines perdues au printemps dernier, aux journées de fermeture des classes à cause d'éclosion, un mois de congé à la période des Fêtes, sans enseignement à distance et sans suivis, est irresponsable et inacceptable, particulèrement pour les adolescent.e.s et les enfants qui ont des troubles d'apprentissage. Qu'arrivera-t-il aux jeunes qui vivent une chute importante de leurs résultats scolaires, une augmentation de leurs difficultés, qui peinent à retrouver leur souffle à cause de la pandémie certes mais aussi à cause des décisions prises pendant cette pandémie? À ce stade, peut-on enfin se soucier de l'importance de l'éducation dans le développement de nos jeunes?

  • LiLi Perez - Abonné 19 novembre 2020 07 h 30

    Pourquoi ne pas dire combien des cas de covid entre les enfants e 3 ans et 6 ans

    Dans quelle mesure, à quel point, les petits sont ils touchés ? Pour quoi le gouvernement ne le dit pas?
    Je travaille en NDG, je demeure à NDG. M Legault commence à voir que Halloween était une tres mauvaisse idée.

  • Jason CARON-MICHAUD - Abonné 19 novembre 2020 10 h 30

    Intérêt supérieur de l'enfant

    « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. » -ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES NATIONS UNIES, Convention relative aux droits de l'enfant, résolution 44/25, Nations Unies, 1989, article 3, alinéa 1

    Si l'école est fermée pendant un mois ET qu'il y a aucune reprise du temps d'éducation, ce sont les enfants qui paient la note, et principalement ceux qui sont en DAA ou en milieux défavorisés. Alors, en allant dans ce sens, Québec fait-il adéquatement de l'intérêt supérieur de l'enfant une considération primordiale? Loin s'en faut.

    À la lecture de cet article du Devoir, si Québec continue dans cette motion de prolongement du congé des fêtes, il faut qu'il assure aux enfants:

    1° la tenue de cours à distance pour tous les enfants qui en ont la possibilité
    ou
    2° la reprise des heures perdues en éducation à l'été sinon.

    Quand est adéquatement considérée l'importance de l'éducation pour la civilisation et la durabilité de notre humanité, c'est une question de responsabilité au sens de JONAS.

  • Yves Corbeil - Inscrit 19 novembre 2020 11 h 44

    Quelle sont les priorités au Québec

    Sauver Noêl ou sauver la santé des gens et tout aussi important sauver l'éducation des enfants qui pour la plupart ont été pénaliser par la fermeture complète de leur école en Mars.

    Un mois de conger complet n'est surement pas une situation viable pour ceux qui sont déjà à risque d'échec et quel sera le pourcentage de jeunes à risque après un mois sans classe.

    Ensuite, quel sont les parents qui peuvent se permettre un mois de congé afin de demeurer à la maison avec leurs enfants, déjà que ce n'est pas tous le monde qui bénéficient d'un congé de deux semaines durant le temps des fêtes alors imaginé deux semaines de plus.

    Quand tu n'utilise pas un service de garde durant l'année scolaire étant donné que ton horaire te permet d'être-là le matin pour le départ et le retour en fin de journée, ou est-ce que tu peux trouvé une place pour ton, tes enfants pour un mois quand tous est déjà contingenté due aux problèmes de locaux et ressources humaines.

    Pour les plus vieux qui peuvent se garder seul, ou est-ce que vous pensez qu'ils vont se retrouvé toute la journée sinon dans un centre d'achat ou autre endroit fermé du genre pour se réunir car nous sommes en hivers et dehors il fait froid, trop froid pour la majorité. Ces endroits ne sont pas des bulles comme les classes le sont durant le jour.

    Alors, pour revenir à la préoccupation d'une forte majorité de parents, elle est où la priorité du gouvernement après la santé des gens. Où se situe l'éducation dans les priorités du MINISTRE de l'éducation puis celle du Premier Ministre. Je les laissent répondre à celle-là.

    Comme parents, grand-parents, enfants, grands enfants, citoyens, citoyennes, électeurs, électrices, nous sommes en droit d'avoir une réponse clair. La prioritée présentement, est-ce sauver NÔEL ou sauver l'éducation des enfants qui sont en péril depuis Mars 2020.

    Et je suis bien tanné d'entendre des pseudos spécialistes de médias «mainstream» me dire ce qui est bon ou pas sur la gestion des dossiers.